2020, les cyborgs prennent le pouvoir

Mouv' Futur (2015-2016) Mardi 16 juin 2015

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2020, les cyborgs prennent le pouvoir
Chaque soir, la rédaction de Mouv' vous emmène dans le futur, en 2020. Un futur proche, qui fait un peu flipper ou qui donne carrément envie de se projeter. Ce mardi, on imagine un monde dans lequel tous les êtres humains portent une puce électronique.

"Rien de prévu samedi soir ? Et si on se faisait implanter une puce sous la peau". Samedi 14 juin, Paris accueillait la première "Implant Party" française. Organisée dans le cadre du festival Futur en Seine, cette soirée permettait, moyennant 200 euros, de se faire implanter une puce RFID dans le dos de la main.

Implant Party à Futur en Scène © Sébastien Sabiron


Dans une salle bondée, huit personnes défilent à la table (stérilisée) d'un tatoueur-pierceur qui a déjà implanté une vingtaine de personnes (lui compris). La puce, de la taille d'un grain de riz, est contenue dans une épaisse seringue. La pose est un peu douloureuse, mais rapide.

Enveloppé de plastique et de verre, l'implant est garanti "sans réaction allergique". Il peut se retirer après une petite incision, à la manière d'un implant contraceptif.

L'aiguille et l'implant © Sébastien Sabiron


Awa est la première à "se faire pucer". Chef de projet dans le numérique, cette jeune femme de 23 ans le fait "comme elle testerait une appli smartphone". Elle espère pouvoir se servir de sa puce pour y stocker sa carte de visite, déverrouiller son téléphone ou la porte de son bureau.

A ce stade, c'est tout ce que permettent les implants RFID, une technologie également appelée NFC ou "sans contact". A l'origine des "Implants Parties", le groupe de bio-hackers suédois BionyFiken veut promouvoir ces puces, déjà utilisées depuis des années pour marquer les animaux. Son porte parole Hannes Sjoblad voit beaucoup plus loin que les usages actuels :

Bientôt, les implants mesureront l'activité biologique de notre corps. D'abord des choses simples : la température, le pouls ou la glycémie. Mais plus tard des choses bien plus complexes. Et c'est positif. Les gens seront plus conscients de leur état de santé. On pourra dépister et prévenir les maladies.


Hannes Sjoblad présente son implant © Sébastien Sabiron


Une vision qui laisse entrevoir des opportunités commerciales immenses pour les entreprises spécialisées dans la E-Santé. Un business florissant également pour ceux qui travaillent sur la cyber-sécurité : pour l'heure, la NFC est une technologie vulnérable, les informations contenues sur la puce pouvant être "captées" sans toucher le porteur de l'implant.

On peut aussi craindre qu'à l'avenir, les mutuelles de santé, les assurances ou même les gouvernements contraindront chacun à porter une puce. Un scénario catastrophe en matière de libertés individuelles. Car si aujourd'hui la RFID est passive et n'émet pas de signal (si elle n'est pas proche d'un récepteur), on imagine qu'elle pourrait permettre à l'avenir de tracer nos déplacements.

Extrait "Démolition Man" (1993)

Difficile d'imaginer tel scénario dans nos démocraties modernes. Mais si un jour, les implants proposent une "killer feature" (comme le mail l'avait été pour internet, ou les applis pour les smartphones), nous serons sans doute des millions à franchir le pas. A ce moment là, les implants (et donc notre corps) seront sans doute estampillés Apple, Samsung, ou Google.

Reportage, photos : Sébastien Sabiron

 


 

Images d'illustration : Elysium © Sony Pictures

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