2020, l'esclavage prend de l'ampleur

Mouv' Futur (2015-2016) Vendredi 08 mai 2015

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2020, l'esclavage prend de l'ampleur
Chaque soir, la rédaction de Mouv' vous emmène en 2020. Un futur proche, qui fait un peu flipper ou qui donne carrément envie de se projeter. Et si l'esclavage continuait de se propager, à la faveur de la misère, des migrations et du terrorisme ?

 

En 2015, il concernerait trente millions de personnes dans le monde. Près de 36 millions, même, d'après les statistiques de l'ONG Walk Free. L'esclavage, dont on commémorera dimanche l'abolition en France au XIXe siècle, est loin d'avoir disparu. C'est un fléau enraciné dans certains pays. La Chine, l'Inde, le Pakistan, l'Ouzbékistan et la Russie rassembleraient la moitié des esclaves de la planète. "Ca se fait toujours clandestinement, avec des populations misérables", explique Sylvie O'Dy, la présidente du Comité Contre l'Esclavage Moderne, "et la prise de conscience internationale est très lente."

 


La Mauritanie, qui ne pénalise officiellement ce drame que depuis 2007, n'en est pas débarrassé. C'est là-bas un esclavage traditionnel, ancré dans les siècles. Il faudra du temps pour changer les mentalités. A celà s'ajoutent d'autres facteurs qui pourrait faire empirer ce phénomène planétaire : la crise économique, le nombre de réfugiés, la précarisation des femmes. "On voit un développement important de la traite des être humains", s'inquiète la présidente d'Amnesty International en France, Geneviève Garrigos, tout en précisant que ça concerne autant "les zones de conflit et les pays en paix".

 


Les filieres de l'esclavage moderne au Qatar... par Josepha_Coccinelle

 

La France est concernée, avec 252 cas signalés par le CCEM sur la seule année 2014. Hélas, les condamnations sont encore faibles. "C'est beaucoup plus répandu qu'on ne le pense", raconte Sylvie O'Dy, qui prend en charge les victimes et les aide à déposer plainte. "Mais quand les faits se déroulent à huis-clos, il n'y a pas de témoin, et c'est souvent difficile à prouver devant les tribunaux." Et cette relative immunité des esclavagistes est d'autant plus grave qu'elle risque d'inciter des criminels à imiter cette pratique.

 

 

Depuis le début des années 2010, ce qui restait caché est désormais revendiqué par certains groupes terroristes. "Avec Daesh et Boko Haram, l'esclavage sexuel devient un argument de recrutement", remarque Geneviève Garrigos. "La question des mariages forcés s'observe particulièrement au Nigéria, où Boko Haram espère construire des communautés nouvelles avec ces femmes pour imposer une vision de la charia sur leur territoire."

 

 

Pour approfondir la question et redécouvrir un épisode oublié de notre histoire, n'hésitez pas à lire Les esclaves oubliés de Tromelin, superbe bande dessinée de Sylvain Savoia, aux éditions Dupuis. Nous vous en avons parlé ici :

 

Extrait de "Les esclaves oubliés de Tromelin", de Sylvain Savoia © Aire Libre, Dupuis, 2015

 

 


 

Photo de couverture : Cc FlickR Missy
Reportage : Augustin Arrivé

 

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