2020: entre hommes et femmes, les intersexes enfin reconnus

Mouv' Futur (2015-2016) Vendredi 05 juin 2015

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2020: entre hommes et femmes, les intersexes enfin reconnus
Chaque soir, la rédaction de Mouv' vous emmène en 2020. Un futur proche, qui fait un peu flipper ou qui donne carrément envie de se projeter. Et si la France reconnaissait les droits des personnes intersexes ?

 

Ils représenteraient une naissance sur 2.000, mais aucune statistique précise n'est disponible. Leurs situations sont variées, certains ne sont même pas au courant qu'ils sont concernés, pour d'autres c'est un fardeau à trimballer. Les personnes intersexes sont des individus nés ni vraiment homme, ni tout à fait femme, mais dans un entre-deux, une ambigüité hormonale et parfois anatomique (un clitoris surdimensionné, un pénis de petite taille...) qui les dote de caractéristiques de genre imprécises.

Si cette particularité n'est en général pas dangereuse pour leur santé, elle peut poser des problèmes de stérilité, sans parler de l'acceptation de soi, parfois difficile. La société semble les ignorer : leur existence est passée sous silence, et les parents sont contraints de trancher pour eux au moment de les déclarer à l'état civil. La plupart du temps, ce choix s'accompagne d'un accompagnement médical. Un traitement hormonal qui peut être lourd et invasif.

 

 

En 2014, une première tentative avait été lancée en Allemagne. Les parlementaires ont reconnu officiellement la notion de "troisième sexe". Ainsi des parents pouvaient décider de déclarer leur enfant de sexe "non déterminé". Solution élaborée sans consultation poussée des associations, qui ont reconnu la bonne intention tout en critiquant "le coming out forcé des personnes concernées", selon les mots d'Evelyne Paradis, directrice d'ILGA Europe, l'association internationale de défense des droits LGBTI, régulièrement sollicitée par le conseil de l'Europe.

C'est finalement le petit état de Malte qui, le premier dans l'Union Européenne, choisit, en avril 2015, de passer à la véritable revendication des association : le droit à l'autodétermination. Les opérations médicales deviennent interdites tant que l'enfant n'est pas en état de choisir lui-même l'identité qui lui correspond le mieux. Si sa santé est en jeu (trouble du système urinaire, problèmes hormonaux graves...), une dérogation est évidemment prévue.

Nous imaginons ici un futur où la France s'alignerait sur ce principe, quitte à se mettre à dos une partie du monde pédiatrique. "On ne peut pas demander à un adolescent de prendre une décision sur sa vie sexuelle alors que celle-ci a déjà commencé dès sa tendre enfance", estime par exemple le docteur Philippe Kowal, pédiatre à Paris. "C'est méconnaître les lois fondamentales du développement psychique de l'enfant." Le débat devrait durer encore longtemps.

 


Pour en savoir plus, rendez-vous à Rennes jusqu'au 7 juin, pour le festival de cinéma militant TaPPagesPuis à Douarnenez, les 29 et 30 juin, pour un Forum "Dissidence Intersexe".

 


Reportage : Augustin Arrivé

Photo de couverture : Capture d'écran YouTube clip "Tous les mêmes" de Stromae, 2013


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