Weibo en bourse : ouais bof

Par Sébastien Sabiron / le 17 avril 2014
Weibo en bourse : ouais bof
Le Twitter Chinois a fait une entrée décevante ce matin au Nasdaq. Son éditeur Sina a levé 286 millions de dollars, tout en bas de la fourchette qu'il s'était fixé. Signe que les valeurs technologiques peinent encore à convaincre les marchés.

>> Weibo à Wall Street, fausse bonne idée ? Décryptage de Sébastien Sabiron :

    
Lancé en 2009 par le géant de l'internet Sina Corporation, Weibo est à la Chine ce que Twitter est au reste du monde : le site de micro-blogging par excellence. Il faut dire que Twitter et Facebook sont interdits dans l'empire du Milieu, une aubaine pour Weibo qui revendique 144 millions d'utilisateurs (à titre de comparaison, Twitter compte 246 millions d'abonnés dans le monde).

Banni de Chine depuis Sept ans au Tibet Brad Pitt a quand même son profil Weibo officiel / Capture d'écran

     
Sur le principe, Weibo reprend pas mal de fonctionnalités de Twitter :

  • Messages limités à 140 caractères.
  • Pseudos précédés d'une @.
  • Possibilité de poster des photos et des vidéos.
  • Mots clefs encadré par deux # (légère nuance par rapport à Twitter)


Pour répondre aux standards asiatiques, Weibo intègre aussi des émoticônes dans sa version web, que ne propose pas Twitter. Voilà pour la carrosserie, mais quand on gratte le vernis, Weibo se distingue surtout pour sa propension à la censure.

Censure partout

Sina surveille étroitement les posts des utilisateurs. Certains mots clefs sont blacklistés, comme "Coup d'Etat", "Wikileaks", ou plus étonnament, "Nécrologie", un hashtag qui a servi a propager des rumeurs sur la mort du dictateur coréen Kim Jong Il. La censure s'exerce aussi manuellement et les modérateurs de Weibo ne font pas dans le détail.

En 2010, le compte de l'artiste activiste Ai Weiwei a été fermé, de même que tous les profils qui lui faisaient référence. En mai 2012, la grève des ouvriers de Foxconn a été totalement muselée sur Weibo. Les autorités n'ont pas hésité à désinformer en balançant des rumeurs avec de faux profils d'ouvriers.

Photos d'Ai Weiwei posant en uniforme, immédiatement retirées par Weibo en juin 2012

Pour éviter les "dérapages" libertaires, Weibo a mis en place une sorte de permis à points : 80 points par utilisateur, qui fondent comme neige au soleil en cas de post jugé politiquement déviant. Cette censure systématique a sans doute nuit à l'introduction en bourse de Weibo ce matin.
     
Sina a écoulé 16,8 millions de titres, soit moins que les 20 millions qu’il espérait, et son prix de vente s’est situé à 17 dollars l’action. Dans un contexte de défiance envers les valeurs technologiques, Weibo a levé 286 millions de dollars, quasiment deux fois moins que les objectifs visés au départ.
    

Par Sébastien Sabiron / le 17 avril 2014

Commentaires