Une vie d'otage racontée en BD

Par Augustin Arrivé / le 27 septembre 2016
Une vie d'otage racontée en BD
Après plusieurs albums autobiographiques, le Canadien Guy Delisle revient avec une BD haletante, histoire vraie de la détention d'un humanitaire en Tchétchénie, otage pendant des semaines dans une pièce vide. Le moindre bruit de pas devient un espoir.

 

Que reste-t-il à l'homme quand il n'a plus rien, qu'on le maintient allongé, attaché à un radiateur dans une pièce vide pendant plusieurs semaines, nourri au bouillon par des geoliers qui ne parlent pas sa langue? C'est ce qui est arrivé à Christophe André, humanitaire en mission dans le Caucase, kidnappé une nuit par des combattants tchétchènes, des preneurs d'otages crapuleux exigeant une somme faramineuse pour sa libération.

C'était il y a une quinzaine d'années, et c'est ce que son ami Guy Delisle nous raconte dans S'enfuir, son nouvel album, le premier qui ne soit pas autobiographique. Quinze ans, le temps de trouver la meilleure façon de retranscrire tout ça en images. Quinze années pendant lesquelles il a été régulièrement question d'otages dans l'actualité. Pierre Lazarevic, Hervé Guesquières, "et surtout Florence Aubenas".

Quand elle est revenue, elle a expliqué que c'était une expérience frustrante parce que c'est long mais qu'il n'y a rien à raconter. Et moi j'avais l'histoire de Christophe en tête et je pensais au contraire qu'il y avait plein de détails qui devenaient vachement intéressants.


Extrait de "S'enfuir", de Guy Delisle © Dargaud, 2016

 

Un bruit contre le mur qui se révèle être un enfant jouant au ballon, des bouts de viande subitement ajoutés au bol de bouillon... Le moindre changement devient un bouleversement dans cette routine imposée à l'otage. Et c'est parfois aussi une bouffée d'oxygène pour Guy Delisle, contraint de redessiner 500 fois de suite la même paillasse.

Quand au bout de 200 pages ils lui donnent une chemise, c'était le bonheur. Je partage un atelier avec des dessinateurs qui me disaient : "ça fait un an et demi qu'on voit un mec torse nu attaché à un radiateur, on n'en peut plus !", je leur ai répondu que c'était pire pour moi !


Extrait de "S'enfuir", de Guy Delisle © Dargaud, 2016

 

On ne saura jamais rien des raisons de ce kidnapping, aucune explication géopolitique sur le conflit tchétchène, l'essentiel étant l'aventure de cet homme et l'impact psychologique de sa détention. Une fois l'album terminé, Guy Delisle l'a fait corriger par Christophe André. "Je l'avais dessiné en train d'imaginer qu'il renversait une femme en tentant de s'enfuir, il m'a dit que même dans ce contexte il n'aurait pas pu faire ça, alors j'ai redessiné la femme qui le regardait passer."

Déjà décoré du prix du meilleur album au festival d'Angoulême en 2012 (à l'époque pour ses Chroniques de Jérusalem), l'auteur tient là un nouveau chef-d'oeuvre, thriller haletant qu'on dévore d'une traite. Il réussit à nous émouvoir avec une fenêtre barrée de planches ou une tasse de thé chaud.

 

Extrait de "S'enfuir", de Guy Delisle © Dargaud, 2016

 


Illustration de couverture : extrait de S'enfuir, par Guy Delisle © Dargaud, 2016

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Par Augustin Arrivé / le 27 septembre 2016

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