Une lettre ouverte de cyber-militants contre Facebook

Par Augustin Arrivé / le 19 mai 2015
Une lettre ouverte de cyber-militants contre Facebook
Une soixantaine de groupes oeuvrant pour la neutralité du net et les droits des internautes ont signé hier une tribune appelant Mark Zuckerberg à repenser son projet d'Internet en accès réduit pour les pauvres.

 

Ils sont Brésiliens, Danois, Pakistanais ou Sud-Coréens. Ils sont Allemands, Indiens ou Canadiens. Tous participent à une réflexion permanente sur la déontologie sur le web. Leur dernière bête noire : Mark Zuckerberg. Une soixantaine d'organisations militantes lui ont écrit ce lundi 18 mai une lettre ouverte précise et accablante, publiée directement sur Facebook (tant qu'à faire).

 

Cher Mark Zuckerberg,

Internet.org viole les principes de neutralité du net, menace la liberté d'expression, l'égalité des chances, la sécurité, la vie privée et l'innovation.


 

Le fondateur de Facebook l'avait annoncé devant nous à Barcelone l'an dernier : il allait offrir un accès internet à toute l'humanité. Depuis, ce projet Internet.org est mis en place dans une poignée de pays pauvres, de la Colombie au Ghana en passant par l'Inde et (depuis la semaine dernière) le Bangladesh. Et les grandes ambitions altruistes mises en avant à l'époque s'avèrent cacher des intérêts bien plus cyniques qu'il n'y paraissait : Internet.org n'est pas un fournisseur d'accès comme un autre.

 

 

Il propose, via les réseaux téléphoniques, un Internet gratuit mais limité. Il impose comme moteur de recherches l'outsider Bing (propriété de Microsoft) contre Google, et ne dispose pas de YouTube (propriété du même Google). S'il valorise certains sites traitant d'éducation ou de santé, il laisse les entreprises de téléphonie partenaires positionner au mieux les adresses web qu'elles accorderont gratuitement. Ce qui inquiète les signataires de la lettre ouverte :

Nous exigeons de Facebook qu'il réaffirme son engagement pour une réelle neutralité du net dans laquelle tous les services et applications seraient traitées de la même façon et sans discrimination.


 

Dans une réponse maladroite, Mark Zuckerberg a déjà répondu à ce genre de critiques le mois dernier (par ici), arguant qu'un accès réduit à Internet "valait toujours mieux que pas d'accès du tout". Pas de réponse en revanche sur les questions de sécurité du réseau.

 

Announcing the Internet.org Platform from Facebook on Vimeo.

 

Car ce même système ne prend pas en charge les protocoles sécurisés (utilisés notamment par tous les sites webs des banques françaises) tels HTTPS ou SSL. Les signataires ne comprennent pas ce choix qui "rend les utilisateurs vulnérables aux attaques malveillantes et aux écoutes gouvernementales".

Leur conclusion, radicale, est qu'en accompagnant les populations pauvres vers un web lui aussi appauvri, Facebook risque de les maintenir dans un ghetto technologique et les priver d'une opportunité de développement véritable. "Ca aggravera la fracture numérique au lieu de la résorber."

 


Photo de couverture : Cc FlickR Maurizio Pesce

 

Par Augustin Arrivé / le 19 mai 2015

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