Une journée sous l'oeil de Big Brother

/ le 24 septembre 2013
Une journée sous l'oeil de Big Brother
On se lève le matin, on se couche le soir et entre les deux, nous sommes fliqués des dizaines de fois par notre carte de transports, notre carte bancaire, notre smartphone, notre poubelle. Et le pire, c'est que nous sommes quand même un peu complices.

 

Un matin comme les autres dans le village global. Vous avez dormi sept heures du sommeil du juste. Votre smartphone éteint sur la table de nuit vous tient a priori éloigné des grandes oreilles de la NSA. Une douche, un café et la traque peut commencer.

7h45 : Ma poubelle me regarde de travers

La Communauté de Communes avait présenté ce système comme un moyen révolutionnaire de gestion des ordures ménagères. A chaque passage, les éboueurs pèsent votre poubelle, identifiée grâce à une puce RFID intégrée au bac.

La poubelle a des yeux.

Avec la redevance incitative, moins vous jetez, moins vous payez. Pas bête, sauf que depuis que le système est effectif, vos voisins ont une fâcheuse tendance à préférer VOTRE poubelle pour se débarrasser de LEURS ordures. Du coup, la mairie a revu sa copie et vous avez désormais un badge nominatif. Chacun sa place et les déchets seront bien gardés.

Heureusement, la Cnil (Commission nationale informatique et libertés) prévoit que seuls votre nom et le poids de vos déchets seront exploités. Jusque ici tout va bien. A Londres, des poubelles bien plus intelligentes ont créé le scandale cet été. Elles recueillaient des données sur les smartphones des passants.

8h00 : Petit poucet sans cailloux

Vous avez repéré la petite flèche en haut de votre smartphone ? Elle indique que la géolocalisation est active. Une donnée utile à tout un tas de services et d'applications. Trouver une adresse, un resto, une séance de ciné, un appart', une station de métro ou même un cœur à prendre à proximité : assez pratique, il faut bien l'avouer.

Géolocalisation : compréhensible pour la RATP, beaucoup moins pour VDM ou Shazam

 
Parfois, les constructeurs font du zèle, comme le relevait Consomac le mois dernier, à propos du nouveau système d'exploitation mobile d'Apple, qui fait de votre iPhone un mouchard à temps complet. Depuis, cette fonction de stockage automatique de tous les lieux visités semble avoir été supprimée.

N'empêche, votre smartphone est un mouchard. Selon Stéphane Petitcolas, expert à la Cnil (interrogé sur France Info) "seulement trois points de géolocalisation permettent d'identifier une personne au sein d'un groupe." Cela permet bien sûr de collecter des informations commerciales, sur vos habitudes et vos modes de consommation.

8h30 : Métro, c'est trop

Vous pensiez être anonyme dans les transports en commun ? Vous l'êtes, mais pas votre carte de transports. Depuis qu'il a remplacé la Carte Orange, le Pass Navigo de la RATP déchaîne les foudres des défenseurs de la vie privée. Là encore, c'est la puce RFID qui fait débat. Cette technologie sans contact permet de suivre les déplacements de chaque pass Navigo.

Navigo, liberté surveillée © STIF
 

Mais les puces RFID équipent aussi certaines cartes bancaires, ouvrant potentiellement votre compte aux quatre vents (avec le risque qu'un pickpocket électronique le vide grâce à un simple smartphone)

Porte carte silencieux, Geoffrey Dorne
 

 







Pour brouiller les pistes, le designer français Geoffrey Dorne a créé en 2009 une pochette qui rend silencieuses les cartes à puces sans contact.

 





 

18h50 : Quart d'heure Warholien


A l'heure des vêtements connectés, la réponse au flicage global se niche peut-être justement dans le tissu.
 

Bonnet anticam © Geoffrey Dorne

 





Car même lorsque vous marchez dans la rue, Big Brother vous regarde. Les internautes de Paris sous surveillance ont dressé un panorama des caméras en service dans l'hexagone. Edifiant. 

Pour rester incognito, Geoffrey Dorne a également conçu un bonnet à LED qui éblouit les caméras dotées d'un projecteur infrarouge. Au passage, ça vous donne un look de super-héros aux yeux bioniques.

Malheureusement, le bonnet high tech du designer est resté à l'état de projet de fin d'études.

 

 

 


Pour surfer sur la vague parano déclenchée par les révélations d'Edward Snowden, le jeune designer new-yorkais Adam Harvey a imaginé une ligne de vêtements "anti-drones." Capuche, burqa, écharpe : ces accessoires taillés dans un tissus métallisé sont censés brouiller la signature thermique des gens qui les portent.

Burqua anti drone © ahprojects.com

 
Avec ça, impossible d'être identifié par un drone. Adam Harvey vend ses créations dans un "popup store" à New York. Mais la discrétion a un prix : 350 dollars la capuche, 450 dollars l'écharpe, 2500 dollars la burqua.

Pour beaucoup moins cher, vous pouvez jeter vos déchets dans un bac public, téléphoner avec un vieux Nokia sans GPS, acheter des tickets de métro à l'unité ou encore marcher dans la rue en portant une cagoule intégrale doublée de papier alu. Ah non, ça c'est interdit.

Suivez Sébastien Sabiron sur Twitter : (@sebsabiron)

/ le 24 septembre 2013

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