Une femme s'empare du festival de Cannes

Par Augustin Arrivé / le 07 janvier 2014
Une femme s'empare du festival de Cannes
Jane Campion sera la présidente du jury du festival de Cannes 2014. Le drame, c'est que ce soit un événement. La place minime des femmes sur la Croisette a souvent été critiquée. La Néo-Zélandaise sera la deuxième réalisatrice à occuper le poste.

 

Connaissez-vous Olivia de Havilland ? Madame a 97ans, elle est née au Japon et passe une retraite paisible à Paris. Il fut un temps où cette comédienne était l'une des plus grandes vedettes d'Hollywood. Près de dix-sept millions de Français l'ont vue jouer Mélanie Hamilton, la rivale de Scarlett O'Hara dans Autant en emporte le vent. Deux oscars de la meilleure actrice et un Golden Globe lui ouvrent les portes de Cannes. Olivia de Havilland fut la première femme présidente du jury du festival, en 1965.

 

Olivia de Havilland, présidente du jury du festival de Cannes 1965 © INA

 

Jane Campion sera la dixième. Jeanne Moreau a reçu deux fois cet honneur. Ca nous donne donc onze présidentes sur soixante-sept festoches. C'est mince. Et encore, Jane Campion n'est que la deuxième réalisatrice (après Liv Ullman) à occuper ce poste, contre trente-deux cinéastes masculins. Les organisateurs du festival se sont toujours défendus de tout sexisme, et ce matin encore, Thierry Frémaux, le délégué général, a souligné que "si Jane Campion est la cinéaste que l'on connaît, c'est pour son talent et pour ce qu'elle a fait". Son sexe n'a rien à voir là-dedans.

 

Top of the Lake, réalisé par Jane Campion © ARTE, 2013

 

La même Jane est aussi la seule femme à avoir reçu la Palme d'or. L'an dernier seule Valéria Bruni-Tedeschi pouvait y prétendre parmi ces dames, déclenchant immédiatement la fureur de quelques associations féministes. La ministre du droit des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, s'empressait de commander au Centre National de la Cinématographie un diagnostic sur les inégalités. Vérifier notamment si d'éventuels "réflexes ou habitudes plus ou moins inconscients" pouvaient exister chez les sélectionneurs.

 

Thierry Frémaux est-il pour autant responsable de cette situation ? Le fait est que les femmes sont extrêmement minoritaires parmi les réalisateurs. Depuis la pionnière Alice Guy et sa Fée aux choux (tourné en 1896), elles ont peu à peu gagné du terrain, mais leurs homologues masculins restent encore trois fois plus nombreux en France (25% de réalisatrices parmi les films agréés par le CNC en 2012, contre 3% en 1984).

 

La féé aux choux, réalisé par Alice Guy © Gaumont, 1896

 

Une charte a été signée en octobre au ministère de la culture pour "encourager les projets qui subvertissent les représentations traditionnelles des femmes et des hommes". Mais ça ne veut pas dire que ce seront des femmes qui réaliseront ces projets. La vie d'Adèle, emblême de l'année écoulée, n'est-elle pas l'oeuvre d'un homme ? Le problème est sans doute plus profond, lié aux subventions accordées aux projets portés par des femmes.

 

Avec la série Top of the Lake, Jane Campion abordait l'an dernier la question des violences faites aux femmes. Son inspectrice, Robin Griffin, allongeait, vingt ans après La leçon de piano, la liste des héroïnes de sa filmographie parfaite. La choisir comme présidente cannoise a donc forcément une immense charge symbolique. "C'est un grand honneur pour moi que d'avoir été choisie", expliquait-elle ce mardi à l'annonce de sa désignation. "Et pour dire la vérité, je suis très impatiente." Nous aussi.

 

Toutes nos pages consacrées au festival de Cannes, c'est par ici.

Quant à Jane Campion, elle figure en bonne place dans notre top de 2013. Cliquez .

 


Photo de couverture : Cc FlickR DrabikPany

Par Augustin Arrivé / le 07 janvier 2014

Commentaires