Une BD choc revient sur la barbarie esclavagiste française

Par Augustin Arrivé / le 01 mai 2015
"Lost" en vrai, la barbarie esclavagiste en plus
A quelques jours de la journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage, Sylvain Savoia nous raconte un épisode peu connu du passé négrier de la France. Une lâcheté inhumaine qui retourne le ventre.

 


En 2008, l'artiste Sylvain Savoia embarque dans un petit avion, sur l'île de la Réunion. A bord, avec lui, un groupe de scientifiques, archéologues aguerris. Ensemble, ils vont se poser brutalement sur un grain de sable, l'île Tromelin, 1 kilomètre carré de superficie, balayé par les vents au milieu de l'océan indien. Ils se mettent au travail, déblayant peu à peu les restes d'une maison enfouie. De premiers ossements vont refaire surface. Ils attendent là depuis deux siècles et demi.

Dans Les esclaves oubliés de Tromelin, l'auteur nous raconte cette mission scientifique autant que l'histoire de ces squelettes : un événement historique oublié, accablant pour la France du XVIIIe siècle. Au moment où le pays s'apprête à commémorer l'abolition de l'esclavage, il est peut-être utile de se raffraîchir la mémoire.


Extrait de "Les esclaves oubliés de Tromelin", de Sylvain Savoia © Aire Libre Dupuis, 2015


Tout commence en 1761, lorsqu'un navire négrier français s'échoue sur un récif coralien au large de cette langue de sable. L'équipage européen et les esclaves malgaches survivants se retrouvent face à face sur l'île perdue, à 450 kilomètres de la moindre forme de vie humaine. Il semble rapidement évident que personne ne viendra les chercher. Les hommes font alors équipe pour construire ensemble un nouveau bateau à partir des débris de l'épave.

Mais les blancs vont trahir leurs semblables et embarquer sur le navire, abandonnant les noirs à la solitude, à la faim, la soif et le désespoir. Les esclaves vivront là quinze longues années, à la merci des tempêtes et des submersions, avant que d'autres marins les repèrent par hasard.


Extrait de "Les esclaves oubliés de Tromelin", de Sylvain Savoia © Aire Libre Dupuis, 2015


Dans cet album d'une grande richesse, Sylvain Savoia mêle cette histoire, forcément en partie romancée, avec le récit de son expédition scientifique dans ce coin de planète abandonné (récit qui n'est pas sans rappeler La lune est blanche des frères Lepage, la chaleur en plus, le mal de mer en moins). En intercalant les deux périodes, il réussit à nous intéresser pour ce travail de fourmis des archéologues (pourtant assez peu mouvementé, avouons-le) : on a l'impression de découvrir en même temps qu'eux le destin de ces malheureux Malgaches.


Extrait de "Les esclaves oubliés de Tromelin", de Sylvain Savoia © Aire Libre Dupuis, 2015


A la découverte d'un crâne anonyme, on ne peut s'empêcher de se demander comme les scientifiques s'il appartenait à l'un ou l'autre des personnages qu'il vient de nous présenter. Est-ce cette femme qui se refuse à ses prétendants ? Cet homme qui se méfie d'une alliance avec les esclavagistes ? On serait presque ému comme eux de devoir quitter l'île avant d'en avoir expliqué tous les mystères. On décolle de ce coin de monde avec l'écoeurement pénible du naïf découvrant que la barbarie a toujours existé.



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Illustration de couverture : Les esclaves oubliés de Tromelin, de Sylvain Savoia © Aire Libre Dupuis, 2015


Par Augustin Arrivé / le 01 mai 2015

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