Un service hospitalier pour accro aux jeux vidéo

/ le 01 février 2014
Un service hospitalier pour accro aux jeux vidéo
Il fait office de pionnier en France. Le CRJE de Nantes (centre de référence sur le jeu excessif) soigne et étudie le comportement de patients incapables de se détacher des jeux vidéo. Un trouble aux conséquences désastreuses pour la vie sociale du malade.

 

Augustin Arrivé aurait bien besoin de consulter :

 

Le jeu vidéo, au fond, est comme tous les plaisirs : il ne faut pas en abuser. Une étude scientifique allemande a prouvé l'an dernier (et nous en avions parlé ici) qu'à petites doses sa pratique aide à la construction cérébrale. En revanche, en très grande quantité, certains joueurs (les harcore gamers) déjà fragiles psychologiquement, peuvent en devenir dépendants. A Nantes, le CHU propose, au sein de son service addictologie, un département prenant en charge ces malades.

 

L'CRJE, dans l'enceinte de l'hôpital de Nantes, rue Saint-Jacques

 

Bruno Rocher, psychiatre, avait consacré sa thèse à ce problème. Pour lui, Internet a amplifié le phénomène au début des années 2000 :

Avant, les jeux auquels on jouait dans notre salon seul ou avec des copains avaient toujours une fin : celle induite par le gameplay ou celle due à la vie sociale (il fallait bien finir par éteindre la console). Avec internet et les MMORPG, on peut faire des sessions de 24h avec toujours une communauté de joueurs avec qui interagir.


 

Depuis, World of Warcraft, emblématique des années 2000, n'est plus le seul jeu responsable. Il reçoit des patients accros à FIFA ou à plein d'autres titres, la plupart du temps en réseau. Avec ses collègues, il suit en moyenne une vingtaine de malades atteints de cette cyberdépendance, "des étudiants ou de jeunes actifs, plutôt des hommes, qui évoluent dans un milieu lié à l'informatique et aux nouvelles technologies."

 

Le docteur Bruno Rocher, psychiatre addictologue, dans la cour de l'hôpital de Nantes

 

Mais attention : il ne faut pas s'imaginer que tous les geeks sont des drogués du jeu. Ceux qui tombent dans la dépendance cachent presque systématiquement un trauma plus profond, et c'est là-dessus que peuvent agir les médecins. "Il faut d'abord permettre au patient de sortir du déni, qu'il prenne conscience qu'il a un problème, et ensuite nous lui proposons un double processus de soins : d'une part diminuer la pratique et retrouver un sommeil normal, et d'autre part comprendre pourquoi il en est arrivé là."

Le traitement est affaire de patience. Un homme qui vit reclus depuis quatre ans dans son appartement sans aucune autre interaction avec le monde extérieur que son avatar numérique ne guérira pas du jour au lendemain. Le lycéen qui est convié à une consultation parce que ses notes baissent s'en sortira plus rapidement.

 

Spot publicitaire pour "World of Warcraft", 2011

 

A l'en croire, l'apparition des smartphones et tablettes, avec leurs jeux simples toujours à portée de main n'a pas tellement modifié le problème. "Un Candy Crush un peu envahissant auquel on joue ponctuellement dans le bus n'a pas le même effet qu'un WoW avec lequel on joue depuis plus d'un an et dans lequel on s'est construit une identité et un univers virtuel." 

En général, ce sont les proches qui mènent le malade vers le médecin, comme la grande majorité des cas d'addiction. Certains parents se présentent plusieurs mois avant d'amener leur enfant. En moyenne, une vingtaine de patients sont ainsi suivis par l'équipe médicale. Un ou deux de plus arrivent chaque mois.

 

Anne-Françoise Goalic, la documentaliste du CRJE, et son rayon consacré à la cyberdépendance

 

Bruno Rocher est persuadé que ce pan de la médecine va se développer, à mesure que les jeux vidéos s'étendent dans notre quotidien. Le CRJE s'occupe déjà de recherches cliniques sur le sujet, pour améliorer la prise en charge des malades. Ils ont récemment analysé l'organisme de joueurs en pleine partie pendant toute une nuit, pour mesurer entre autres les variations de leur hormone du stress. La cyberdépendance a de l'avenir, la lutte contre ses effets également.

 

Les jeux vidéo sont pourtant bons pour la santé. Ce sont les Allemands qui le disent. Cliquez ici.

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Photo de couverture : Cc FlickR Graham James Campbell

Reportage, mise en page et autres photos : Augustin Arrivé


/ le 01 février 2014

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