Un rempart biélorusse contre l'homophobie

Par Gaële Joly / le 10 décembre 2013
En Biélorussie, Ihar Tsikhantyuk se bat contre l'homophobie
A l'occasion de la journée internationale des droits de l'homme, la rédac du Mouv' a rencontré Ihar Tsikhantyuk, un jeune Biélorusse, de passage à Paris et qui se bat pour le droit des homosexuels, dans un pays où il vaut mieux se taire pour rester en vie.

 

La Biélorussie, dernière dictature d'Europe, coincée entre la forteresse de l'Union européenne et le géant russe. Un régime dirigé d'une main de fer par Alexandre Loukachenko, depuis presque vingt ans. Un régime dans lequel tout citoyen est étroitement surveillé, le moindre opposant politique emprisonné.

Dans ce pays où il vaut mieux se taire pour rester en vie, Ihar Tsikhantyuk, 26 ans, maquilleur de profession, ne cache pas son homosexualité. Il milite même pour l'organisation gay et Biélorusse, à Minsk, la capitale. Avec ses airs de dandy, sa cravate bleu et sa veste cintrée, ses cheveux blond tirés en arrière, ses sourcils épilés, sa montre couleur or au poignet et sa bague au doigt, Ihar Tsikhantyuk a tellement l'habitude d'être mal reçu qu'il avait peur de parler aux journaliste en débarquant à Paris, peur de nos réflexions homophobes. Il faut dire que son combat est loin d'être facile. 

 

J'ai beaucoup de connaissance qui ont déjà été en prison, et donc je sais qu'en Biélorussie, n'importe qui peut se retrouver en prison, même s'il est pas coupable. J'ai entendu parler de choses terribles qui arrivent aux homosexuels en prison en Biélorussie, et je sais que les homosexuels peuvent être torturés et maltraités. 


 

Une décision qui n'est pas sans risque, Ihar Tsikhantyuk, a déjà été arrêté plusieurs fois, par le régime biélorusse. Il y a quelques jours, il a traversé la frontière en voiture pour se rendre en Ukraine, à Kiev pas très loin, pour s'inspirer du souffle des manifestations qui ont lieu en ce moment là bas.

 

  J'ai vu que les Ukrainiens n'avaient pas peur de sortir dans la rue, de sortir de chez eux de parler de leur problème et donc en Ukraine c'est devenu possible tandis qu'en Biélorussie, c'est toujours impossible.


 

Et pendant qu'en Ukraine, les langues se délient, en Biélorussie la situation se complique pour les homosexuels. Le pays très influencé par Moscou, étudie en ce moment au Parlement, une série de lois homophobes qui comme en Russie punissent le délit de "propagande homosexuelle", et la seule association de défense des gays en Biélorussie, a vu fondre ses miltants.

 

La police a commencé à fouiller dans les boites de nuit homosexuelles. Beaucoup de militant ont été intimidés et il ont préféré quitter notre organisation.


 

Un avenir plutôt sombre, d'autant qu' Ihar Tsikhantyuk craint maintenant son retour en Biélorussie, après son passage à Paris. "Je préfère ne pas y penser", balaie- t-il, dans un long soupir.

 

Pour soutenir Ihar Tsikhantyuk, et d'autres militants des droits de l'homme, rendez-vous sur le site d'Amnesty International

Par Gaële Joly / le 10 décembre 2013

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