Un Noir abattu par la police : la colère monte à Baton Rouge

Par Sébastien Sabiron / le 07 juillet 2016
Un noir abattu par la police : la colère monte à Baton Rouge
Une enquête fédérale a été ouverte après la mort d'un vendeur ambulant abattu par balles lors d'une interpellation musclée à Baton Rouge, capitale de la Louisiane. Plusieurs centaines de personne ont manifesté mercredi après la publication d'une seconde vidéo du drame.

C'est une scène malheureusement presque banale. Filmée depuis l'intérieur d'une voiture, cette vidéo amateur montre deux policiers blancs de la police de Baton Rouge (BRPD) tenter de maîtriser un suspect récalcitrant sur le parking d'une supérette.

Après avoir reçu un coup de taser, l'homme est plaqué au sol et semble se débattre. "Il a une arme !" hurle l'un des policiers. Les deux fonctionnaires dégainent et six détonations retentissent.


Alton Sterling avait 37 ans. Père de cinq enfants, il vendait des CD sur le parking de ce centre commercial. Ce qui lui avait valu le surnom de "CD Man". Touché au dos et à la poitrine, il est décédé sur le coup. Sur une seconde vidéo choquante (que nous avons choisi de ne pas publier), on peut voir après les tirs l'un des policiers retirer de la poche du suspect ce qui semble être l'arme évoquée.
 

© Facebook


Les faits se sont produits le mardi 5 juillet à 0h35. Selon un communiqué de la police locale, les agents sont intervenus après un appel anonyme d'une homme expliquant qu'un vendeur de CD noir en t-shirt rouge l'avait menacé avec une arme à feu.

Cité par le journal The Advocate, le propriétaire du magasin qui a filmé la scène, affirme que l'homme n'avait pas d'arme à la main et n'a pas tenté de s'en saisir lors de l'altercation avec les policiers.  

#BlackLivesMatter ?

Dès la publication de la première vidéo, le nom d'Alton Sterling est devenu viral sur Twitter, associé au hashtag #BlackLivesMatter ("les vies des noirs comptent), du nom du mouvement né après la mort de Michael Brown à Ferguson et dénonçant les violences policières envers les afro-américains.

La mort d'Alton Sterling est un "lynchage légal" a tweeté le révérend Jesse Jackson, militant des droits civiques, "La justice doit l'emporter".

"Quand cela s'arrêtera-t-il ?" s'interroge le street-artiste Banksy, qui a publié les deux vidéos de l'interpellation.

De son côté, Drake s'est fendu d'une lettre ouverte sur Instagram. Le rappeur canadien explique qu'il craint pour la sécurité de sa famille, de ses amis ou de n'importe quel être humain qui pourrait tomber, victime d'un shéma qui se répète. Il appelle à un débat "ouvert et honnête" sur les tensions raciales aux Etats Unis. La traduction complète de sa lettre est dispo sur le site de Clique.tv.


Mercredi soir, une centaine de personnes étaient rassemblées à Baton Rouge pour rendre hommage à Alton Sterling. Contrairement à Baltimore et Ferguson, aucune violence n'a été signalée. Mais après ce qui est considéré comme une énième bavure, la communauté noire demande justice.

Une enquête fédérale pour violation des droits civiques a été ouverte. Elle a été confiée au département des droits civiques du ministère de la Justice américain, assisté du bureau du procureur de la Louisiane et du FBI.

 


 

Image d'illustration : capture d'écran  

Par Sébastien Sabiron / le 07 juillet 2016

Commentaires