Un minikeum remplace Michel Denisot

Par Augustin Arrivé / le 18 juin 2013
Un minikeum aux commandes du Grand Journal de Canal+
La génération Canal, biberonnée aux Nuls, aux Deschiens et à Ca Cartoon n'aurait pu rêver mieux : la direction de la chaîne cryptée a choisi Antoine de Caunes pour remplacer Michel Denisot à la rentrée. "Le Grand Journal" redeviendra-t-il un royaume de l'irrévérence ?

 

Les ados d'aujourd'hui connaissent tous Yann Barthès, la coqueluche du PAF, couverture de GQ sur le curriculum vitae. Ces mêmes adolescents savent-ils qui est Antoine de Caunes ? Le trublion cathodique au verbe ciselé en orfèvre et à la forte tendance au travestissement est passé réalisateur à succès modéré, ressuscitant Coluche et Napoléon. Pas forcément le même public.

 

Mais il fut un temps où Antoine de Caunes avait même sa marionnette. Je ne parle pas de celle des Guignols de l'Info, ça n'impressionnerait plus personne. Antoine de Caunes avait sa marionnette aux Minikeums, une émission pour mômes de France3. Entre un épisode de Mission Top Secret et une aventure de Batman, l'ersatz minikeumien d'Antoine de Caunes chantait son amour pour Melissa, featuring des latex de Johnny et de Nagui :

 

Ma Melissa, par les Minikeums, 1997 © France Télévisions

 

Ca n'a l'air de rien, mais c'est un honneur qui en dit long sur le degré de popularité du bonhomme à l'époque. Popularité qu'il devrait retrouver dès septembre en prenant les manettes du Grand Journal. Tout de même, quel cachotier, cet Antoine ! Dire qu'il y a deux semaines à peine, il affirmait au micro du Mouv' qu'il n'était pas question qu'il occupe ce poste:

 

Antoine de Caunes, invité de Philippe Dana et Laurent Kramer, dans le 12/13 du Mouv' © Radio France

 

Si de Caunes put être un minikeum, c'est qu'il était adulé des téléspectateurs du seul Nulle Part Ailleurs qui ait vraiment valu le coup: celui qu'il anima, huit ans durant, avec Philippe Gildas. Il y était éditorialiste-portraitiste, acolyte-pré-sniper et surtout clown frappadingue, grimé tour à tour en scout martyr, loubard belliqueux ou vicieux binoclard. "Humouuur !" Et ça, c'était avant qu'il repère José Garcia, à l'époque chauffeur du plateau.

 

Antoine de Caunes et José Garcia, aka Gilles Gropaquet et Ginette, 1995 © Canal+

 

Tant de talent et d'ingéniosité qui laissent penser à Philippe Gildas que son ancien camarade réussira haut la main le nouveau défi que lui propose Canal+. Il l'expliquait, ce mardi, à Laurent Kramer, de la rédaction du Mouv':

 

Philippe Gildas, interrogé par Laurent Kramer pour le Mouv' © Radio France

 

De Caunes est un enfant de la télé, progéniture souriante de deux pionniers de la lucarne, Georges de Caunes et Jacqueline Joubert. La dite Jacqueline, speakerine de l'ORTF devenue directrice des variétés d'Antenne2, qui lui fera faire, en 1955, à l'âge d'un an et demi, ses débuts à l'écran :

 

 

 

Jacqueline Joubert annonce l'émission Rendez-vous avec, avant de partir avec Antoine de Caunes © INA

 

Une vingtaine d'années plus tard, il s'émancipe par le rock, qu'il réussit à faire apparaître sur la télévision giscardienne bien élevée de l'époque. L'émission s'appelait Chorus, et il l'animait avec Jacky. Oui : le Jacky du Club Dorothée ! Ensemble, ils retransmettaient des concerts événements comme celui-ci, des Clash :

 

Les Clash en concert dans Chorus, au Palace, à Paris, 1980 © INA

 

Cette passion pour la guitare qui crache se poursuivra avec Les enfants du rock, Rapido et, à la radio, avec l'aventure Marlboro Music, sur Skyrock, émission désormais introuvable qui consistait à sillonner les Etats-Unis pour en enregistrer la bande-son.

 

 

 

Antoine de Caunes interviewe Bob Dylan pour Les enfants du rock, 1984 © INA

 

De Caunes a la bougeotte, et une boussole cap à l'Ouest, direction les Anglo-Saxons. Proche de Bruce Springsteen, qu'il interrogera à plusieurs reprises, il gagne surtout surtout ses galons de Frenchie sauce anglaise grace à Eurotrash, une émission qu'il pilotera pendant une dizaine d'années sur la chaîne rosbif Channel4, avec la complicité de Jean-Paul Gaultier. Ca parle souvent de cul, avec gourmandise:

 

Antoine de Caunes et Jean-Paul Gaultier reçoivent Carla Bruni dans Eurotrash, 1996 © Channel-4

 

On est assez loin de Georges de Caunes, et à la perpendiculaire de la cinématographie que démarre en parallèle le garçon. Jean-Jacques Zilbermann lui offre en 1998 le premier rôle de L'homme est une femme comme les autres et, du même coup, une nomination au césar du meilleur acteur. Des Césars dont il animera la cérémonie à neuf reprises, pour Canal+.

 

En tatanes à Manhattan, un documentaire d'Antoine de Caunes, 2012 © Canal+

 

La quatrième chaîne lui sera toujours fidèle, diffusant depuis maintenant cinq ans une série de documentaires de son cru sur le off des villes du monde (Baba de Barcelone, et autres Toqué de Tokyo...). Pas étonnant que ses dirigeants pensent à lui au moment de chercher un remplaçant à Michel Denisot, autre figure historique maison, qui présenta son premier Grand journal au même âge. A 59 ans, la vie recommence.

 

Par Augustin Arrivé / le 18 juin 2013

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