Un million d’albums vendus, quelques classiques : Sniper raconté aux moins de 20 ans

Par Genono / le 24 juillet 2017
Sniper
Tout ce que vous devez savoir sur ce groupe emblématique du rap français !

Bien moins souvent cité que d’autres groupes ayant connu leur heure de gloire pendant la première moitié des années 2000, Sniper occupe une position assez particulière au sein de la grande histoire du rap français

Arrivé trop tard pour être considéré comme précurseur, beaucoup trop matraqué sur les grandes radios pour avoir conquis définitivement les puristes, trop polémique pour le grand public, pas assez dur pour la rue … Malgré un succès commercial monstrueux, et une critique globalement positive pour chacun de ses projets, le groupe ne semble pas avoir particulièrement marqué sa génération au point de traverser les âges. 

 Évoquez donc la FF ou Arsenik auprès d’un jeune majeur aujourd’hui : s’il ne saura pas forcément deviner lequel vient de Marseille et lequel a été l’égérie non-officielle de la marque Lacoste, il saura tout de même qu’il a affaire à deux groupes mythiques du rap français. En revanche, vous n’êtes pas certain d’obtenir le même résultat en citant Sniper.Il est donc grand temps de proposer à la jeunesse de ce pays un petit cours de rattrapage, avec un argument commercial de poids : hé, les jeunes, à un moment on parle de sextape.

 

Sniper, c’est qui ?

La plupart des gens vous décrirons Sniper comme un trio composé d’Aketo, Tunisiano et Blacko. C’est partiellement faux, puisque pendant les années d’activité du groupe, la formation à trois n’a réellement existé qu’entre 2006 et 2007 : avant 2006, Sniper était un quatuor, dont DJ Boudj était un membre à part entière ; puis, à partir du second semestre 2007, Sniper est devenu un duo, suite au départ de Blacko.

Pour résumer très grossièrement, les rôles au sein de Sniper étaient répartis ainsi :
- DJ Boudj, un vrai DJ -et non pas un beatmaker- que l’on retrouve principalement sur les intros, les interludes, et les scratchs, un truc qui n’a plus vraiment de sens aujourd’hui mais qui était encore extrêmement important dans le rap du début des années 2000
- Blacko, un mec plus proche du ragga et du reggae (ce n’est pas la même chose) que du rap pur et dur, qui apporte une dimension plus chantée aux titres du groupe, notamment sur les refrains, dont il se charge assez régulièrement.
- Tunisiano et Aketo, deux rappeurs au profil plus classique pour l’époque : textes denses et majoritairement engagés, flows plutôt linéaires, et petits égotrips de temps à autre pour rythmer un peu les choses.

 

Sniper, ça raconte quoi ?

Si Sniper a aussi bien fonctionné lors de la première moitié des années 2000, c’est aussi parce qu’il représente au mieux toute l’essence du rap de cette période, et notamment son ambivalence entre volonté de traiter des thématiques sociales, politiques, ou introspectives et nécessité d’évoluer vers des formats radiophoniques plus ouverts. Une orientation textuelle que l’on résumer caricaturalement par le gros mot “rap conscient”, mais qui n’a rien d’une posture, puisqu’à l’époque, le rap est encore très majoritairement marqué par cette dominante, sans que personne -ou presque- ne trouve rien à redire. D’ailleurs, Sniper fait partie de ces groupes qui s’amusent à singer les gros clichés du rap -filles en petite tenue dans les clips, gros gamos en location, fourrures, dents en or- pour mieux revendiquer son authenticité et sa simplicité.


Parmi les sujets abordés par Aketo, Tunisiano et Blacko, la discrimination et les idées reçues sur les jeunes de cités, l’absurdité de la société, la haine des institutions françaises, le conflit israélo-palestinien, l’absence paternelle, et même l’amour. Mais Sniper joue aussi beaucoup sur l’égotrip, que ce soit avec humour et autodérision, comme sur le beef fictif entre Aketo vs Tunisiano, ou dans une optique de rassemblement entre les acteur du rap français, comme sur le mythique Paname All Starz, qui réunit têtes d’affiches et pontes de l’indépendance sur la thématique “chacun représente son département”.

 

Le (gros) succès pendant cinq ans

La première moitié des années 2000 est une période particulièrement faste pour les rappeurs français bénéficiant d’une couverture médiatique suffisante. Contrairement à aujourd’hui, où un artiste peut être très exposé sans forcément vendre beaucoup, cette époque lointaine ne connait ni le téléchargement illégal, ni la surabondance d’albums : à partir du moment où quelqu’un voudra vous écouter, il sera quasiment obligé d’acheter votre disque. Résultat, Sniper, matraqué en radio et placardé en couverture des magazines rap les plus vendus pendant cinq bonnes années, vend près d’un million de disques sur cette période, en trois albums seulement : Du Rire aux Larmes (2001), Gravé dans la Roche (2003) et Trait Pour Trait (2006).

 

Polémiques, plaintes de Sarkozy et sextape

Malgré son image de groupe gentil et radio-friendly, Sniper a tout de même trainé quelques casseroles et a carrément dû se coltiner des poursuites lancées par le Ministre de l’Intérieur de l’époque, le futur Président de la République, Nicolas Sarkozy suite à des plaintes de syndicats policiers, de groupes d’extrême droite, et aux inquiétudes de certaines associations juives.
En cause : quelques “Nique la France et autres “la France est une garce” qui passent mal auprès des patriotes, pas mal de propos un brin offensants envers les forces de l’ordre, et une prise de position pro-palestinienne sur le titre Jeteur de Pierres. Si l’affaire fait moins de bruit que celle opposant ce même Sarkozy à La Rumeur, les accusations sont sensiblement les mêmes.

Finalement, cette affaire n’aura pas conséquences réellement facheuses : Sniper reviendra sur la polémique quelques années plus tard en rappelant tout de même que se faire traiter de racistes par des militants du FN est tout de même assez cocasse.

 

Et maintenant ?

Après le succès assez monstrueux des trois premiers albums du groupe, chacun des membres s’éparpillent durant la deuxième moitié des années 2000, et tentent leur chance en solo -avec, évidemment, un succès moindre. Il est tout de même assez intéressant de constater que si la couleur des projets de Tunisiano reste assez proche de celle de Sniper, Blacko plonge complètement dans ses influences reggae, et surtout Aketo se lâche en termes d’influences -beaucoup moins classiques que ce qu’il laissait transparaître avec Sniper- et de featurings (Alkpote, Salif, Zesau, Seth Gueko, L’Skadrille ou encore Sefyu). DJ Boudj, lui, a continué son petit bonhomme de chemin dans le DJing tout en menant en parallèle d’autres batailles visiblement moins joyeuses.

Après un retour discret en 2011 avec l’album A Toute Épreuve, sur lequel on retrouve uniquement Tunisiano et Aketo au casting, Sniper s’est à nouveau reformé en 2016 à l’initiative de Blacko, le temps d’un concert et une tournée. Sniper serait actuellement en train de préparer un nouveau projet -mais calmez-vous, la sortie ne serait pas prévue pour tout de suite.

 


Crédit photos : Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP

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Par Genono / le 24 juillet 2017

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