"Un Français" : le film qui effraie le cinéma hexagonal

Par Augustin Arrivé / le 26 mai 2015
"Un Français" fait peur au cinéma français
Le nouveau film de Diastème sort le 10 juin prochain. A condition qu'il sorte. Il semblerait que les exploitants de salles freinent des quatre fers à quelques jours de la date fixée. Cette histoire de skinheads ferait craindre des réactions violentes de l'extrême-droite.

"Les cinquante avant-premières du film qui devaient avoir lieu dans cinquante villes de France le mardi 2 juin sont annulées." C'est Diastème qui l'annonçait hier sur son blog. Quant on connait la concurrence qui existe chaque semaine en salles, on comprend aisément que la nouvelle est très mauvaise pour le réalisateur. D'autant que ça n'est peut-être qu'un début.

L'objet des tensions, c'est un film, Un Français, supposé sortir le 10 juin. Le scénario suit Marco, skinhead qu'on pourrait qualifier d'imbécile, violent et raciste si on ne savait pas qu'il s'agissait là de pléonasmes. Avec ses potes, il chope des clochards noirs dans la rue et leur fait boire de l'eau de javel à la place de l'alcool promis. Crucifix tatoué sur le dos, il castagne tant qu'il peut et balance des punchlines nationalistes et xénophobes. Jusqu'à ce que la paternité vienne calmer sa colère, semble-t-il...

 

 

Quelques commentaires Facebook aussi haineux que mal orthographiés auraient fait trembler les exploitants de salles. D'après Mars Distribution, en charge de vendre le film aux patrons de cinéma, certains de ceux-là "ont peur". La société de distribution évoque une "spectaculaire campagne de haine". En plus des avant-premières disparues, les cent salles qui devaient accueillir le long-métrage le 10 juin ne seraient plus que soixante. "Mais dans quel pays est-ce qu'on vit ?", s'insurge le cinéaste.

C'est un film de paix, un film de cinéma. Et ce que je reçois, depuis quelques semaines, n'est que violence et haine, guerre, et ce n'est pas du cinéma...


 

On a vu lors du défilé du 1er mai la violence dont pouvait faire preuve certains militants du Front National, qui n'apprécieront sans doute pas que leur excès soient portés à l'écran. Dans un article posté sur un site régionaliste breton, un internaute reproche au réalisateur de "stigmatiser une fois de plus les mouvements dits d'extrême-droite". Autre réaction du même genre sur fdesouche.com, où sont citées des extraits du dossier de presse dans lequel le cinéaste rappelle que le FN "a été créé par des nazis français" (c'est le cas notamment de François Brigneau).

Les exploitants de salles peuvent-ils craindre que la sécurité ne soient pas assurée s'ils projettent cette oeuvre d'art ? Dans Libération, le journaliste Alexandre Hervaud note qu'un destin semblable est en train de frapper la dernière oeuvre de Richard Berry (Tout, tout de suite) qui aborde le meurtre d'Ilan Halimi par le gang antisémite de Youssouf Fofana. Le film serait "au frigo depuis plusieurs mois".

 

 


 

Photo de couverture : photo promotionnelle pour le film Un Français, par Diastème © Mars Distribution, 2015

 

Par Augustin Arrivé / le 26 mai 2015

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