Un comique bientôt président ?

Par Augustin Arrivé / le 07 septembre 2015
Un comique bientôt président ?
Au Guatemala comme aux Etats-Unis, des humoristes se retrouvent crédités de beaux scores dans les derniers sondages pour les élections présidentielles. Des outsiders pas si rares dans les débats politiques.

En 1955, à Marty McFly qui lui apprend que le comédien Ronald Reagan va devenir président des États-Unis, le doc Brown de Retour vers le futur répond, sarcastique : "Et qui est vice-président ? Jerry Lewis ?" Eh bien, pourquoi pas ? L'émergence, dans le monde politique, de personnalités issues de la société civile permet aujourd'hui de rendre cette hypothèse crédible. Enfin on se comprend : Jerry Lewis a 89 ans, il ne va pas intégrer la Maison Blanche. En revanche, ses homologues contemporains ont leur chance.

 

 

Jimmy Morales a 46 ans et donc parfaitement le droit d'être candidat. Il semble même en passe d'accomplir cet exploit au Guatemala. Avec 25,75% des suffrages, cet humoriste sans aucune expérience politique et sans vrai programme est sorti en tête du premier tour avec son parti de droite, le FCN-Nation (résultats encore partiels, publiés ce lundi 7 septembre après le dépouillement de 82% des bulletins).

Dans ce petit pays d'Amérique Centrale, il semble que la population soit fatiguée par leurs vieilles figures politiques. Otto Pérez, le président démissionnaire, vient d'être placé en garde à vue pour corruption. Et Jimmy Morales surfe sur ce dégoût, expliquant à l'AFP qu'il fait partie de "la population lasse, qui ne veut plus de la même chose".

 


Un acteur comique en tête de la présidentielle... par euronews-fr

 

Brady Olson vit dans l'Iowa où il est encore scolarisé, lycéen comme tant d'autres, à ceci près qu'il s'est crée un avatar médiatique, Deez Nuts ("ces crétins" en phonétique), candidat déclaré à la présidentielle de 2016. Lorsque le magazine Rolling Stone l'interroge sur sa démarche, il explique sa volonté de briser le traditionnel bipartisme américain, avant d'ajouter qu'il n'ose pas imaginer Hillary Clinton, Jeb Bush ou Donald Trump dans le bureau ovale.

À 15 ans, sa candidature n'a aucune valeur légale. Les sondages le créditent pourtant de 7% d'intentions de vote dans son Etat, 8% dans le Minnesota et jusqu'à 9% en Caroline du Nord. Il faut dire qu'il est clairvoyant : il s'est choisi comme vice-président potentiel un chat, Limberbutt McCubbins, officiellement déclaré candidat à l'investiture démocrate dans le Kentucky (avec comme slogan, l'efficace "Le temps du miaou est arrivé").

 

 

C'est cette même désillusion qui permit à une marque de talc de remporter une élection municipale en Equateur en 1967. "Si vous voulez de la propreté, votez pour Pulpavies", clamait une publicité, placardée dans tout le pays. Dans la petite ville côtière de Pitoaza, une majorité d'électeurs, obéissante, inscrivit ainsi le seul nom du produit sur les bulletins de vote. La justice fut contrainte d'invalider le scrutin : on imagine mal un paquet de talc, même légalement élu, arborer une écharpe de maire.

 

En France, le cas le plus célèbre reste Coluche, briguant l'Elysée en 1981. Son slogan "Tous ensemble pour leur foutre au cul" a séduit jusqu'à 15% des votants si on en croit les sondages de l'époque. Menacé, il a préféré se retirer de la course en avril, à quelques jours du premier tour. Sans ce revirement in-extremis, François Mitterrand n'aurait peut-être pas accédé au second tour.

Christophe Alévêque, inscrit sous le pseudonyme de Super-Rebelle en 2012, suscitera moins d'enthousiasme : lui qui disait "avoir organisé les primaires dans [ses] toilettes" n'obtiendra finalement pas les 500 parrainages de maires nécessaires à sa candidature.

 

 

Pas d'obligation légale de ce genre aux États-Unis, où le comique Pat Paulsen, se présenta aléatoirement aux investitures démocrates et républicaines pour six élections présidentielles américaines successives, de 1968 à 1996. Affirmant son absence de compétence (les solutions à vos problèmes m'échappent), il avait réussi à finir deuxième derrière George Bush dans le Dakota du Nord.


rédit photo : capture d'écran spot de campagne YouTube de Jimmy Morales

Par Augustin Arrivé / le 07 septembre 2015

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