Twitter laisse les morts reposer en paix

Par Sébastien Sabiron / le 20 août 2014
Twitter laisse les morts reposer en paix
Le site de microblogging supprimera les images de personnes défuntes, sur demande des familles et sous "certaines conditions". Cette décision intervient alors que des images macabres de l'exécution du journaliste américain James Foley inondent la toile.

Dans une déclaration twittée dans la nuit par son porte-parole Nu Wexler, Twitter apporte sa pierre à l'édifice du droit à l'oubli numérique :

Afin de respecter les volontés des êtres chers, Twitter retirera sous certaines conditions les images des personnes décédées.


 

Le réseau social précise que seuls les parents ou d'autres "personnes autorisées" pourront en faire la demande, dès lors que les photos en question montrent des blessures graves, jusqu'aux moments précédant ou succédant à la mort. La procédure (assez complexe) est expliquée ici.

La décision de Twitter intervient une semaine après que Zelda, la fille de Robin Williams, a quitté le réseau social, harcelée par des internautes malveillants qui lui envoyaient des photomontages de la dépouille de son père.

"Je supprime (cette application) de mes appareils pour un bon moment. Peut-être pour toujours."

Bataille numérique après l'assassinat de James Foley

Mais cette nouvelle politique est sans doute également liée au déferlement de photos macabres du corps du journaliste américain James Foley. Les jihadistes de l'Etat Islamique (qui revendiquent son assassinat) avaient posté une vidéo semblant montrer la décapitation du reporter, le 19 août sur YouTube.

Ces images insoutenables ont largement circulé, provoquant l'indignation de nombreux internautes. Très vite, le hashtag #ISISMediaBlackout (ISIS pour "The Islamic State of Iraq and Syria", l'appellation anglophone du groupe jihadiste) émerge sur Twitter. Sa créatrice exhorte les internautes à ne pas faire la propagande des islamistes radicaux, en partageant la vidéo :

"Amputez leur portée. Versez de l'eau sur leur flamme"

Repris près de 10.000 fois en une journée, le mot-clef incite les Twittos à partager des photos "hommage" au journaliste, avant son kidnapping en 2012 en Syrie.

De son côté Twitter a supprimé les captures d'écran de la vidéo macabre, avant d'annoncer une mesure plus radicale, par la voix de son PDG Dick Costolo :

"Nous avons suspendu et nous suspendrons activement tous les comptes liés à cette imagerie violente."

Saine décision, mais Twitter aura sans doute fort à faire pour chasser toutes les images violentes et dégradantes qui squattent ses timelines.

 


 

Par Sébastien Sabiron / le 20 août 2014

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