Toucher français : les meilleurs projets des beatmakers de chez nous

Par Genono / le 19 septembre 2016
Toucher français : les meilleurs projets des beatmakers de chez nous
Nodey, Frencizzle, Krampf, DJ Weedim, Roro, Madizm... Hommes de son derrière les rappeurs (français ou US), ils ont sorti des projets pour le plaisir mais aussi pour une reconnaissance due et méritée. Sélection subjective et essentielle.

Dans le petit monde du rap, la figure du beatmaker dispose d’un statut un peu particulier. Parfois porté en triomphe (DJ Khaled), mais trop souvent laissé dans l’ombre, il doit souvent batailler pour faire valoir son travail.

D’autant que ces dernières années, le milieu dans lequel évoluent les producteurs a énormément évolué. D’une part, avec la simplification du matériel nécessaire à composer une instru, la concurrence est désormais exacerbée. Alors qu’il fallait du matériel volumineux, couteux, et difficile d’accès il y a encore une dizaine d’années, il suffit aujourd’hui d’un ordinateur portable, d’une connexion internet et d’un logiciel piraté. Résultat : là où il y avait un beatmaker pour cent rappeurs, il y a désormais cent beatmakers pour un rappeur. 

L’arrivée des "type-beats" n’a pas arrangé les choses, et ce qui était encore il y a quelques années un travail créatif, où l’originalité primait, est devenu un grand concours de reproductions et de contrefaçons. Pour finir, le beatmaker moderne doit savoir porter toutes les casquettes : en plus de produire les instrus, il doit désormais faire l’ingénieur du son, gérer les réglages de l’autotune, les réverbérations, les silences, les adlibs, et apprendre les placements aux rappeurs nés off-beat. Et passer le balai en studio de temps en temps.

Producteurs, ingénieurs du son, directeurs artistiques … Avec quinze casquettes à la fois, fatigués d’être rémunérés au lance-pierres, de devoir suer ne serait-ce que pour être crédités, pris entre les rappeurs qui oublient trop souvent que sans eux ils ne sont rien, et le public qui semble croire que les instrus se fabriquent toutes seules, ces hommes de l’ombre ont récemment décidé de prendre le taureau par les cornes, et de se tirer un peu la couverture. Il était temps.

Aux Etats-Unis, le dernier album de DJ Khaled, Major Key, a atteint la première place du Billboard dès la première semaine –en partie grâce à son casting incroyable-, alors que Metro Boomin’ a récolté les louanges pour Savage Mode, et qu’Alchemist travaille sur un quinzième projet instrumental en quinze ans. En France, c’est plus compliqué, mais les très bons projets instrumentaux existent. La seule année 2016 suffit à prouver que nos producteurs nationaux sont capables de construire, seuls ou accompagnés, des disques solides et cohérents, avec leur nom en haut de l’affiche. Petit tour d’horizon des meilleurs EP, albums ou mixtapes de beatmakers. Liste évidemment non-exhaustive.

 

Frencizzle – Kramwas’ ill

Généralement, on présente Frencizzle en mettant en parallèle les noms ronflants avec lesquels il a travaillé (Gucci Mane, Chief Keef, Booba) et ses activités professionnelles réelles, forcément moins clinquantes. Certes, c’est un peu facile, un peu redondant, et fatigant à la longue. Mais ce contraste tout à fait assumé par Frencizzle permet surtout de mettre le doigt sur la situation compliquée du beatmaker moyen, en 2016 : travailler avec des stars internationales ne suffit pas à payer un loyer et à faire vivre une famille.

Au cours de l’été, le producteur le plus moustachu du game a proposé au public un petit concentré de son talent, avec la sortie d’un EP gratuit : Kramwas’ill. Six titres, et des participations de LaChat –la rappeuse de Memphis proche de Three 6 Mafia-, Jorrdee, Sean Paine –un proche de Gucci Mane- ou encore Moïse the Dude. Un projet plutôt ambitieux qualitativement, mais évidemment passé incognito. Frencizzle n’en est pas à son premier coup d’essai en « solo » puisqu’il avait déjà relâché  l’EP 100% instrumental Killin For Cash l’année dernière et Unrealeased Collabs avant l’été.

 

 

Krampf – Europe 1

L’étrange entité DFHDGB est souvent présentée comme un duo, signe que quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde. En plus de Hyacinthe et L.O.A.S, les deux rappeurs, le troisième larron s’appelle Krampf, un garçon mystérieux qui dénote par son look improbable et son visage juvénile autant que par sa culture musicale digne des plus grands érudits de Questions pour un Champion.

Hormis ses fabuleuses prods pour DFHDGB –ou d’autres, comme la MZ ou Metek-, Krampf a sorti cette année deux projets coup sur coup : IRG (RONGXT), un EP de « musiques de film » qui correspond peu ou prou aux débuts du garçon dans la musique ; et surtout, Europe 1, EP deux-titres plus ambitieux, vendu en édition limitée et imagé par le grand Kevin Elamrani.

 

 

 

Nodey - Atrahasis

Nodey a une philosophie de vie très simple : « tant que les gens sont cools et talentueux, qu’il y a de l’alcool en studio et de l’argent à la clé, je suis là » (interview BeatzMaking, 2015). Résultat, il est le genre de mec que l’on peut voir bosser aussi bien avec Flynt ou Mokless qu’avec Cyprien (le youtubeur) ou Doris (la chanteuse). Bosseur, il possède un diplôme d’ingénieur du son, cultive sa passion du beatmaking à travers les battles, et s’amuse même avec des samples de Johnny Hallyday.

En plus de placer des prods un peu partout, Nodey balance régulièrement des projets solo (Atrahasis, Vinasounds) ou collaboratifs. L’occasion pour lui de faire tourner son nom en dehors des studios, et de tenter de prouver au public que les beatmakers peuvent être considérés comme des artistes à part entière. C’est pas gagné.

 

 

Roro – Charles Pasqua Money

Le meilleur beatmaker français a été formé par LIM et DJ Bagdad à l’époque du premier volume de Violences Urbaines, a bossé avec Madizm, Sazamyzy ou Sidisid, et sort de plus en plus rarement de sa grotte –mais quand il le fait, il y a de quoi regretter de ne pas l’entendre plus souvent.

Après ses faits d’armes spectaculaires sur les différents volumes de Grand Banditisme Paris, Roro s’est distingué en enchainant quelques projets collaboratifs avec l’écurie Fusils à Pompe. Des sorties plutôt confidentielles mais saluées par la critique, qui ont le mérite de prouver qu’à l’instar de n’importe quel rappeur, un beatmaker peut avoir un univers tout à fait atypique et reconnaissable. Ok, ça commence à dater un peu, mais la street raconte que Roro serait sur le retour, prêt à balancer un nouveau projet solo …

 

 

Vaati - Adventures

Il y a peut-être de l’espoir pour les hommes de l’ombre : quand Nusky a commencé à se faire un nom l’année dernière, il était toujours associé à son beatmaker attitré, Vaati. Le fait que l’album Swuh soit crédité du nom des deux bougs y est forcément pour quelque chose, puisqu’un peu à la manière de Butter Bullets, Nusky et Vaati fonctionnent vraiment comme un duo, dans lequel le rappeur est difficilement dissociable de son beatmaker.

Vaati est un habitué des projets solo, puisqu’avant Adventures, son dernier 8 titres –dont 7 instrumentales pures et un feat avec … Nusky-, il avait déjà relâché Pukaboo –en solo- et Lecce –en collaboration avec vous-savez-qui.  

 

 

Dela – L’Aigle Noir

Le défi est simple : prenez la discographie entière de Butter Bullets –Ténébreuse Musique compris-, et dénichez une seule prod qui ne soit pas au niveau. Spoiler : vous allez y passer l’après-midi, et vous ne trouverez pas. Dela en est responsable à 90%, même si Sidisid aime toucher aux manettes, chercher des samples improbables, et poser sa patte de velours sur les prods du groupe. L’osmose qui existe entre Dela et son binôme est de celles qui permettent à l’un et à l’autre de se sublimer. L’amour, le vrai.

Servi en guise d’amuse-bouche pour accompagner la sortie de l’album Ténébreuse Musique, l’album L’Aigle Noir, partiellement instrumental, est d’une consistance rare. Il suffit d’écouter les effets incroyables sur La Vérité est Ailleurs pour comprendre toute la puissance des prods de Dela.

 

 

DJ Weedim – Boulangerie Française

A l’heure actuelle, Weedim est l’un des beatmakers-stars en France. Depuis quelques années, il enchaîne les projets et les collaborations avec un véritable rythme de Stakhanoviste : Biffty, Alkpote, ValdInfinit, une émission de radio, des premières parties à chaque apparition parisienne d’une star du rap US… Le travail a fini par payer.

Hyper-productif, Weedim enchaîne les collaborations avec les rappeurs français. Histoire de mettre à profit son carnet d’adresses surchargé, il a pris la peine de réunir la plupart de ses artistes affiliés le temps d’une mixtape sortie l’été dernier, Boulangerie Française Vol.1.

 

 

Madizm – Been in the Lab

Le genre de mec qu’on ne présente plus, arrêtez vos conneries.

L’hiver dernier, Madizm a fourni au public américain une mixtape gratuite, comme un excellent échantillon de tout ce qu’il sait faire : composée pour moitié de remixes d’artistes signés ou indépendants, et pour l’autre moitié d’instrumentaux purs, Been in the Lab (trap edtion) est aussi l’occasion pour lui de prouver qu’un mec issu de la vieille école est capable de mettre les petits jeunes à l’amende sur leur propre terrain, celui de la trap.

 


 

Crédit photo : Capture YouTube Nodey

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Par Genono / le 19 septembre 2016

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