Stromae ressuscite le marché du disque

Par Sébastien Sabiron / le 30 janvier 2014
Stromae ressuscite le marché du disque
Tracté par les locomotives Stromae et Daft Punk, le marché français du disque a connu en 2013 sa première hausse depuis onze ans. Les ventes ont progressé de 1%. Pas de quoi déboucher le champagne, d'autant que le téléchargement légal marque le pas au profit du streaming, peu rémunérateur pour les artistes.

Vous l'entendez partout. Sur votre autoradio, au supermarché, dans l'iPod de votre petit cousin. 2013 aura été l'année Stromae. En quatre mois, le jeune artiste belge a vendu plus d'un million d'exemplaires de son √ (Racine Carrée) sorti au milieu de l'été.

Stromae s'apprête à faire une razzia sur les Victoires de la Musique, ce qui ne sera pas le cas de Daft Punk, deuxième plus gros vendeur de l'année : Random Access Memories s'est écoulé à 600 000 exemplaires dans l'hexagone. Et leur carton plein aux Grammy Awards promet de relancer les ventes du disque.

Daft Punk aux Grammy Awards, © CLIFF LIPSON/LANDOV/MAXPPP

  
Soutenu également par le joli succès du rappeur Maître Gims de Sexion d'Assaut (500 000 ventes de son album Subliminal), le marché français du disque connaît donc sa première embellie, totalisant 493 millions d'euros de chiffre d'affaire l'an dernier. Un petit point de hausse pour une industrie qui a perdu 60% de sa valeur ces dix dernières années.

Le téléchargement en baisse au profit du streaming

Pour la première fois depuis son apparition au milieu des années 2000, le téléchargement légal a reculé en 2013. Stéphane le Tarvernier, président du SNEP (Syndicat National de l'Edition Phonographique) évoque "un léger fléchissement" du téléchargement à l'acte, sur le modèle d'iTunes.

Inquiétant, car la musique dématérialisée (26% du chiffre d'affaire global des ventes de musique) est toujours considérée comme le principal relai de croissance du secteur.

Deezer s'affiche dans le métro parisien, cc Flickr par Lanfogg42

  
De son côté, le streaming est en progression constante, mais irrégulière. Les producteurs déplorent un certain manque de visibilité des offres légales. En France, Deezer (qui s'attaquera bientôt au marché américain) Spotify et les autres services revendiquent moins d'1,5 million d'abonnés payants, en comptant les accès inclus dans les abonnements téléphoniques.

Des clopinettes pour les artistes

Les professionnels veulent donc compter sur cette importante marge de progression, espérant que le streaming comblera le vide laissé par la baisse du téléchargement. Aux États Unis, la marque d'accessoires audio "Beats" vient de lancer une offre hyper agressive. Dans l'hexagone, TF1, la FNAC et Radio France travaillent sur leur propre service de streaming.

Mais le streaming pose la question épineuse du partage des droits. En quatre mois, les 37 millions d'écoutes de Racine Carrée sur Deezer et Spotify ont rapporté entre 20 000 et 30 000 euros de royalties à Stromae. Des sommets inatteignables pour la plupart des artistes.

Shaka Ponk au Dour Festival, cc Flickr par Kmeron
  

Ecouté plus de 6 millions de fois sur Spotify depuis sa sortie en 2011, The Geeks and the Jerkin’ Socks de Shaka Ponk rapporte entre 2000 et 2800 euros par mois à la plateforme. Shaka Ponk n'en récupère que 350 euros mensuels, à partager entre les membres du groupe.

De quoi se payer une bonne bouffe, mais certainement pas des heures de studio.



Le streaming sera l'un des sujets phares du Midem (Marché International des Editeurs de Musique) qui se déroule à Cannes du 1er au 4 février. On en parle demain matin dans le 7-9 du Mouv'.

Illustration de couverture : cc Flickr par Kmeron

Par Sébastien Sabiron / le 30 janvier 2014

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