Streaming musical : Youtube impose sa loi aux labels

Par Sébastien Sabiron / le 27 mai 2014
Streaming musical : Youtube impose sa loi aux indépendants
Les labels indépendants dénoncent les "conditions inacceptables" imposées par YouTube pour intégrer leurs artistes dans sa future offre payante. En réponse, le géant américain menace de les retirer de sa plateforme gratuite. Pas glop.

C'est l'un de ces serpents de mer qui pointent un jour leur nez alors que personne ne s'y attend plus. Jamais officiellement confirmé, le service musical "premium" de YouTube devrait sortir cet été.

Concurrent direct de Deezer ou de Spotify (leader du secteur, qui vient de fêter ses 10 millions d'abonnés payants), "YouTube's Music Pass" proposera une offre illimitée pour 5 dollars par mois avec publicité, 10 dollars par mois pour en être exempté.

Signe que YouTube est un acteur de poids dans la musique, la plateforme a ses awards, très convoités

    
Dans cette optique, la plateforme vidéo de Google est entrée en négociations avec les producteurs de musique indépendants et comme le rapportent les Échos, ça coince sérieusement. En cause : les très faibles rémunérations proposées par YouTube aux labels en échange de leur présence sur son catalogue payant.

Selon un producteur cité anonymement par les Échos, elles seraient "inférieures de 10% à celles que propose Spotify, déjà parmi les plus basses du marché". En outre, le contrat-type établi par YouTube ne prévoit aucune avance pour les labels indépendants, à la différence des majors (Universal, Sony, Warner) dont la force de frappe leur permet de négocier chacune de leur côté. 

Chantage

Sur son site internet, l'UPFI (Union des Producteurs Phonographiques Français Indépendants) s'émeut de ce qu'elle considère comme "un diktat" et qui pourrait relever selon elle d'un "abus de position dominante". Car non content d'imposer ses tarifs, YouTube menacerait de virer carrément ceux qui s'en plaignent, comme l'explique un producteur :

Google nous dit : si nous ne pouvons pas référencer votre offre en payant, nous sommes obligés de la retirer du gratuit.



Pour les labels indépendants, être blacklistés de YouTube représenterait un sérieux manque à gagner en terme d'image et de promotion de leurs artistes (70% des internautes français regardent régulièrement des clips en ligne).

Le clip le plus vu en 2013...

L'association WIN (Worldwide Independant Network) qui regroupe les indépendants au niveau mondial qualifie "d'inutile et indéfendable" la position de YouTube. Sa directrice générale Alison Wenham explique :

Non seulement, ces méthodes commerciales sont douteuses, mais elles pourraient nuire à YouTube, étant donné les dommages que cela pourrait entraîner sur toute l'industrie.



Si ce problème relève de l'éternel combat entre distributeurs et petits producteurs, ces derniers ont tout intérêt à ne pas rater le coche de YouTube, premier prescripteur de musique auprès des jeunes. Pour la première fois l'an dernier, le téléchargement a marqué le pas face au streaming, désormais le principal relai de croissance pour l'industrie de la musique. 

> Et d'ailleurs, à qui profite le streaming ? Réponse par ici.

> En France, le marché du disque a connu un très légère embellie en 2013. Merci Stromae et Daft Punk !

> Face à Spotify et bientôt YouTube, le français Deezer tente l'aventure américaine

 



 

Par Sébastien Sabiron / le 27 mai 2014

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