Straight inna Compton : là où le rap a enterré le rock

Par Sébastien Sabiron / le 07 octobre 2016
Straight inna Compton : là où le rap a enterré le rock
Au sud du comté de Los Angeles, Compton est célèbre tant pour sa criminalité que pour avoir vu naître le gangsta rap. Sébastien Sabiron y a fait étape pour la Course à la Maison Blanche.

A la croisée des ghettos sud de Los Angeles, Compton a longtemps été considérée comme la capitale américaine du crime. Au milieu des années 80, les gangs se livrent une guerre sans merci pour contrôler la vente du crack. En 1991, Compton enregistre 87 homicides. Un record. Les 100.000 habitants de la ville sont pris en otage de cette "guérilla brutale", immortalisée par le groupe NWA dans l’album Straight Outta Compton, geste fondateur de ce que les médias ont appelé "le gangsta rap".

 

A Compton on se déplace en voiture, fenêtre ouverte, musique à fond © Sebastien Sabiron

 

Aujourd'hui, Compton a bien changé. Grâce à un plan de rénovation urbaine lancé en 2006, les centres commerciaux ont remplacé les terrains vagues qui bordaient l’entrée de la ville. La majorité de la population est désormais hispanique et si les gangs sont toujours présents, les habitants peuvent promener leur chien le soir sans risquer une balle perdue.

KK et Gangsta D ont grandi à Compton. Cousins, ils ont fréquenté le même lycée, Centennial High School. C’est ici aussi qu’ont étudié plusieurs superstar du rap made in Compton (Dr. Dre, Warren G, Kendrick Lamar). Une étape obligatoire dans la visite de la ville.

 

 

Dans leur jeunesse, KK et D ont fricoté avec les Elm Street Piru, une branche des Bloods, l’un des deux gangs emblématiques (avec les Crips) de South Central LA. Cela leur a valu quelques passages par la case prison.

Dans le sillage de leurs glorieux aînés, ils fondent leur groupe de rap au début des années 90 : 2nd II None obtient un joli succès d’estime et leur premier album se hisse à la 83ème place du classement Billboard 200. KK et D l’admettent volontiers : le hip hop leur a permis d’échapper à la rue, à la prison et peut-être pire.

La musique était une alternative au sport et aux activités de notre gang. Au début, c’était surtout histoire d’occuper nos journées. Puis on s’est rendu compte que l’on pouvait parler de notre communauté, de notre vécu, devenir des “reporters de la rue”. C’était une façon de montrer que tout ce qui se passait à Compton n’était pas forcément mauvais, que les enfants pouvaient grandir avec le sourire. Et peu à peu pour nous, la musique a pris le pas sur la rue.

KK devant Skateland, salle de concert aujourd’hui fermée dans laquelle les pionniers de NWA ont donné leur premier concert © Sébastien Sabiron

 

Signés chez Profile Records dès leur premier album, les 2nd II None n’ont jamais cessé de produire, mais sans atteindre le même succès qu’à leurs débuts. Dans les années 2000, le soufflé du gangsta rap est un peu retombé, laissant de côté ceux qui n’avaient pas déjà atteint le sommet.

Ces dernières années, le hip hop "old school" connaît un revival, porté par la nostalgie des quadras qui écoutaient ce son dans leur jeunesse. Cela permet à KK et D de vendre des disques et de monter régulièrement sur scène, avec d’autres représentants de "l’âge d’or" du hip hop.

 

Dernier album, sorti en 2014 © Sébastien Sabiron

 

Un peu navrés que le rap "mainstream" (populaire) ait remplacé le rap "conscient", ils sont heureux malgré tout que le hip hop ait quitté le ghetto pour atterrir dans les iPods du monde entier. Au point qu’aujourd’hui, étude à l’appui, le rap a éclipsé le rock’n’roll en terme d’influence aux Etats-Unis :

 

 

Si aujourd'hui Dr. Dre (le premier milliardaire de l’histoire du rap) habite une luxueuse villa de Malibu, les 2nd II None vivent toujours à un jet de pierre de Compton. “On n’a parfois déménagé, mais jamais vraiment quitté Compton”, confie KK. "Malgré la violence, c’est et ce sera toujours notre chez nous".

 


Toutes photos et article : © Sébastien Sabiron

 

Par Sébastien Sabiron / le 07 octobre 2016

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