"Steve Jobs", portrait d'un salaud magnifique [cinéma]

Par Sébastien Sabiron / le 02 février 2016
"Steve Jobs", portrait d'un salaud magnifique [Ciné]
Deuxième biopic consacré au co-fondateur d'Apple depuis sa mort en 2011, "Steve Jobs" de Danny Boyle casse les codes du biopic et ausculte le personnage à trois moments clé de sa carrière. Un scénario malin et une interprétation remarquable de Michael Fassbender.

Un visionnaire ? Un faussaire ? Un génie du marketing ? Un pervers narcissique ? Un surdoué incompris ? Qui était vraiment Steve Jobs ? La grande intelligence de ce film est de ne pas répondre catégoriquement à cette question. 


Sur un habile scénario d'Aaron Sorkin (The Newsroom, A la Maison Blanche, The Social Network), le film se concentre sur trois lancements de produits entre 1984 et 1998, ces fameuses présentations qui ont fait la gloire de Jobs, orateur né.


N'ésperez donc pas voir Steve Jobs en robe de chambre, s'engueuler avec sa femme ou disserter sur le sens de la vie en prenant du LSD. Avec sa structure en trois actes, le film échappe aux figures imposées (et au moralisme gnan gnan) des biopics traditionnels. 

On y découvre un Steve Jobs à la fois obsédé par les détails et obnubilé par son "grand oeuvre" : faire entrer un ordinateur dans chaque foyer, à une époque où l'on s'interroge encore sur leur utilité. Entre succès retentissants et échecs cuisants (son éviction d'Apple en 1985 par le PDG qu'il avait lui-même recruté), l'homme ne dévie jamais de sa trajectoire.

"Les musiciens jouent d'un instrument, moi je joue de l'orchestre" © Universal


En véritable orfèvre du jeu, Michael Fassbender incarne un Steve Jobs très nuancé, qui lui vaut d'être nommé pour l'Oscar du meilleur acteur.

Le mélange de détermination, de pragmatisme et de mégalomanie qu'il insuffle à son personnage suscite à l'admiration autant que la défiance, des sentiments que pouvait nous inspirer Steve Jobs de son vivant.

Steve Jobs (Michael Fassbender) et Steve Wozniak (Seth Rogen), fondateurs d'Apple © Universal


Magnifiquement filmé par Danny Boyle (Slumdog Millionnaire, Trainspotting, Petits Meurtres Entre Amis), l'ensemble est souvent bavard. Mais la finesse des dialogues et la justesse des seconds rôles (mentions spéciales à Kate Winslet et Seth Rogen) nous tiennent en éveil.

Si vous cherchez un biopic classique (et un peu chiant), préférez le Jobs de 2013 avec Ashton Kutcher dans le rôle titre. Si vous préférez une oeuvre de cinéma, votez pour ce Steve Jobs là. Et achetez un iPhone (non, là on déconne).


 

Images d'illustration : © Universal

Par Sébastien Sabiron / le 02 février 2016

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