Siya, Le1f, Mykki Blanco.. : 10 rappeuses et rappeurs LGBTQ qui troublent le genre.

Par Eloïse Bouton / le 09 septembre 2015
Siya, Le1f, Mykki Blanco : 10 rappeuses et rappeurs qui troublent le genre.
Autrefois ignorés ou - pire - mis à l'écart, des artistes de la communauté homosexuelle, bisexuelle, transgenre, transexuelle ou queer (LGBTQ) se font une vraie place dans le monde du hip hop. Voici 10 artistes qui font tomber les tabous et surtout proposent de la bonne musique.

Stigmatisée pour son sexisme et son homophobie, la scène rap internationale est prise d’assaut depuis quelques années par une nouvelle génération d’artistes LGBTQ. Par leurs textes, leur univers "dégenré" et leurs performances corporelles, ils proposent un autre discours et font tomber le tabou de l’orientation et de l’identité sexuelles. Voici 10 rappeuses et rappeurs qui perturbent les normes de genre et déjouent les codes classiques du hip hop.

Siya

 

Lesbienne sur-tatouée, la Californienne Siya, surnommée « la Brute de Bed-Stuy » (The Bed-Stuy Bully), grandit à Bedford Stuyvesant à Brooklyn dans un contexte familial un tantinet violent (maman est camée au plus haut point et papa purge perpét'). Après des années de délinquance et un séjour dans une prison pour femmes, elle commence à rapper, soutenue par le chanteur de R&B Tank, qui compare la virtuosité de la femcee à celle de Notorious B.I.G.. Son premier EP D.Y.K.E (G.O.U.I.N.E) est téléchargé plus de 50 000 fois en ligne. Depuis 2014, elle figure dans l’émission de télé-réalité américaine Sisterhood of Hip Hop, qui suit le quotidien de cinq rappeuses

 

Le1f

 

Grosse bouffée d’air frais en mini short ou dépoilé, le New-Yorkais Le1f, sort sa première mixtape Dark York en 2012. Initialement producteur du groupe de hip hop Das Racist, l’inventeur du « gayngsta » surprend par son rap conscient et sensuel, inspiré du sabar, musique traditionnelle sénégalaise. A contre courant de la tendance bourrin, Le1f n’hésite pas à dégainer le drapeau queer en toutes occasions et déjoue les préceptes d’un hip hop gorgé d’hormones mâaaales.

 

Zebra Katz

 

Fortement Inspiré de la ball culture, pilier des identités africaines-américaines LGBTQ, Zebra Katz, de son vrai nom Ojay Morgan, mêle des sonorités hip hop, techno et dubstep. Révélé au grand public grâce au créateur Rick Owens, le rappeur queer de Brooklyn sort deux mixtapes, Champagne et DRKLNG, sur le label de Diplo, Mad Decent. Son single de 2012 Ima Read, clin d’œil au documentaire américain de 1990 Paris Is Burning sur la ball culture, a été  remixé par plusieurs artistes dont Tricky et Gangsta Boo.

 

RoxXxan

 

Bien qu’en tournée non-stop depuis plusieurs années, la rappeuse britannique RoxXxan ne connaît pas le même succès que ces homologues queer américaines. Ses textes crus centrés sur la bisexualité et son flow venimeux interpellent néanmoins Mike Skinner (The Streets) qui l’aide à signer chez Polydor. En 2009, la femcee de Birmingham sort Heavyweight qu’on retrouve sur la bande originale du film Shank, et apparaît sur plusieurs mixtapes de The Streets. En parallèle, elle multiplie les collaborations avec d’autres MCs anglais et travaille sur son premier album.

 

Mykki Blanco

 

Mykki Blanco, double de Michael Quattlebaum et personnage hybride entre Lil’ Kim et la drag queen Vaginal Davis, surjoue tantôt un gangster hyper testostéroné, tantôt une princesse en jupette, lascive à souhait. Adepte du travestissement depuis sa tendre enfance, Michael décide en 2011 de poster sur Facebook des vidéos en Mykki, rappeuse pré-pubère qui balance des rimes dans sa chambre flanquée de posters de Drake et de Nicki Minaj. Boosté par le succès de Mykki sur la toile, il décide de la faire monter sur scène avec No Fear, son groupe de l’époque. Mykki Blanco est née.

 

Amplify Dot

 

La rappeuse androgyne de South London Amplify Dot, qui travaille également comme découvreuse de talents chez Parlophone Records, se forge une réputation sur la scène queer britannique et les clubs grime grâce à sa mixtape autoproduite Born Ready et son EP Short Back and Sides. En 2011, A.Dot participe au remix du single de Ms Dynamite Neva Soft avec ses compatriotes Lioness et Lady Leshurr. Elle signe chez Virgin un an plus tard et présente sa propre émission sur la BBC Radio 1 à partir de 2013.

 

Big Dipper

 

Dès 2012, Big Dipper s’érige en représentant bear, communauté gay qui revendique une pilosité développée et une masculinité assez normée, avec Meat Quotient puis en 2014 avec la mixtape Thick Life et le single Skank. Né à Chicago et délocalisé à Brooklyn, l’incroyable showman au penchant assumé pour le kitsch tapageur déplace les codes hétéro-normés du hip hop et parle sans détour de sa sexualité. Son positivisme déjanté séduit une audience bigarrée, composée d’étudiants en école d’art, de hipsters hétéros, et bien sûr, de bears.

 

God-des and She


Révélé au grand public en 2006 avec Lick it, qui figure sur le BO de la série The L Word, le duo queer de Austin milite ouvertement contre et le sexisme et la lesbophobie présentes dans le hip hop. Adepte de MC Lyte, Salt N Pepa et Nicki Minaj, le binôme texan n’a pas sorti d’album depuis 2009 mais continue d’arpenter les festivals américains avec ses titres pop sucrés, aux mélodies d’apparence inoffensives mais porteuses de vrais messages.

 

Cakes Da Killa

 

Inspiré par Lil’ Kim, Foxy Brown, Remy Ma et Cam’ron, Cakes Da Killa, Rashard Bradshaw de son vrai nom, propose un rap anticonformiste et des clips imprégnés de ball culture, où les insinuations plus ou moins subtiles à sa sexualité prolifèrent. Le MC gay new-yorkais commence à rapper au lycée puis écrit des titres à partir d’instrus qu’il dégote sur la toile. En 2011, ses démos maison attirent l’attention d’un producteur nommé Stixx, qui l’invite sur la compilation Downtown Mayhem Vol. 1. Toujours étudiant, Cakes achève une licence en études de mode en mai 2013 et sort I Run This Club, samplé sur le morceau de M.I.A. du même nom.

 

LeslieMonique/Jovan Landry

 

Originaire de San Jose en Californie, Jovan Landry aka LeslieMonique se considère comme « 1/3 réalisatrice, 1/3 photographe, 1/3 rappeuse et 100% humaine ». Devant ou derrière une caméra ou un micro, l’artiste multi casquettes place sa bissexualité au cœur de son travail. Elle évoque la déconstruction du genre ou les violences sociale sur des beats moelleux et aériens, et s’essaie également à la réalisation de clips tout en poursuivant ses études de cinéma au Columbia College de Chicago.

 

 


 

Crédit Photo : Capture d'écran YouTube

 

Par Eloïse Bouton / le 09 septembre 2015

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