Shay, Sianna, La Gale … Qui sera la prochaine reine du rap game ?

Par Genono / le 07 décembre 2015
Shay, Sianna, La Gale … Qui sera la prochaine reine du rap game ?
Voici une liste éclectique mais non-exhaustive de rappeuses françaises pouvant prétendre au titre de future reine du game… l’idée n’étant évidemment pas d’élire la meilleure – sans quoi, une simple ligne sur Casey aurait suffit- mais de présenter les étoiles montantes du vestiaire féminin.

Cet article est dédié à la mémoire de Bushy.

 

Missy Eliott, Gangsta Boo, Nicky Minaj, Iggy Azalea ou Honey Cocaine ... le marché américain regorge de plus ou moins belles plantes ayant su s'imposer, d'une manière ou d'une autre, comme des valeurs sures du rap. En France, hormis Diams -la fameuse exception confirmant la règle-, aucune rappeuse n'a su s'implanter au milieu des pontes du game. Exister durablement ne semble pouvoir se faire qu'au prix de sacrifices financiers et d'une détermination sans faille (Casey), et on ne compte plus le nombre d'étoiles montantes du rap féminin qui se sont révélées de simples étoiles filantes : Lady Laistee, Amy, Princesse Aniès ... Ces dernières années, un peu comme chez les messieurs, les cartes ont été largement redistribuées, avec l’émergence de filles aux styles tous très différents, sans qu'aucune ne se soit réellement imposée comme une tête d'affiche.

Shay : la prochaine First Lady ?

Au grand jeu des comparaisons, on tombe parfois -souvent ?- dans le ridicule. Dans le cas de Shay, l’analogie avec Nicky Minaj est aussi facile qu’usitée … mais pas pour autant inappropriée. Si mettre en parallèle une débutante sans la moindre discographie et une artiste aux multiples disques de platine est évidemment une peine perdue d'avance, imaginer la rappeuse belge jouer sur le même type de tableau que Nicky -image sexy, capacité à rivaliser avec les bonhommes micro en main- n'est pas complètement extravagant. "Mental de paysanne, j'suis concentrée sur le blé" ... Shay est le miroir féminin d'une génération de rappeurs matérialistes et obsédés par les gros moteurs et les marques de luxe. A la différence de la plupart de ses consœurs du métier, elle assume entièrement ce côté michtonneuse de luxe ("ce chien me dit qu'il m'aime trop / il veut mon coeur, moi je veux sa maille / et les dernières Louboutin aux pieds"), et dans la grande tradition des références à Scarface, là où PNL se sent "plus Tony que Sosa", Shay serait la pendante idéale d'Elvira. Il est encore un peu tôt pour l'imaginer percer la coquille du succès grand public, mais sa position préférentielle semble la prédestiner à devenir rapidement la reine du jeu féminin ... l'aval de Booba étant le sésame pour entrer dans la cour des grands. Le plus dur est cependant à venir pour elle, car après avoir attiré la curiosité d'un public jamais avare en reluquage, elle va devoir transformer l'essai en posant quelques pierres précieuses à sa discographie. Album, mixtape ou EP ... quel que soit le format, la première marche sera le meilleur test pour celle qui s’autodéfinit comme la First Lady du rap français.

 

 

Moon'A : un potentiel à exploiter

"Mon cul dans la Venom GT", "en quête de lingos j’veux ma Murcielago", "j'suis griffée haute couture" ... l'aspect hyper-matérialiste de Moon'A est peut-être encore plus prononcé que celui de Shay, même si elle parait un brin plus pudique sur le plan des allusions libidinales. Moins exposée, elle dispose pourtant d'un potentiel énorme, qu'elle semble encore avoir du mal à canaliser. Criminel Business -produit par Yoroglyphe, et en featuring avec Mala, excusez du peu- est par exemple un morceau incroyable, avec un refrain terriblement entêtant, qui aurait tout d'un tube si la jeune essonnienne avait accès à quelques médias d'importance. Et si tous ses titres ne sont pas si efficaces, on se doute que, bien drivée, elle pourrait faire quelques dégâts. Après un premier album, Young&Wild, prometteur mais rapidement oublié, on sent que Moon'A se cherche encore, entre titres chantonnés à gros coups d'autotune et morceaux plus énergiques tout en égotrip. Sa grande qualité, c'est qu'elle semble savoir plaire à un public mixte, et pourrait récupérer un ample public de catherinettes en se concentrant sur des thèmes strictement féminins. 2016 pourrait être son année, à condition pour elle d'enchainer sur un nouveau projet et de passer le cap.

 

 

Sianna : la positive attitude

"J'fais ma musique, en répandant d'la bonne humeur", chantonne Sianna dans J'reste quand même ... Une attitude qui n'aurait pas déplu à Jean-Pierre Raffarin. A seulement 20 ans, Sianna est l'une des seules filles du game à être signée en maison de disques (Warner). Un engagement qui ne garantit aucunement le succès, mais assure tout de même un minimum de confort, et ouvre quelques portes : première partie de Niska à La Cigale, de Booba à Bercy (!), featuring avec Mac Tyer, apparition sur la mixtape OKLM ... Coachée par Seven, la carrière de Sianna est sur les bons rails, en phase ascendante. Reste à décoder l'étendue de son impact à terme, son jeune age étant à la fois un atout (pour le coté très énergique de son flow, pour sa marge de progression) et un frein (personnalité à affirmer, discours parfois un brin naïf). Encore difficile de juger l'attrait du public, son premier EP solo étant à considérer comme une simple carte de visite ... Sa série de freestyles "tour du monde" a su attirer une certaine curiosité de la part du public, tout en démontrant la capacité de Sianna à se montrer originale. Une direction à suivre pour l'album à venir, dont la sortie est prévue courant 2016.

 

 

Billie Brelok : l’indéfinissable

Le problème quand on qualifie un artiste d’anticonformiste, c’est que ça sonne presque immédiatement comme quelque chose de péjoratif. Dans le cas de Billie Brelok, l’anticonformisme prend tout son sens, de la manière la plus manifeste. Ses textes, sorte puzzle de mots insensés et de pensées déraisonnables (au hasard, « branle-toi dans le noir, et après lèche tes doigts »), son flow hyper-maitrisé, et son univers complètement dérangé –sans pour autant être loufoque- … en fait, Billie Brelok est absolument indéfinissable. Un mélange trop secoué de Louise Attaque, Vald et L’Exécuteur de Hong-Kong ... L’imaginer truster les charts n’a donc évidemment pas grand sens, mais la simple idée de la voir en prime-time, balancer des saloperies tout en racontant les histoires de reines espagnoles du XVème siècle, est plutôt alléchante.

 

 

Camelia Pand'or : Comédienne le jour, rappeuse la nuit

Rappeuse et comédienne, ou l'inverse, Camelia Pand'or a l'excellente inspiration de diversifier ses talents, de ne pas placer toutes ses fraises dans la même barquette. On a ainsi bien plus entendu parler d'elle pour son premier rôle dans Max et Lenny que pour l'ensemble de sa discographie, un signe qui ne trompe pas : vivre de sa passion du cinéma est moins compliqué que vivre de sa passion du rap ... surtout quand on pense la musique comme Camelia. "Sache que j’en ai rien à foutre si la majorité m’déteste" ... dans la grande tradition des rappeurs indés qui font de leur indocilité une raison de vivre, elle ne compte pas mettre de flotte dans sa bibine, quitte à rester en marge du game, ou à passer par des chemins détournés. Au grand jeu des comparaisons, si vous ne voulez pas déclencher la colère de Camelia, n'évoquez surtout pas une ressemblance fortuite avec le style de Keny Arkana. Malgré le respect répété pour la carrière de cette dernière, Pand'or se veut une artiste à part entière, qui n'a rien volé à personne. Loin des tendances actuelles du rap, on ne l'imagine pas squatter les playlists nationales, mais continuer à survivre dans l'ombre serait déjà une belle réussite. Pour être sous les projecteurs ... le cinéma est un outil bien plus efficace.

 

 

LaGo (2 Feu) : Ghetto Flavescent Gang

Une fille qui cite Gangsta Boo, Mala, Alpha 5.20 et Gucci Mane parmi ses influences principales ne peut pas être foncièrement mauvaise. D'ailleurs LaGo s’inscrit complètement dans cette vague de "rappeurs fans de rap", influencés par des scènes parfois marginales du hip-hop US. Très impliquée dans sa vie de rappeuse -qu'elle prend très au sérieux- elle affiche de sérieuses ambitions, et gère de manière plutôt intéressante l’imagerie autour de son personnage. D’ailleurs, malgré une discographie encore maigre, LaGo intéresse déjà quelques gros médias (Ardisson, Arte, Yard, Paulette …). Sa stratégie décalée -notamment sur l’importance réelle donnée à la scène- pourrait porter des fruits intéressants, et éventuellement faire d’elle une French La Chat

La Gale : de la Suisse au Liban

Absolument tout, chez La Gale, est improbable : définie par son label comme un mélange entre Sage Francis, La Rumeur, et Creedence Clearwater Revival, elle est vegan, a joué de la guitare dans un groupe de street-punk, a sorti un EP au Liban en faisant des featurings avec des rappeurs syriens et palestiniens, le tout en grandissant en Suisse, notamment dans des squats sauvages. Tout cela ne garantit pas de la musique de qualité, certes, mais l'existence d'un tel background ne peut être qu'un point positif dans ce rap-jeu féminin où les profils se ressemblent, et les clichés s'empilent. S'il fallait vraiment rapprocher La Gale à d'autres rappeurs français, la filiation avec La Rumeur (voire Casey) est effectivement plutôt judicieuse, avec son amour des sonorités métalliques et saturées, ce ton désabusé, et ce désenchantement permanent.

 

 Liza Monet : la successeur de Roll-K ?

Le rap français a les représentants qu'il mérite ... Pas forcément la plus douée de la liste mic en main, Liza Monet est peut-être celle qui fait le plus parler, pour des raisons extra-musicales. Son passé d'actrice pornographique lui colle à la peau, et elle n'a aucun mal à en jouer, multipliant les allusions clairement sexuelles dans ses morceaux et ses clips, et dévoilant l'envers d'un décor plus noir que rose (“Mon manque de monnaie m’a fait faire des trucs sales/ Sucer des grosses bites sales”). Son style hyper-explicite et interdit aux mineurs est à double-tranchant : si d'un coté, il attire la curiosité et fait parler, offrant à Liza un buzz important, de l'autre, il rend frileux public, distributeurs et médias. Habituée à entendre des bonhommes parler de phallus et de liquides séminaux à longueur de journée, la France n'est visiblement pas encore prête à voir une femme sexualiser à trop forte dose sa musique. Inverser les rôles, tel est le défi qui attend l'interprète de My Best Plan ...

 

 


 

Photo : Lago par Jordan B

Par Genono / le 07 décembre 2015

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