Sch : l'étoile montante du rap devenue rockstar

Par Genono / le 08 mai 2017
Sch : l'étoile montante du rap devenue rockstar
Après quelques années passées à peaufiner son style et à diviser sa fan-base entre puristes de ses débuts et adeptes de son image plus adoucie, Sch semble enfin avoir trouvé le bon équilibre avec l’album "Deo Favente" qui propulse le rap français dans une nouvelle dimension.

La première fois que l’on entend Sch, il se passe forcément quelque chose. Que l’on accroche immédiatement à son style atypique, que l’on soit rebuté par son timbre de voix, ou que l’on soit simplement dérouté, on comprend que l’on n’est pas face à un énième rappeur fabriqué en série par une quelconque usine à tubes de rue. Une impression fêrocement renforcée au visionnage de l’un de ses clips, provoquant le même type de réaction jamais indifférente, avec des effets au minimum décuplés.

C’était le pari risqué -mais finalement gagnant- tenté par Sch à l’aube de son explosion auprès du grand public : outre ce style rappé inimitable et reconnaissable entre mille, le gamin d’Aubagne s’est paré d’une dégaine baroque outrageusement assumée. Avec ou sans le son, Sch tape dans l’oeil du spectateur, provoquant admiration, dégoût ou incompréhension. L’essentiel est dans son identité, aussi affirmée que singulière. Les pâles copies pointeront bien le bout de leur nez, tentant de s’engouffrer dans la vague, mais Sch restera ce personnage si particulier, reconnaissable au premier regard et au premier gimmick. La définition-même d’une rockstar.

A vouloir atteindre si vite les étoiles, Sch aurait pu, à l’instar d’Icare approchant du soleil, se brûler les ailes. Le difficile public français aurait très bien pu rejeter l’artiste et son allure si particulière, le laissant devenir une simple bête de foire, à ranger aux côtés des autres étrangetés du rap français -une version talentueuse de Swaggman, en somme. Il aurait pu choisir une route plus simple, mais moins ambitieuse : rentrer dans le rang, appliquer des recettes préfabriquées, et restreindre l’éventail de couleurs de sa garde-robe. L’audace a payé, bien lui en a pris.

L'élaboration de Sch

L’évolution du rappeur, et de son statut, suit ainsi celle de l’image qu’il renvoie au fur et à mesure de sa montée en puissance. En 2012, il n’est qu’un rappeur de rue au potentiel incroyable, encore enfermé dans des codes dont il va devoir se détacher pour libérer toutes ses capacités : restreint à des faces B datées, à des clips homemade, trop jeune pour adopter un look excessif, il est encore loin du personnage que l’on connaît aujourd'hui.

 

A partir de 2014, les premiers éléments du Sch superstar se mettent en place : l’équipe Braabus Music l'encadre, lui permet d’expérimenter et d’entreprendre une direction artistique franche, tandis qu’Equinox Films se charge de mettre en place les bases de son univers visuel. Physiquement, son évolution présente les mêmes prémices : les cheveux poussent doucement, et le look est plus soigné -sans réelles folies, mais avec toutes les bases de ce qu’il sera deux-cent mille albums plus tard.

 

A mesure que son univers musical tisse sa toile de références entremêlées, Sch peaufine son style de clip en clip, et finit par trouver l’écrin idéal : les prods sombres et racées de Katrina Squad correspondent en tous points aux aspirations et à la personnalité ténébreuse du rappeur. L’un comme l’autre sont des amoureux d’un rap à l’ancienne très écrit, tout en étant portés par des sonorités très modernes, pour ne pas dire futuristes -le tout, avec un bagage musical extra-large, dont le hip-hop n’est qu’un angle parmi tant d’autres.

 

Alors qu’un premier projet est en cours de réalisation, Lacrim se décide à donner un coup de pouce au garçon, en plaçant le titre Millions -produit par Katrina Squad- sur sa mixtape Ripro Vol.1. A partir de cet instant, le talent de Sch sort rapidement de son carcan de confidentialité, son dossier termine sur le bureau d’une maison de disques : la machine est en marche. Katrina Squad continue de chapeauter le travail de main de maître, le temps d’une période transition qui aboutira sur une prise en main du dossier par DJ Kore et son équipe.

 

Le tournant A7

 

La structure de la mixtape A7 illustre de la meilleure des manières l’évolution du travail du rappeur : les sept premiers titres de la tracklist -Gomorra compris- sont produits par Katrina Squad, tandis que les sept suivants sont à mettre à l’actif du pool de Def Jam France. La première partie de la mixtape, sombre et torturée, dénote avec la seconde partie, plus sucrée, plus orientée pop, avec Champs-Elysées en point d’orgue -cinquante millions de vue, et un nombre incalculable de rotations radio.

La mutation inachevée du personnage se ressent particulièrement à travers l’imagerie distillée par les différents clips extraits de la mixtape. Oscillant entre un style dandy (Champs Elysées), gothique (Solide), voire androgyne (Fusil), Sch est en phase de starisation, même si décalage entre l’ambition initiale et le résultat final donne parfois des airs très kitch au rappeur.

 

Passé du statut de rappeur émergent à celui de tête d’affiche en l’espace de quelques mois, Sch peut se permettre d’assumer avec encore plus de certitudes toute l’extravagance de son personnage. Mais pour passer du statut de simple tête d’affiche du rap-game à celui de véritable star tout-terrain, le rappeur doit valider les promesses affichées par la mixtape A7. L’album Anarchie pose alors quelques questions, tant sa réception est divisée. En cause, l’identité jusqu’ici très forte de Sch, qui se retrouve diluée dans une étonnante course à la tendance. Une situation qui poussera Zekwe, l’une des vieilles références de Sch, à avertir les auditeurs du degré un peu trop frappant de ressemblance entre certaines prods et certains flows de cet album avec des tubes US récents (attention, la vidéo titre “CLASH” en lettres capitales, mais le titre est très putassier, et Zekwe s’est déjà expliqué à ce sujet) :

 

Un album contrasté, entre tubes fruités dans la veine de Champs-Elysées, et titres plus froids et plus premier degré, qui aurait finalement plus figure de projet expérimental, pour un rappeur qui est à la croisée des chemins après la réussite totale d’A7. Malgré une critique moins unanime, Anarchie est un succès commercial, et confirme que Schneider est sur le point de franchir un nouveau palier -même si la marche supplémentaire n’était pas forcément prévue.

 

 

Capable de réconcilier les fans de Renaud et de PNL ?

S’il est encore trop tôt pour juger de l’impact véritable de Deo Favente, disponible officiellement depuis le 5 mai, les premiers retours critiques sont encourageants : Sch semble avoir enfin trouvé la formule permettant de concilier tous ses publics -et par la même occasion, tous les démons qui l’habitent. Un album à l’image du personnage, à qui on ne peut pas coller une seule étiquette, et qui s’amuse à jouer à fond chacun des rôles qu’il choisit - comme par exemple le Sch dandy, désormais assumé jusque dans le timbre de voix et les intonations sur certains titres.

Surtout, on sent l’ambition très claire d’emmener le rap à un autre niveau -là où Anarchie était construit comme un pur blockbuster à prise rapide. Plus proche de la pure chanson française sur certains titres -La Nuit-, Sch pourrait représenter un liant générationnel, en réconciliant les goûts musicaux des aînés ayant grandi avec Renaud et Lavilliers avec ceux des gamins biberonnés à PNL et Lacrim -sans négliger la génération intermédiaire, plus proche de Lunatic ou de la Fonky Family.

 

Alors qu’il vient de fêter ses 24 printemps, Sch est sur le point de réussir là où l’immense majorité des rappeurs français ont échoué : dépasser le simple cadre du rap, et s’installer durablement comme une star de la chanson française -même si d’autres l’ont fait sans forcément convaincre totalement, de Booba, enfermé par les médias généralistes dans une posture de caricature de rappeur à Joeystarr, dont on loue plus la trash-attitude ou les qualités de comédien que la musique.

 

“Les revenus générés par les millions de vues YouTube paieront bien quelques loyers, mais pour atteindre ses rêves de gosse - "la vie d'Massimo, quitter la France avec du fric plein les valises" - Sch devra aller plus loin”, écrivions-nous à son sujet il y a deux ans, quelques mois avant la sortie d’A7. Une mixtape et deux albums plus tard, c’est quasiment chose faite.

 


 

Crédit photo : DR / Universl Music

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Par Genono / le 08 mai 2017
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