Sch, l'étoile montante du rap français

Par Genono / le 28 septembre 2015
Sch, l'étoile montante du rap français
Venue de Marseille, la tempête Sch souffle sur le rap français. Reconnu par ses pairs, le rappeur vient de signer chez Def Jam France. Pourquoi un tel buzz et qui est ce rappeur hardcore et torturé qui évoque John Wick, vengeur solitaire au cinéma ? Réponses.

"Cheveux noirs, yeux noirs, 1m83 pour 68kg. 17 ans, lycéen, fumeur. J'habite chez mes parents. Signe astrologique : bélier. J'aime : Marie-Jeanne, le rap, Alkpote, et mes frères. Je n'aime pas : la BAC, le FN. Tchek' les sons sur le blog music, gros." En 2015, le réseau Skyblog est la plus grosse concentration de dossiers embarrassants sur les jeunes adultes français. Sch, étoile montante du rap hexagonal récemment signée chez Def Jam France, n'échappe pas à la règle. Malgré les millions de vues de ses clips, le profil de celui qui s'appelait encore "Schneider" est toujours en ligne, photos kitsch bien en vue.

Kitsch, Schneider l'est toujours. Sa dégaine dans son dernier clip est digne des meilleures scènes de transition de GTA : Vice City, et on s'attendrait presque à le voir se lancer dans une reprise des plus grands tubes de Starpoint. "J'ai la tête à John Wick, le glock à Salvatore" ... Si s'attribuer l'arme d'une figure majeure du banditisme cinématographique est tout ce qu'il y a de plus commun pour un rappeur, revendiquer sa ressemblance - frappante, il est vrai - avec le héros d'un film co-produit par Eva Longoria est plus singulier. Digne représentant de cette tendance récente des "mecs de cité à cheveux longs", le Marseillais - ou presque, notre homme vient d'Aubagne - arbore des looks loin des standards et complètement assumés : "j'ai foutu mon plus beau manteau, ciré mes plus beaux souliers pour crosser l’taulier". En somme : quand Sch est sur son 31, méfiez-vous : il ne vient pas faire des courbettes, mais mettre des gifles avec élégance.

 

 

Ce style particulier - génial, déroutant ou douteux, selon l'appréciation de chacun - participe à la singularité de son personnage, mais Sch se distingue surtout par son univers... tout aussi improbable. Capable de citer en moins d'une minute Le Voyage de Chihiro, John Lennon et Ciro Di Marzio, il façonne, au gré des titres, un tissu de références entremêlées, avec pour seuls points cardinaux les trafics de stupéfiants, les armes à gros calibre, et les filles à la bouche mature. "Y'a le vent, la pluie, la faim, la soif. On a la soif, les flingues, les balles, les étuis". Des thèmes simples mais concrets : dans la pyramide de Maslow, les besoins physiologiques constituent la base. Dans le rap, les calibres se substituent au sommeil : manger, boire et tirer sont sur la même échelle. Rien de fou jusqu'ici, mais dans un rap sudiste historiquement dominé par les gentils, cette violence dénote. Et dans une région parfois montrée du doigt pour sa violence, il était logique que la scène locale lâche cette agressivité derrière un micro. "Puto tu te rappelles quand on rentrait dans ta soirée khabat pour la niquer ?" ... Le boug débarque dans le rap comme un cheveu dans la soupe d'une réception un peu trop clean : alcoolisé, nerveux et mal entouré, prêt à choquer le gazier trop honnête et sa bourgeoise trop parfumée.

 

Quand Freko Ding’ rencontre Young Thug

"Passe tes vieux discours d'entraide, fais court, file-moi mes étrennes." Sch -dit Sch Mathafack- a ce style venu droit des bas-fonds, l'incarnation vivante de la notion de scélérat. Plus proche du vaurien des ruelles que du gangster hollywoodien, cette image un peu perfide est accentuée par le timbre de voix du bonhomme, pincé et nasillard, rappelant étrangement Freko Ding', ancienne tête d'affiche d'ATK, Assos de Dingos et LBN. Freko poussait d'ailleurs le concept de "rappeur du fond des ruelles" encore plus loin, lui qui a vécu quelques temps dans la rue, et était réputé pour débarquer en studio avec des pompes trouées et une sale odeur à mi-chemin entre le chien sauvage et la bouteille de whisky. "J'suis dans l'appart, ça sent l'Guerlain partout dans la pièce" ... Schneider est peut-être plus respectueux des capteurs olfactifs de ses congénères, mais son amour du schnick est le même : "On débarque pété, Zubrowska-stups" ; "Shootstar, Pulska, j'bois du Jack au resto'" ; "J'suis là pour l'prestige comme Moët Hennessy" ... Mais hormis ce grain de voix reconnaissable entre mille, et ce taux d'alcoolémie toujours passablement élevé, la comparaison s’arrête là. La différence se fait dans l'ambition, et là où Freko Ding' était collé à la rue comme une huitre à son rocher, Sch souhaite s'élever et faire le Million, puis le Milliard, avant - peut-être - de tout laisser en pourboire au corbillard.

Le rap n'est pas une finalité, plutôt un exutoire, en même temps qu'un moyen pour sortir de la merde et remplir le frigo de foie-gras. Moins dangereux pour la santé que le découpage de plaquettes ou le canardage de Brinks, l'enchaînement couplet sale-refrain autotuné est cependant soumis à la bonne appréciation d'un public pas toujours facilement enclin à mettre la main à la poche. Les revenus générés par les millions de vues YouTube paieront bien quelques loyers, mais pour atteindre ses rêves de gosse - "la vie d'Massimo, quitter la France avec du fric plein les valises" - Sch devra aller plus loin. Son projet A7 devrait lui permettre de passer ce cap et de poser la première pierre d'une discographie solo encore immaculée.

 

Invité sur la dernière mixtape de Lacrim (disque d'or), annoncé sur la prochaine mixtape de Kaaris, Sch est "validé" - avec de gros guillemets, tant ce terme est ignoble - par la majorité des pontes du rap game. En plus de ces deux mastodontes, notre homme pose avec Hooss – une autre étoile montante -, côtoie Nessbeal - une légende vivante -, Sadek, fait des appels de phare à Vald, et cite parmi ses références Alkpote ou Zekwe Ramos. Des rapprochements plutôt ciblés et très cohérents, qui ont tout du sans-faute. Malgré le mépris affiché pour le rappeur de base ("vas-y traine ton derch dans les studios miteux, ton mic et ta chicha fous-toi les dans l'cul"), Sch est plutôt bien intégré dans ce microcosme qu’est la scène française, et sa cote montante a fini par trouver un point de chute : Def Jam France. Les exemples récents – Lacrim ou Kaaris, justement - ont tendance à prouver qu’un rappeur estampillé hardcore peut désormais débarquer en maison de disques sans édulcorer d’un seul chouïa son propos. "Tout à coup mon hardcore est devenu or", disait déjà Booba en 2002… La chose est encore plus vraie aujourd’hui. Non pas que Schneider/Sch joue la carte de l'opportunisme en forçant le trait, il peut juste se permettre d’être entier et de jouer à fond son personnage.

 

Les démons de Mathafack 

"Dans ma tête, un enfant enchainé réside"... Derrière les codes usités du rappeur armé jusqu'aux dents, Sch cache la personnalité d'un éventreur londonien. A moins que ce ne soit celle de Charles Manson, une hypothèse rendue probable quand il annonce fièrement "j'suis l'diable avec une auréole". Nuancé, à la limite du paradoxal, Sch sait jouer avec les subtilités, et quand il annonce le déroulement des festivités, le modus operandi semblerait presque raffiné : "j'vais te faire rechercher l'air dans l'eau". Jolie façon d'annoncer la mort par noyade. Mais Manson, malgré sa personnalité meurtrière, était aussi un grand amoureux - il aimait 30 femmes à la fois, certes, et avait une drôle de façon de leur prouver, c'est vrai. "Enlève-moi la camisole qui m’empêche d'aimer plus qu'il n'en faut" ... Le rappeur est pleinement conscient de son esprit torturé, et de la nature des sentiments qui en réchappent. La jeune femme qui osera mettre les pieds dans ce bourbier de gamberge doit être prévenue : elle n'en ressortira pas indemne. Et surtout, qu'elle ne s'imagine pas apaiser les démons de Mathafack, la seule thérapie tolérée ici se décompose en seize mesures ("Y'en a qui se calmeront en faisant des folies sous les draps, pendant que mes plaies cicatriseront à l'encre que déposent mes doigts").

Puisse l'esprit de Schneider s’assagir ... mais pas trop. Quand la fameuse cyclothymie de l'artiste, nécessaire à la création, se mélange à une rage venue des bas-fonds, le tout sous autotune et vodka, le cocktail risque fort de nous péter à la gueule. Un épilogue connu depuis le départ par un Sch prophétique, annonçant dans Mardi-Gras "on vivra pas en paix sans mener de guerre, s***pe"…

 

 


 

Crédit photo : Capture YouTube // Pochette A7

 

Par Genono / le 28 septembre 2015

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