San Francisco n'a plus Twitter dans le coeur

/ le 21 janvier 2014
SAN FRANCISCO N'A PLUS TWITTER DANS LE COEUR
Les gazouillis de Twitter n'amusent plus du tout San Francisco. Des milliers de citoyens sont engagés dans un mouvement anti-gentrification avec pour cible les techies. Ces ingénieurs fortunés qui font grimper les prix et déplacent les populations historiques de San Francisco. Plongée dans une bulle pas loin d'éclater.

 

Twitter s'est construit un nid douillet au coeur de la ville, au 1355 Market Street, dans le quartier de SOMA, le South of Market. Un quartier populaire voire mal fâmé, peuplé de sans-abris, mais un quartier qui change à toute allure ces dernières années, sous la pression des nouveaux voisins, les "techies". Ils font s'envoler les prix des loyers, plus de 2.300 dollars pour un studio. San Francisco est la ville la plus chère des Etats-Unis.

Manifestation devant les locaux de Twitter à San Francisco, le 12 février dernier © Benjamin Illy

 

Le 12 février dernier, le syndicat des travailleurs de San Francisco organisait une grande marche jusqu'au siège de Twitter. Plus d'un millier de personnes ont dénoncé le fait que l'entreprise bénéficie d'énormes exonérations de taxes de la part de la mairie. Twitter a eu droit un rabais de 55 millions de dollars cette année. Pendant ce temps, les hôpitaux de la ville manquent de moyens matériels et humains.

 

"Gentrifukation" : néologisme militant
© Benjamin Illy

 

"Gentrifuckation", un slogan qui résonne souvent ces derniers temps dans les rues de San Francisco. Plusieurs milliers de personnes ont dû quitter leur domicile depuis que Twitter a débarqué avec les spéculateurs immobiliers dans son sillage.

Sarah Shortt, l'une des porte-paroles de l'association des locataires :

Tous les locataires de San Francisco, sont en colère, effrayés, frustrés ! Et la mairie le sait ! Nous croyons que le futur de San Francisco, en tant que ville diverse sur le plan culturel et créatif, dépendra de sa capacité à protéger les locataires des déplacements et à protéger la diversité économique de la ville.


 


Le reportage de Benjamin Illy à San Francisco, en pleine grogne anti-Twitter :

A droite, le bras levé , c'est Sarah Shortt, porte-parole du mouvement © Olivier Mirguet / Agence Vu

 

Ce qu'en pensent les techies...

Les travailleurs de la tech' industry s'agaçent quand les journalistes viennent leur poser des questions aux arrêts de bus Google, mais certains nous ouvrent leur porte. C'est le cas de Florian Jourda, 32 ans, cadre dans une grande start-up de la Silicon Valley. Il nous accueille chez lui avec son ami Gaëtan Pennecot, autre "techie". Florian vit en colocation dans une grande maison victorienne, dans le quartier de Mission, où les loyers flambent. Lui peut se le permettre. Il gagne au moins 120.000 dollars par an. Il comprend la colère des anti-gentrifications. Mais pour Florian, il y a redistribution :

Tout l'argent du monde arrive ici dans la Silicon Valley, dans nos poches, et après on le redistribue au propriétaire à qui on loue, au resto où on va manger, chez le coiffeur, auprès des artistes locaux à qui on achète de l'art. Il y a une redistribution qui se fait comme ça.


 

Florian et Gaëtan, deux french-techies devant leur mur lumineux installé à domicile © Benjamin Illy

 

Un autre frenchie, Carloz Diaz, patron de KWARTER a son avis sur la question. A l'écouter, la gentrification est inéluctable. "San Francisco ce n'est plus une maison bleue accrochée à la colline", estime Carlos Diaz, "c'est une start-up bleue accrochée à la colline et elle s'appelle Facebook cette start-up bleue" !

L'interview de Carlos Diaz au micro de Benjamin Illy :

 

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Reportage, photos, vidéo : Benjamin Illy, Le Mouv'

 

Sur les trottoirs de SOMA, tout le monde ne gazouille pas
/ le 21 janvier 2014

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