Russell Brand banni de Guantanamo

Par Augustin Arrivé / le 17 décembre 2013
Russell Brand banni de Guantanamo
Shaker Aamer, le dernier détenu britannique de Guantanamo, aime la littérature. Mais les gardiens de la prison américaine filtrent ses lectures. Dernier ouvrage refusé dans le camp : l'autobiographie de Russell Brand.

 

Shaker Aamer n'est pas un complet inconnu. Ce détenu de Guantanamo, le dernier citoyen britannique à porter le pyjama orange sur la base, a fait l'objet d'une chanson, signée PJ Harvey. On en avait parlé ici. D'origine saoudienne et incarcéré depuis douze ans, il occupe son ennui en se plongeant dans les livres.

 

Dans une tribune dictée à son avocat Clive Stafford Smith et publiée dans l'hebdo anglais New Statesman, il raconte à ce propos la censure dont ses lectures sont victimes. Aidé de ce même maître Smith, Shaker s'amuse à mesurer les susceptibilités artistiques de ses geôliers en vérifiant quels livres lui sont effectivement transmis et lesquels sont refoulés à l'entrée.

 

Mobilisation à Londres en mai dernier pour la libération de Shaker Aamer, CC FlickR David Holt London

 

Tous les trois mois, un nouvel arrivage est commandé. "Clive me donne une liste des livres qu'il a déposés pour moi", raconte le prisonnier (contre qui ne pèse aucune charge, mais qui est pourtant maintenu arbitrairement derrière les barreaux). "Et comme ça je peux lui dire ensuite ce qui a été interdit par ce que j'appelle le Ministère de l'Information de Guantanamo."

 

"Il est très difficile d'identifier un raisonnement logique dans leur censure", ajoute-t-il. De fait, il n'y a pas exemple aucune cohérence politique : "J'ai été autorisé à lire le 1984 de George Orwell, mais L'archipel du goulag d'Alexandre Soljenitsyne a été refusé". Le premier attaque pourtant davantage le monde occidental que le second. Allez comprendre.

 

American Trip (Get Him To the Greek, en VO), réalisé par Nicholas Stoller © Universal Pictures, 2010

 

C'est ainsi que, curieusement, le deuxième volume du Booky Wook, l'autobiographie de l'humoriste Russell Brand a fini à l'Index. Le comédien ne sait pourtant pas fait remarquer dans des pochades ciné foncièrement inquiétantes, American Trip ou Sans Sarah rien ne va. "J'ai compris que Russell Brand utilisait beaucoup de gros mots, (...) l'armée américaine essaie de me protéger, de m'empêcher de pester."

 

On ne connaît pas les prochains ouvrages sur la liste. Tintin en Amérique ou Les voleurs de la République, de Nicolas Dupont-Aignan ? Russell Brand ne s'est pas exprimé. Shaker Aamer, lui, préfèrerait rentrer bouquiner tranquille à la maison.

 

 


 

Photo de couverture : CC FlickR Judyboo


Par Augustin Arrivé / le 17 décembre 2013

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