Roller derby : un sport urbain majoritairement féminin

Par Eloïse Bouton / le 07 octobre 2015
Roller derby : un sport urbain majoritairement féminin
3200 licencié-e-s, 3500 patineurs, et près de 150 clubs en France, le roller derby prospère en France depuis le début des années 2010. Adulé par les milieux féministes et LGBTQ (Lesbiennes Gays Bi-e-s, Transexuel-l-e-s et Queer), la pratique jadis marginale s’est imposée comme un véritable sport largement pratiqué par les femmes.

 Né aux Etats-Unis en 1948 et issu des courses d’endurance, le roller derby émerge dans les pays anglo-saxons et en Europe après la seconde guerre mondiale avant de disparaître au début des années 1970 pour ressusciter courant 2000. Associé à un style de vie alternatif, punk rock et DIY (Do It Yourself), la pratique à roulettes continue son ascension en France à partir de 2010 et devient un sport à part entière avec un taux de croissance de 30 %.Si les femmes constituent l’essentiel des équipes, les groupes masculins s’implantent progressivement.

En France, le roller derby est révélé au grand public en 2010 grâce à Bliss, réalisé par Drew Barrymore avec les comédiennes Ellen Page et Juliette Lewis. Ce film représente une inspiration pour de nombreuses derby girls dont Stella alias Big Mak’s, joueuse et coach des Roller Derby Panthers à Saint-Gratien (95). Créé en 2012, le club est totalement géré par ses membres  et compte aujourd’hui plus de 30 joueuses séparées en deux groupes de niveaux. « J’ai commencé le roller derby en 2011. J’ai eu envie de m’y mettre après avoir vu le film comme beaucoup de gens à l’époque », explique Stella. « Une amie m’a prêté des patins, j’ai commencé à apprendre les bases en bas chez moi en m’aidant de vidéos YouTube postées par des joueuses américaines et j’ai fini par contacter une équipe qui n’existe plus maintenant mais dans laquelle j’ai fait mes premiers pas. »

 

Un vrai sport, pas un spectacle

Pour sa part, Caroline, joueuse, membre du conseil d’administration, chargée de la communication et de l’interleague des Lille Roller Girls, estime que Bliss a bien contribué au développement du roller derby, mais ne reflète pas à la réalité du sport tel qu’il est pratiqué en France : « Contrairement à ce qu'on peut y voir, les coups de poings ou de coude ne sont pas autorisés. Il s'agit d'un sport extrêmement tactique et réglementé qui se pratique uniquement sur piste plate en France et non sur piste inclinée ». Pour cette derby girl du club nordiste fondé en juillet 2012 et composé désormais de 74 membres, cette image « glam rock» promue par le film demeure largement véhiculée dans les médias et entretient une confusion. « Le roller derby a notamment pu être qualifié de «sportacle », de sport « chic et choc » ou encore de « roller à la sauce rock 'n' roll » et les filles qui le pratiquent de « mi-girly mi-punk ». Globalement, ce sont des clichés qui ont de moins en moins lieu d'être. »

Bien que le roller derby s'éloigne du folklore et du spectacle pour devenir plus athlétique, stratégique et compétitif, il continue d’entretenir des liens importants avec les milieux féministes et LGBT. « En France, l’avènement du roller derby a été porté par des filles et institue une image de femmes fortes, indépendantes, ayant confiance en elles », raconte Stella. « De plus, ce sport est très gay-friendly. On n’y entend jamais la moindre remarque homophobe, que ce soit dans les équipes féminines, masculines ou mixtes. » Stella joue parfois pour la Vagine Regime, communauté internationale lancée aux Etats-Unis qui regroupe des joueuses queer du monde entier en des équipes éphémères. En 2015, les Panthers organisent également un match arc-en-ciel, dont les bénéfices servent à financer le Lesbotruck, seul char lesbien de la Marche des Fiertés à Paris.

 

Déjà une équipe nationale

Les Lille Roller Girls ne se revendiquent pas non plus comme militantes, mais assument leurs accointances féministes et LGBT-friendly. « Je suis moi-même féministe et bien que mes « collègues » du roller derby aiment me taquiner à ce sujet, j'ai toujours senti de la bienveillance de leur part à cet égard, alors que cela n'a pas toujours été le cas  hors derby », confie Caroline. « Mais il existe quelques équipes masculines en France, dont les Lille Moustache Roller Girls avec laquelle nous sommes en excellents termes et partageons nos créneaux d'entraînement. »

La pratique, reconnue comme un sport par la Fédération Française de Roller Sports (FFRS), n’est toujours pas perçue comme telle par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Bien qu’aucun championnat dédié n’existe en France, une équipe nationale, constituée en 2011, participe à plusieurs compétitions dans le monde. Selon Caroline, ouvrir son club reste un véritable parcours du combattant : « Il faut créer une association, trouver des coaches, former des arbitres, recruter des joueuses, et surtout, réussir à décrocher des créneaux en salle de sport. »

Passé l’engouement identitaire et la représentation esthétisante des premières années, le roller derby reste l’un des rares sports urbains majoritairement féminin et ne cesse de séduire de nouvelles adeptes. Le comité olympique statue actuellement sur son intégration aux JO de 2020. On croise les doigts.

 

 


 

Crédit photo : IP3 PRESS/MAXPPP

Par Eloïse Bouton / le 07 octobre 2015

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