Roi Heenok : 10 raisons de ne pas prendre le Roi pour un bouffon

Par Genono / le 02 mai 2016
Roi Heenok : 10 raisons de ne pas prendre le Roi pour un bouffon
Original, ultra-référencé et tout à fait conscient de son image auprès du public, Roi Heenok, l’autoproclamé Gangster et Gentleman a bien plus à offrir que son malheureux titre d’amuseur public.

Plus connu pour son personnage loufoque que pour ses qualités de rappeur, le Roi Heenok a tout de même réussi à élargir sa fan-base bien au-delà des frontières québécoises. Si sa célébrité est majoritairement due à ses vidéos abracadabrantesques, l’univers du Roi est bien plus étendu et intéressant que ce que les premières impressions laissent à penser.

1 - Ses références sont parmi les meilleures

On ne juge pas un livre à sa couverture, mais on peut facilement juger un rappeur à ses name-droppings. Sur ce point, le Roi Heenok figure parmi les tous meilleurs, alliant qualité des noms cités et quantité industrielle de références placées dans des contextes toujours plus improbables. Des opposants à la politiques américaine -Saddam Hussein, Yasser Arafat, Vladimir Poutine- aux politiciens respectés pour leur hustle –Sarkozy, Chirac, et même Benoit XVI-, le Roi possède un nombre fabuleux de sommités à sa collection de cartes. Parmi les artistes, les noms de 50 Cent ou Dr Dre (« faisons cette monnaie européenne ensemble ! ») sont régulièrement évoqués, mais le grand modèle à suivre pour le rappeur montréalais est bien évidement Michael Jackson. A sa mort, Heenok a d’ailleurs souhaité lui rendre hommage en reprenant Thriller … à sa façon :

 

2 - Le plus grand défenseur langue française après Bernard Pivot

Alors que l’on a tendance à reprocher aux rappeurs français de malmener la langue français, et de favoriser les anglicismes –contribuant ainsi à la perte de l’identité francophone-, le Roi Heenok est un fervent défenseur du parler français : « Lisez le … le dictionnaire ! Le Petit Larousse, tous ces rappeurs ! ». Malgré sa maitrise parfaite de l’anglais, il refuse catégoriquement de faire entrer des mots non-français dans son vocabulaire : « On va prouver que le français est aussi puissant que la langue anglaise, t'entends. Non à l'infériorité! ».  Bien que sa syntaxe puisse se révéler déroutante, le rappeur a le mérite d’avoir crée son propre langage, reconnaissable entre mille, et copié par toute une communauté de jeunes fanatiques. « Le fait que mon français coule bon dans ma bouche surprend, et certaines putes croient à un truc de … parodie, t’entends le genre ? ».


3 - Un précurseur du gangsta-rap français

Alors que le rap game a connu un tournant à partir de la deuxième moitié des années 2000, laissant petit à petit de côté l’aspect conscient pour se durcir, et finir par faire la part belle à un genre gangsterisé très surjoué, le Roi Heenok posait déjà les bases de ce style des ses débuts. Considérant son genre de rap comme « le renouveau du rap gangster », il a toujours abordé les thèmes grossièrement axés sur les armes de guerre, les trafics de drogue, les grosses berlines de luxe et les bijoux de plus de huit-mille dollars. Moqué pendant un temps, ce parti-pris fait aujourd’hui de lui un précurseur du gangsta-rap francophone, et son vocabulaire saturé de kalachnikovs, cocaïne et voitures allemandes est aujourd’hui repris par la quasi-entièreté des têtes d’affiches françaises.

 

4 - Les featurings du Roi

Si la partie sur le name-dropping ne vous a pas convaincu, retentons le coup avec les featurings. On ne juge pas un livre à sa couverture, mais on peut facilement juger un rappeur à ses collaborations. Et, entre nous, peu de rappeurs francophones peuvent se vanter d’avoir posé avec Raekwon du Wu-Tang Clan ou G.O.D Part.III d’Infamous Mobb. D’autant qu’il ne s’agit pas de simples connexions commerciales comme on en voit régulièrement dans le rap, de type Gradur-Chief Keef ou Rim’K-Rich Homie Quan. Selon sa propre légende, Heenok a en effet passé du temps à Queensbridge, à une époque où ce quartier new-yorkais était le centre du monde rapologique.

En dehors des nombreux featurings avec des rappeurs montréalais, et plus particulièrement avec les Gangsters & Gentlemen de son label, les collaborations françaises du Roi Heenok font dans la qualité plutôt que dans la quantité, avec Kozi, Alibi Montana, et surtout Green Money, l’un des rappeurs les plus sous-côtés de France. Encore plus fou, il freestyle même avec Sniper !

 

5 - Un précurseur du touche-à-tout

Depuis qu’il est passé à la réalisation de clips, Jul apparait en France comme un nouveau prototype de rappeur, qui écrit, rappe, produit ses propres instrus, et fait donc ses propres vidéos. Pourtant, sur ce point, il est tout sauf un précurseur. On ne le sait pas forcément, mais Heenok fonctionne de la même manière depuis des années. En plus d’être un rappeur, il est également beatmaker, et réalisateur de clips. Le meilleur exemple de l’étendue des pouvoirs du Roi se nomme Nibiru : une prod incroyable, un clip à l’ambiance apocalyptique, et un nombre incalculable de références folles, entre franc-maçonnerie, gestapo, gros uzis, et name-dropping improbable, de Benoît XVI à la Reine Elizabeth. Dans un style différent, un titre comme Tony Montana a été produit entièrement sur le même modèle : du beat au clip, tout, absolument tout, a été réalisé par Heenok.

 

 

6 - Un vocabulaire improbable - et donc génial

C’est bien évidemment l’attrait principal du personnage, celui par lequel tout le monde passe obligatoirement avant d’entrer dans son univers : les expressions à haut degré d’improbabilité du Roi Heenok, avec, entre-autres, une utilisation très assumée du mot « nègre », à faire pâlir Laurence Rossignol (« Ne délattez pas bande de putes nègres ! »). Des simples « t’entends » en guise de ponctuation aux mythiques « péter leurs chevilles » ou « mon médaillon touche à mon pénis », le vocabulaire et la syntaxe du rappeur font toujours mouche … Quitte à lui attirer quelques ennuis. En 2008, il est ainsi attaqué en justice par la LICRA pour son utilisation du mot « nazi » (« Pire que nazi, exclusivement en BMW, Mercedes, ou Audi »). Heenok Beauséjour est relaxé, et s’explique : «Pourquoi pire que nazi ? Parce que la société est exclusivement en BMW, Mercedes ou Audi. Alors, on est pire que des nazis, car tous ces noms ont subventionné la deuxième guerre et Adolf t'entends ? ».


7 - Le Roi aime Jacques Chirac – ce qui en fait forcément quelqu’un de bien

Pas un seul de vous  n’aurait pu se figurer cette situation il y a quinze ans, mais Jacques Chirac est bien présentement l’une des personnalités préférées des français, t’entends et … l’ancien Président de la République qui recueille le maximum de bonnes opinions dans les questions de sondages. Sur cette affaire, le Roi s’est mis bien en avance dans le chiraquisme. Du fameux « Chirac … ça baigne, Chirac ! » aux références hyper-nombreuses (« Prendre un jouet ! ») à l’originel Gangster et Gentleman, les liens entre Heenok Beauséjour et son modèle sont, genre  indéfectibles, comme imbrisables. En guise de summum, de jeunes fanatiques ont même réalisé le mélange virtuel entre ces deux véritables malfaiteurs. Bomboclaat !

 

8 - Une fan-base absolument incroyable

Les paragraphes sur le name-dropping et les featurings ne vont ont toujours pas convaincu, pas de panique, on ne s’avoue pas vaincu : on ne juge pas un livre à sa couverture, mais on peut facilement juger un rappeur à ses fans. En France, hormis Booba et Jul, peu de rappeurs peuvent se targuer d’avoir de véritables hardcore-fans. Le Roi Heenok est probablement le seul à avoir su fédérer une telle communauté autour de lui. Forums, sites internets, remixs, et même compilations non-officielles de remixs, les suiveurs du Roi sont extrêmement impliqués dans leur passion commune. Ces jeunes fanatiques connaissent par cœur toutes les expressions de leur maitre spirituel, copient son langage, et sont prêts à la défendre contre vents et marées sur n’importe quel réseau internet.

 

9 - L’autodérision du Roi

Bien conscient que sa réputation se base plus sur l’originalité de son vocabulaire et sur l’aspect loufoque de son personnage, le Roi Heenok sait parfaitement jouer de son image, et n’hésite jamais à faire dans l’autodérision. Surjouant son personnage, exagérant toujours plus ses expressions, sa mise en marché se fait entièrement sur le mode du divertissement. Une manière plutôt efficace d’initier le public à son univers, avant de pouvoir lui proposer des friandises plus concrètes, avec ses vidéoclips et ses disques de "cocaino-rap musique"...

 

10 - Punchlines et rimes à tiroir

Evidemment, le bestiaire d’expressions farfelues du Roi, associées à sa syntaxe très atypique, ont pour conséquence de créer quelques punchlines tout à fait originales. « Vide mon chargeur sur ton cousin pour son câble à diamants », « On vient régulariser avec des pompeux à pleine capacité », ou encore « Trafic de bombes nucléaires ». Mais réduire les qualités lyricales d’Heenok à de simples lignes marquées par un vocabulaire distordu serait injuste. Capable de se lancer dans de véritables enchainements de rimes à tiroir, Heenok est, quand il fait suffisamment d’efforts, un fin lyriciste. Prenez cette rime : « Je fais toujours le même rêve que je suis en train de sauter Michelle pendant que Barack est dans l'autre pièce, en conférence de presse » … Prise ainsi, elle n’a rien d’exceptionnel. C’est la suite qui fait entrer Le Roi dans la légende : « En plus il essaye de l'enfanter, je n'utilise aucun préservatif. J'essaye de mélanger mon sang avec celui de ces reptiles ». D’un simple fantasme à propos de la Première Dame Américaine, Heenok évoque les théories conspirationnistes les plus fantasmagoriques, associant Obama et reptiliens, et alliant plaisir sexuel avec augmentation de ses capacités biologiques. Du génie.

 

 


 

Photo : Instagram Roi Heenok

Par Genono / le 02 mai 2016

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