Robert Capa, le photojournalisme a cent ans

Par Augustin Arrivé / le 22 octobre 2013
Robert Capa, le photojournalisme a cent ans
Principal reporter de la guerre d'Espagne, fondateur de l'agence photo Magnum, Robert Capa aurait eu cent ans aujourd'hui. Il a quasiment inventé son métier et reste un modèle universel pour la profession.

 

C'est l'histoire d'un Juif hongrois né à Budapest un 22 octobre 1913 et qui mourra à 40 ans à peine en sautant sur une mine au sud d'Hanoï, en pleine guerre d'Indochine. Entretemps, Ernõ Friedmann, dit Robert Capa, a étudié à Berlin, vécu à Paris et New York, et voyagé de l'Afrique à l'URSS, en passant par la Palestine, où il assiste à la fondation de l'Etat d'Israël. Entre deux bateaux, il pose les bases du photojournalisme.

 

Taro, chanson du groupe Alt-J traitant de la mort de Robert Capa en Indochine © Infectious Records, 2012

 

Nous voilà en 2013. Capa n'a plus de prénom. Il est devenu un style photographique (au plus près du sujet, au plus près du danger, de la fragilité, quitte à ce que le cliché soit flou), une agence de presse (250 employés travaillant aujourd'hui plus largement pour l'audiovisuel) et même une récompense (le prix du meilleur photoreportage ayant nécessité logistique et courage).

 

Détournement canin de la photo "Mort d'un soldat républicain", Graeme Law, 2010

 

Robert Capa n'est presque plus un homme, il est un mythe, un symbole, comme le soldat antifranquiste, qu'il photographia s'effondrant au champ de bataille, est devenu a posteriori un mythe de la Résistance. On ne sait pas qui est ce soldat, et on ne sait plus qui est Capa. L'essentiel est peut-être ailleurs.

 

L'essentiel, concernant Capa, c'est un journalisme militant, humaniste, une figure quasi-romanesque qui n'hésitait pas à mettre sa vie en jeu pour ramener une information des terrains les plus dangereux. C'est ce militantisme qui l'obligera à fuir la Hongrie de l'amiral Horthy (un militaire bouffeur de gauchistes), ce militantisme qui le mènera, pour son premier reportage, face à un Leon Trotsky pourchassé par les mercenaires de Staline, ce militantisme qui fera de lui un héros de la guerre d'Espagne.

 

Robert Capa, l'homme qui voulait croire à sa légende, extrait du docu de Patrick Jeudy © Point du Jour, 2004

 

Couvrant le conflit dès 1936 pour le magazine communiste Regards, il part au front, au milieu des Républicains, armé de son seul appareil photo. On lui reprochera quelques mises en scène de propagande, il laisse surtout un témoignage unique en son temps : le premier photoreportage de guerre, loin des circuits autorisés. "On croit percevoir l'odeur acre de la poudre et la terre qui tremble sous les bombes", écrivait son biographe Richard Whelan. Sa compagne, Gerda Taro, n'en réchappera pas, écrasée par un tank près de Madrid.

 

Extraits du documentaire Robert Capa : In Love and War, par Anne Makepeace © Closed Captioning, 2002

 

Le 6 juin 1944, il est sur la plage d'Omaha pour assister au débarquement de Normandie, cette fois pour le magazine Life. A la Libération, c'est l'épuration politique qu'il décide de dénoncer en photographiant la tonte des femmes de boches. Après-guerre, il fonde avec son ami Henri Cartier-Bresson l'agence Magnum, une coopérative inédite qui permet à chacun de conserver les droits sur son oeuvre.

 

J'espère, en tant que photographe de guerre, rester au chômage jusqu'à la fin de mes jours.


 

Reconverti comme photographe de plateaux pour suivre son amante (Ingrid Bergman) à Hollywood (il travaille notamment sur le tournage des Enchaînés d'Alfred Hitchcock), il rejoint ensuite Moscou, dans les valises de l'écrivain John Steinbeck, missionné par le New York Herald Tribune.

 

 

Il ne devait pas couvrir l'Indochine, mais Life n'avait pas de journaliste dispo et Capa n'était pas loin, de passage au Japon pour une expo Magnum. Il accepte. Comme toujours, il traite le sujet au plus proche de l'humain, présentant par exemple la récolte du riz pendant la bataille du delta du Tonkin. C'est en voulant cadrer une photo d'ensemble des soldats français qu'il recule et marche sur un détonateur. Naissance d'une légende.

 

Photo de couverture : Robert Capa sitting in a rumbleseat © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS

 

Il y eut d'autres photos de presse avant Robert Capa. Les premières sont parues dans L'illustration. Nous en avions parlé ici-même, sur lemouv.fr.


Par Augustin Arrivé / le 22 octobre 2013

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