RIP Lou Reed

Par Augustin Arrivé / le 28 octobre 2013
RIP Lou Reed
Le leader du mythique Velvet Underground s'est éteint dimanche 27 octobre à l'âge de 71 ans. Le Mouv' lui rend hommage avec une programmation musicale spéciale et un long entretien que l'artiste nous avait accordé l'an dernier.

 

Lou Reed walks on the dead side.

 

"Le monde a perdu un excellent songwriter et un poète, j'ai perdu mon pote d'école." La phrase a été postée ce dimanche sur Facebook par John Cale. Les rancoeurs sont oubliées. Il n'y a bien que le calumet de la paix que ces deux-là n'avaient pas encore fumé.

 

 

John Cale, Lou Reed. Les deux hommes se rencontrent à New York en 1964. Lou est parolier pour le label Pickwick, il a besoin de musiciens pour faire la promo de son dernier titre The Ostrich. Ensemble, ils vont fonder The Primitives. Le chanteur a déjà 22 ans et de sérieuses cicatrices.

 

"A son who is cursed with a harridan mother or a weak simpering father at best" chantera-t-il plus tard ("un garçon flanqué d'une mère mégère ou d'un père faible et faux-cul"). Adolescent, ses parents lui avaient infligé une cure d'électrochocs censée le "guérir" de sa bisexualité. Une maltraitance qui lui vaudra des problèmes de mémoire, une addiction tenace aux cachetons et une noirceur magnifique.

 

"All your two-bit psychatrists are giving you electrochocs" chante Lou Reed dans Kill Your Sons, ici en concert à Vérone en 1983 © RCA

 

The Primitives, donc. Inconnu au bataillon. Il faudra qu'ils se rebaptisent en Velvet Underground pour entrer dans la légende. Andy Warhol les repère dans une petite salle de Greenwich Village, leur impose une mannequin allemande, Nico, au chant, et les intègre à sa dernière performance, un spectacle à forte teneur SM. Pas sûr que les darons Reed aient apprécié.

 

Andy Warhol's Exploding Plastic Inevitable © Andy Warhols, 1966

 

Un album parait, The Velvet Underground and Nico. Un bide monumental, et pourtant des merveilles éternelles : Sunday Morning, I'm Waiting for the Man, Heroin. Une banane sur la pochette. Et du scandale dans les textes. "Quand je plante une seringue dans ma veine, ça me donne l'impression d'être un homme" (sur Heroin).

 

Sunday Morning, par The Velvet Underground © Verve, 1966

 

L'histoire du Velvet est une séparation permanente. Quatre albums suivront, le premier sans Nico, le second sans John Cale, le quatrième sans même Lou Reed. Les forts caractères se percutent et s'épuisent. Lou Reed lâche l'affaire en 1970, et retourne vivre chez ses parents. Il entame ensuite une carrière solo.

 

Après une première livraison décevante, David Bowie produit la deuxième galette. Dans Walk on the Wild Side, Lou Reed raconte la faune de la Factory de Warhol, des histoires de prostitution et de psychotropes. Premier vrai carton. Le chanteur prend confiance et concocte Berlin, album concept ténébreux, évoquant un couple misérable voué au suicide.

 

Berlin, par Lou Reed © RCA, 1973

 

Année après année, disque après disque, il persiste à se placer à la marge, underground mais sans la douceur du velvet. Ses chansons influencent, dit-on, le mouvement punk naissant. En 1985, l'artiste participe avec Bob Dylan, Keith Richards et Peter Gabriel à un album anti-apartheid, Sun City. Seize ans plus tard, c'est contre la dictature de la finance qu'il se mobilise en rejoignant les campements d'Occupy Wall Street.

 

Lou Reed au Lincoln Center, à New York, en décembre 2011

 

Parallèlement à la musique, il s'essaie à la photographie, publiant deux recueils de ces oeuvres (il était d'ailleurs venu en parler sur le Mouv' avec Frédéric Bonnaud). On le croise également parfois devant les caméras, pour des films plus ou moins dispensables. Saluons Brooklyn Boogie, de Paul Auster et Wayne Wang, où il campe Lou Reed, un rôle de composition, n'est-ce pas ?

 

Brooklyn Boogie, de Paul Auster et Wayne Wang, extrait © Pyramide, 1995

 

En 2011, il signait encore un album, Lulu, avec le groupe Metallica. Ce sera son dernier round. Le compteur affiche 71 bougies, la santé ne va pas fort. En mai dernier, il subit une greffe du foie. L'opération connait des complications. Selon son agent, Andrew Wooliscroft, interrogé dimanche par le Guardian, ce sont ces complications qui lui auraient couté la vie. L'homme avait coutume de dire que son seul Dieu était le Rock'n'Roll. On espère qu'il lui tient compagnie.

 

Frédéric Bonnaud avait reçu Lou Reed pour évoquer avec lui sa carrière, et son livre de photographies.

Vous pouvez également réécouter les deux heures de Collection Privée spéciale Velvet Underground.


Par Augustin Arrivé / le 28 octobre 2013

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