Riad Sattouf retourne en Syrie

Par Augustin Arrivé / le 15 juin 2015
Riad Sattouf retourne en Syrie
Le deuxième tome de "L'Arabe du futur" vient de sortir. Riad Sattouf y raconte avec humour sa première année d'école primaire. Des souvenirs parfois grinçants, lorsqu'il décrit la vie quotidienne sous la dictature.

 


Au moment où s'ouvre ce deuxième volume, ses cheveux sont toujours aussi solaires. Des "cheveux blonds d'actrice californienne qui volent dans le vent", précise-t-il dès la première case. Riad Sattouf a six ans. Il s'apprête à entrer à l'école primaire, à Ter Maaleh, près de Homs. Il vit avec sa vieille grand-mère malade, dans une maison spartiate aux murs fissurés. Pas la joie.

 

Extrait de "L'Arabe du futur 2", par Riad Sattouf © Allary Editions, 2015

 

Mais cette fois, la famille est installée ; finie la bougeotte des débuts. L'arabe du futur 2 se déroule quasi exclusivement en Syrie. On prend le temps de se familiariser avec la dictature. L'hymne syrien chanté chaque matin, l'institutrice qui diffuse la propagande officielle en classe, les éléctions fantoches remportées avec 100% des voix. Hafez el-Assad est tout puissant, et il faut vraiment être chef de la police pour oser reconnaître qu'on apprécie l'alcool importé des Etats-Unis.

Je n'ai pas pensé faire une bande dessinée politique, j'ai seulement voulu raconter des faits à partir de mes souvenirs, et il se trouve que j'ai décrit comment était la vie à cette époque.


 

Extrait de "L'Arabe du futur 2", par Riad Sattouf © Allary Editions, 2015


Au détour d'un week-end, on découvre la cité antique de Palmyre, bien avant les drames de Daesh. Emouvante balade, même si l'auteur se dit "angoissé qu'on soit beaucoup plus ému par le sort de Palmyre que par le sort des centaines de milliers de gens qui se sont faits tuer".

L'essentiel de cette histoire tourne toutefois d'abord autour de son père, image écornée d'une autorité suprême risible. "C'était le dictateur de la famille." Radin, souvent égoïste, toujours de mauvaise foi, il peut aussi être touchant quand il offre de l'argent à un mendiant ou qu'il chasse avec son fils dans les champs.

Il n'y a pas de gens uniquement méchants. Même les personnes racistes ou violentes sont des êtres humains, produits d'une éducation, d'une famille, et c'est très important pour moi de toujours revenir à cette idée.


 

Extrait de "L'Arabe du futur 2", par Riad Sattouf © Allary Editions, 2015


Deux autres volumes suivront, nous promet Riad Sattouf, désormais on-ne-peut-plus brun. Il nous y expliquera cette métamorphose capillaire. Pour l'instant, il garde le secret, tout comme il refuse de révéler l'âge auquel il a quitté la Syrie. Le premier tome de son autobiographie a été sacré meilleur album en janvier dernier au festival d'Angoulême. Cette suite est largement au niveau.



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Photo de couverture : extrait de L'arabe du futur 2, par Riad Sattouf © Allary Editions, 2015

 

Par Augustin Arrivé / le 15 juin 2015

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