Rap français : 10 tubes de l’été (très) alternatifs

Par Genono / le 04 juillet 2016
Rap français : 10 tubes de l’été (très) alternatifs
L'été est-il une raison suffisante pour écouter des titres qu'on n'assumera plus en septembre ? Nous répondons non avec une playlist estivale et impeccable dans laquelle on entend entre autres Salif, TTC, AlKPote...

Chaque année c'est la même chose : à l'approche de l'été, les mêmes titres un peu ensoleillés commencent à tourner en boucle dans les voitures. Généralement, ça donne deux ou trois titres "sympas, avec un beau potentiel" au mois de juin, qui deviennent un brin fatigants au mois de juillet, avant de provoquer overdoses et violences à partir du 15 aout.

Cette année, la météo semble avoir eu pitié de nos pauvres oreilles, en repoussant sans cesse le début de la saison estivale. Résultat, aucun "tube de l'été" ne semble encore s'être imposé au peuple de France. Il faut dire qu'avec le mois de juin que l'on vient de vivre, la période est plus propice à broyer du noir en écoutant Asocial Club qu'à s'enjailler sur la plage en remuant sur du Magic System.

Affubler une chanson du sobriquet de "tube de l'été" a souvent une connotation négative pour les amateurs de rap. Tube de l'été sous-entend soupe uniformisée pour les masses, refrains entêtants pour palier le manque de consistance des couplets, et ritournelles subliminales étudiées spécialement dans le but de nous faire oublier les véritables problèmes sociaux pour mieux nous vendre de la lessive.

Afin de satisfaire les besoins de soleil des plus durs puristes du rap (même eux ont besoin de vitamine D), voici donc une petite sélection des tubes de l'été alternatifs : des titres ensoleillés, "sympas, avec un beau potentiel", qui n'ont jamais eu le succès escompté sur les plages et dans les 206 cab.

 

  • Le tube de l'été des bicraveurs : Salif - Monte au charbon

 

"Envie de bouger en vacances d'été, alors on charbonne". Comme sur la plupart des titres de la deuxième partie de sa carrière, Salif ne parle ici que de dope, de bicrave et de business. Le tour de force, c'est que cette fois-ci, plutôt que de faire un énième titre sombre et énervé, le sujet est traité de manière plutôt légère, et l'ambiance générale du morceau est carrément ensoleillée.

La prod de Jay Fase fait évidemment la moitié du travail, mais on sent réellement que Salif s'éclate à décrire ce mode de vie de charbonneur. Daté de 2009, il est assez étonnant de noter que Monte au Charbon adopte déjà les ingrédients de ce qu'est devenu le rap en 2016, avec notamment ces ponts chantonnés entre les refrains et les couplets.

 

  • Le tube de l'été des clients de Ralph Lauren : Butter Bullets et Radmo - Les larmes du Soleil

 

"L'été c'est court, comme les jupes des filles" ... Clairement le tube de l'été le plus sous-estimé de l'histoire de la musique. Clip en bord de piscine, petite prod entrainante, autotune omniprésent des années avant sa démocratisation, refrain qui reste en tête pendant des jours ... Tous les ingrédients d'un véritable hit underground.

Un titre qui peut paraitre plutôt étonnant de la part d'un groupe aussi dark que Butter Bullets, mais détrompez-vous : avant de croiser le chemin d'Alkpote et d'assumer pleinement ses influences trop pointues pour le public français, le duo faisait déjà dans la diversité, en passant de la douceur mélancolique au rap nerveux sans véritables transitions. Le tubesque Les Larmes du Soleil a même eu droit à une suite, et à un remix « Beach Club » idéal pour penser aux ténèbres sur la plage.

 

  • Le tube de l’été des fins de mois difficiles : Zekwe feat Hayce Lemsi – Pas Facile


« Pas facile à payer ta bagnole à crédit, pas facile à boucler le loyer ce mois-ci ». Dans un monde où le talent serait reconnu à sa juste valeur, Zekwe lâcherait un tube de l’été chaque année, et n’aurait pas besoin de travailler pendant les trois autres saisons. Au lieu de ça, il galère à sortir des projets ultra-confidentiels, ne vit pas de sa musique, et fait plus parler de lui quand il dévoile les entourloupes de DJ Kore que quand il sort l’un des meilleurs titres français de ces dernières années.

Parmi la flopée de potentiels tubes proposés par Zekwe à son public, Pas Facile est clairement le plus ensoleillé, avec une petite boucle de salsa cubano-porto-creole, une ambiance joviale, et un refrain chantonné qui contraste parfaitement avec le couplet plus véloce de Hayce Lemsi.


  • Le tube de l’été des mecs amoureux qui veulent pas se prendre la tête : Nakk Mendosa – Miss Venezuela

 

« Un mec bien, c’est juste un salopard qu’on a pas encore cramé ». Bon, on pourrait clairement copier-coller le paragraphe précédent à propos de Zekwe Ramos : dans un monde idéal, Nakk Mendosa aurait fait On ne peut pas plaire à tout le monde et Le Grand Journal pour chacun de ses albums.

Avec le temps, le rappeur s’est probablement fait une raison, et aujourd’hui il se fait plaisir, en allant clipper au soleil avec une naïade en petite tenue. Typiquement le genre de clip qui tourne habituellement en boucle sur toutes les chaines musicales de France … sauf quand on s’appelle Nakk, et qu’on se prend encore la tête à écrire des textes incroyables et bourrés de punchlines en 2016, à une époque où trois gimmicks suffisent à faire un tube.

 

  • Le tube de l’été des mecs qui veulent pas ressembler aux autres : TTC – Strip pour moi

 

« Enlève tes habits s’il fait trop chaud ». TTC a longtemps été ce groupe qui plaisait à tous les anticonformistes du rap, ces mecs blasés qui lâchaient laconiquement  « J’écoute du rap, ouai, mais pas comme vous ». Alors effectivement, TTC a toujours été musicalement à la marge de la marge du hip-hop français, en flirtant énormément avec l’électro, et en jouant sur des codes à l’opposée de tout ce qui se faisait. Et puis, globalement, le public du groupe parisien était beaucoup plus axé musiques électroniques que rap pur et dur.

Toujours est-il que pas mal de titres de TTC ont eu un certain succès à l’échelle d’un public initié, mais n’a jamais vraiment squatté les charts, alors qu’un titre comme Strip pour moi aurait fait un carton pendant toute soirée impliquant une plage, de jeunes adultes bourrés, et de la MD. 


  • Le tube des mecs qui vont à la plage avec de la drogue dans le maillot de bain : Alkpote – Gainzbeur

 

« Sers moi un verre de vin rouge dans la piscine ». C’est avec les vieux samples qu’on fait les meilleurs tubes de l’été. Alkpote ne s’y est pas trompé, en reprenant le titre le plus estival qui soit : Sea, Sex and Sun. Beat accéléré, flow hyper-rapide, refrain entêtant : tout y est. Pas le genre de titre que l’on écoute avec les enfants dans le Kangoo familial sur les routes champêtres du départ en vacances, mais excellent pendant les chaudes soirées d’été, accompagné d’un cocktail et de quelques tranches de pastèque.

Et puis, malgré sa réputation sulfureuse et son amour pour les obscénités en tous genres, Alkpote est un véritable faiseur de hits, comme le prouvent également des titres comme Superfluxxx (orienté reggaeton), Mégapute (chantonné du début à la fin) ou encore J’y arriverai.


  • Le tube de l’été des meufs avec du caractère : Driver – Bad Girl

 

« Moitié sexy, moitié caillera ». Techniquement, Driver sait tout faire. Qu’il kick, se la raconte, se la joue pure west, ou se contente d’être plus cool que tous les autres, il est toujours au niveau. Et quand il se lance dans un tube ensoleillé, convoque DJ Weedim pour une prod douce et entrainante, et Jehnia pour lui prêter main forte, le résultat est forcément irréprochable.

Lancé l’été dernier, Bad Girl n’a pourtant pas touché les foules. Il serait temps de se rattraper cette année, en faisant tourner ce titre dans tous les cabriolets de la capitale et d’ailleurs.

 

  • Le tube de l’été des Belges d’Atlanta : Hamza – Hola Que Pasa

 

« Diamant brille fort comme le soleil ». Meilleur faiseur de tubes francophones, Hamza a une très forte tendance à s’inspirer des gros vendeurs américains, et plus particulièrement de la scène d’Atlanta. Absent de ses deux derniers projets -H24 et Zombielife-, Hola Que Pasa est l’un des titres les plus porteurs du jeune belge.

Le clip sur un terrain de golf (un grand classique du rap) le refrain adlibisé, les habituelles gimmicks d’Hamza … tout est là pour vous faire danser tout l’été.

 

  • Le tube de l’été des mecs qui préfèrent la neige : Joe Lucazz feat Express Bavon – Corner

 

« C'est la crise, travail au noir, poudre blavanche ». De base, Joe Lucazz est tout sauf un rappeur à tubes. Celui qui se complait dans les bas-fonds a pourtant lancé l’année dernière un titre qui a fait danser ses trente fans pendant toute l’année 2015 : Corner. Porté par une prod jazzy et par le refrain fabuleux d’Express Bavon, ce morceau aurait pu être un véritable tube de l’été.

On imagine les mères de famille rouler des hanches sur le « Dans mon corner en effet, j'en ai gué-lar des grammes », et les mômes faire des châteaux de sable en chantonnant « On a tous un truc à biibiiii ».


  • Le tube de l’été des refugiés politiques renvoyés par Cuba : Riski - Elvira

« C’est dommage que personne ne te l’ait offert, tu aurais peut-être été plus vivable ». Chronologiquement, Elvira est le dernier tube de l’été potentiel de notre liste. Titre intemporel, entre sonorités planantes en plein dans leur époque, et référence datée : Scarface est de très loin l’œuvre cinématographique la plus référencée dans le rap français.

Essayez donc de trouver un seul rappeur qui n’ait jamais fait la moindre allusion à Tony : ça n’existe pas. Bon, il n’est pas vraiment nécessaire de faire le tour de tout ce qui fait de ce titre un hit estival : la prod incroyable de Jeune G (et ce sample à l’envers), le refrain envoutant, les trente-six flows de Riski … Soyez bons et justes, imposez ce titre à tous vos proches, qu’il devienne le vrai tube de l’été.

 


Crédit photo :  capture écran YouTube Nakk Mendosa - "Miss Venezuela"

 

Par Genono / le 04 juillet 2016

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