Rap et R&B : Les femmes et la production (part. 1 : les Etats-Unis)

Par Eloïse Bouton / le 16 septembre 2015
Rap et R&B : Les femmes et la production  (part. 1 : les Etats-Unis)
Si le rap laisse peu de place aux artistes féminines, le milieu de la production s’avère encore plus impénétrable. Voici 10 productrices américaines de rap ou R&B qui ont marquées l’histoire du hip-hop aux États-Unis et continuent d’y apporter leur empreinte.

Janelle Monae

Née à Kansas City, Janelle Monae suit des cours d’art dramatique à New York avant de s’installer à Atlanta en 2001, où elle rencontre Big Boi, la moitié de Outkast. La même année, elle fonde avec d’autres artistes Wondaland Arts Society sur lequel elle sort son premier EP The Audition en 2003 avant de rejoindre le label de P. Diddy Bad Boy Records trois ans plus tard. En février 2015, l’artiste de 29 ans lance Wondaland en partenariat avec son ami et producteur star L.A. Reid de Epic Records, afin de "créer un nouveau mouvement et un espace pour le futur de la musique et de la pop culture". Spécificité du label, tous les artistes (Jidenna, Roman GianArthur, Deep Cotton et St. Beauty), écrivent et produisent leurs morceaux. Après Classic Man de Jidenna et Yoga  de Janelle Monae, le collectif sort le EP The Eephus au mois d’août tout en improvisant une tournée de soutien au mouvement #BlackLivesMatter dans plusieurs villes américaines.



Missy Elliott

Dès 1997, l’OVNI multi-talents Missy Elliott fonde son label hip hop Rn’B The Goldmind Inc. sur lequel elle sort ses propres opus mais aussi un album de Nicole, deux de Tweet, et la bande originale du film Why Do Fools Fall in Love. Depuis 2008, elle produit des titres à foison pour des rappeuses et des chanteuses, dont Fantasia, Jennifer Hudson, Monica, Keyshia Cole, ou Jazmine Sullivan, toutes nominées aux Grammy Awards. Elle prend également sous son aile la MC du New Jersey Sharaya J pour qui elle produit les deux singles Banji  et Smash Up The Place en 2013. De quoi nous faire patienter jusqu’à la sortie de son septième album, sans cesse repoussée depuis plusieurs années et qui devrait enfin voir le jour fin 2015.

Georgia Anne Muldrow

Georgia Anne Muldrow rencontre son futur époux et rappeur Dudley Perkins à New York en 2006. Le MC/producteur l’invite alors sur le titre Coming Home de son opus Expressions. La même année, la chanteuse/autrice/productrice devient la première femme signée chez Stones Throw Records avec le EP Worthnothings et l’album Olesi. En 2009, le couple installé à Las Vegas lance son propre label SomeOthaShip Connect en partenariat avec le distributeur indépendant eOne Entertainment et réveille la scène hip hop underground de Los Angeles. Georgia Muldrow travaille notamment avec Robert Glasper et Bilal, qu’elle a rencontrés pendant ses études de jazz à New York, mais aussi Erykah Badu, Wajeed, Sa-Ra et Mos Def. Ce dernier n’hésite pas à la comparer au légendaire producteur J. Dilla.



TOKiMONSTA

(DJ et productrice d’origine coréenne basée à Los Angeles, TOKiMONSTA revisite les sonorités hip hop en y apportant une touche lo-fi. À la fac, sa passion pour le hip hop la pousse à s’inscrire aux Beat Cipher, des scènes ouvertes mensuelles adressées aux beatmakers. Elle y rencontre Steven Ellison de Flying Lotus et devient la première femme à signer chez Brainfeeder. Après 2 EPs, un album, des collaborations avec Thirsty Fish, Kool Keith ou MNDR et des remixes de Jodeci, Daedelus ( et Justin Timberlake, elle sort un projet de onze titres en collaboration avec Suzi Analogue en 2012. Deux ans plus tard, elle fonde son label Young Art Records sur lequel elle sort son troisième album Desiderium.

 

Syd tha Kyd

Du haut de ses 14 ans, Sydney Bennett construit déjà un home studio dans la maison parentale de Los Angeles et s’initie toute seule au métier d’ingénieure du son. Encore adolescente, elle produit ses premiers titres, encouragée par son oncle producteur de reggae et sa mère DJ en herbe. A 23 ans, Syd ou Syd tha Kid devient l’une des principales productrices du collectif de hip hop Odd Future mené par le MC et producteur Tyler, The Creator et composé des rappeurs Hodgy Beats, Earl Sweatshirt, Domo Genesis, Mike G et Frank Ocean. Le collectif est lui-même constitué des groupes MellowHype, The Internet, The Jet Age of Tomorrow, EarlWolf, et MellowHigh, pour lesquels Syd produit moult sons dans sa maison, surnommée « The Trap » (le piège).

 

Lauryn Hill

On la connaît surtout pour ses talents de chanteuse/rappeuse et ses frasques judiciaires, mais moins pour ses talents de productrice. Pourtant, Lauryn Hill a produit une partie du désormais anthologique The Miseducation of Lauryn Hill  et de nombreux titres pour d’autres artistes. En 1998, A Rose Is Still a Rose, relance la carrière d’Aretha Franklin d’une manière inattendue et All That I Can Say, écrite et produite pour Mary J. Blig, se retrouve nominée meilleure chanson Rn’B de l’année aux Grammy Awards ! Dans la foulée Do You Like the Way sur l’album de Santana Supernatural, se vend à plusieurs millions d’exemplaires. Après une longue absence et des déboires avec le fisc, Lauryn Hill refait surface en 2015 avec six titres coproduits avec le pianiste de jazz Robert Glasper qui figurent sur la bande originale du documentaire sur Nina Simone What Happened, Miss Simone?



Jean Grae

Née au Cap en Afrique du Sud, Jean Grae, de son vrai nom Tsidi Ibrahim, grandit à New York où elle suit des études de musicologie. En 1996, elle rejoint le groupe de hip hop Natural Resource qui sort plusieurs singles sur leur propre maison de disques Makin' Records. Elle produit la majorité des titres des artistes du label sous le pseudonyme de Run Run Shaw avant de collaborer avec des grands noms du rap, tels que Atmosphere, The Roots, Talib Kweli, The Herbaliser, Mos Def, Pharoahe Monch, Immortal Technique et 9th wonder. En 2008, sur son blog MySpace, elle annonce vouloir se retirer du circuit classique de la musique, invoquant sa déception face à l’hégémonie du digital. Depuis, toute sa musique est disponible via son site et son Bandcamp.

 

Sylvia Robinson (+)

Son nom ne vous dit probablement rien et pourtant Sylvia Robinson, décédée en 2011 à l’âge de 75 ans, est à l’origine du tube intemporel Rapper's Delight de Sugar Hill Gang,. L’une des premières femmes à produire du rap, elle fonde successivement trois labels entre 1966 et 1987. Le premier, All Platinum Records, créé avec son mari Joe Robinson, produit de nombreux groupes de funk. Le deuxième, Sugar Hill Records, verra naître le fameux Rapper's Delight ainsi que Funk U Up du groupe féminin de rap/funk The Sequence, avec la jeune Angie Stone, qui se vend à un million d’exemplaires. Bien que contrainte de fermer Sugar Hill, impacté par la concurrence de labels émergents comme Profile et Def Jam, la productrice lance Bon Ami Records en 1987 et signe un groupe nommé The New Style qui deviendra Naughty by Nature quelques années plus tard.

WondaGurl

C’est un peu le cliché parfait du rêve américain. A 16 ans, Ebony Oshurinde aka Wondagurl se retrouve créditée comme productrice sur Magna Carta Holy Grail, sorti en 2013. Malgré son jeune âge, la Torontoise d’origine nigérienne créée déjà ses propres sons depuis des années. Alors qu’elle travaille avec le rappeur Travis Scott sur sa mixtape Owl Pharaoh, l’artiste Canadienne décide de produire un autre titre pour son futur album. Le MC le fait écouter au producteur Mike Dean et tous deux le proposent à Jay-Z, qui en fait Crown présent sur son douzième album. Depuis cette propulsion inespérée dans le hip hop, Wondagurl est courtisée de toutes parts. La lycéenne continue ses collaborations pré-célébrité avec Eestbound ou Seon Leon et a produit deux titres de l’album de Drake, If You’re Reading This It’s Too Late.

 

K.Flay

A l’image de sa musique hybride entre lo-fi, électro et hip hop indie, K.Flay a partagé la scène avec des artistes aussi éclectiques que Snoop Dogg, Passion Pit et Icona Pop. L’artiste américaine, révélée en 2014 avec son premier album Life As A Dog, produit ses propres sons depuis ses années étudiantes à l’université de Stanford. Elle commence par expérimenter la production en enregistrant des morceaux sur son ordinateur portable, puis sort la mixtape Suburban Rap Queen et multiplie les concerts dans la région de San Francisco. En 2012, elle attire l’attention de RCA Records chez qui elle sort deux EPs en 2013. Elle se sépare du label la même année, contrainte de lui léguer plus de soixante titres qu’elle a écrits et produits, mais dont elle ne détient plus les droits. On la retrouve à l’affiche de nombreux festivals américains et sur sa page Soundcloud, qu’elle alimente régulièrement.

https://soundcloud.com/kflay

 

 

 


 

Photo : PHOTOSHOT/MAXPPP

Par Eloïse Bouton / le 16 septembre 2015

Commentaires