Quinqua la mini !

Par Marie Moglia / le 10 juillet 2014
Quinqua la mini !
Elle n'a pas pris un pli : la minijupe a viré quinqua le 10 juillet. Retour sur l'histoire de ce vêtement à l'ourlet bien remonté, symbole d'une féminité émancipée.

Qui d'un couturier français ou d'une styliste londonienne a su l'imposer à l'univers de la mode ? Il y a débat. Est-elle précisément apparue à l'été 1964 ? Pas vraiment, puisque la première s'est vendue en 1962. Aujourd'hui pourtant, la date fait consensus : la minijupe a 50 ans.

 

C'est donc au milieu des années 1960 que son ourlet dévoile pour la première fois les jambes des femmes. Qu'elle soit droite ou plissée, en portefeuille ou en trapèze, en jean ou en cuir... Dès sa création elle est devenue un symbole pour celles qui la portent, dans une décennie marquée par la transgression, la provocation et la culture de masse.

"Mettez la pilule en vente dans les Monoprix" chantait Antoine, en 1966.

A l'époque, la mini (pour minimal) de Carnaby Street - où la styliste Mary Quant a su l'imposer - choque autant qu'elle séduit. Elle n'est pourtant pas si provocante, puisqu'elle devient rapidement une norme, happée par le prêt-à-porter et les podiums. Elle n'en demeure pas moins une mode sexy, voire agressive. Car la minijupe lève un tabou : elle exhibe les jambes. Comme l'explique l'historienne Christine Bard dans Ce que soulève la jupe (Ed. Autrement, 2010):

Il a toujours été plus facile de montrer sa poitrine que ses jambes et ce, dès le Moyen Age et ses nudités de gorge…


 

La minijupe, cette rebelle

La minijupe est aussi et surtout le fruit de son époque. Les jeunes baby-boomers ont soif de liberté et de folie : ils veulent s'émanciper. C'est à travers la musique et la mode qu'ils vont réussir à exprimer leurs revendications.

En 1965, Pete Toownshend écrit My Generation : "I hope I die before I get old" / "J'espère mourir avant d'être vieux"

Mais elle exprime quoi cette jupette ? Pour les jeunes femmes, l'ourlet raccourcit, c'est une libération. Au fond ce qu'elles veulent avant tout, c'est la liberté de pouvoir s'habiller comme elles veulent.

 

 

D'ailleurs au triomphe de la mini il faut aussi associer celui du pantalon, qui cesse à la même époque d'être synonyme de masculinité. Un nouvel accessoire fait son apparition dans les tiroirs : le collant, jusque là réservé aux danseuses. Difficile en effet de porter les usuels bas et porte-jaretelles de l'époque alors qu'on a les jambes à poil.

Libérées de la fringue, les nanas deviennent libérées tout court, ce qui n'était pas une mince affaire. D'ailleurs en 1964, la speakerine Noëlle Noblecourt se fait virer de l'ORTF pour avoir osé montrer ses genoux à l'écran.

La mini trop sexy ?

Le problème, c'est que la minijupe depuis sa création - et de manière totalement assumée à l'époque - a une forte connotation sexuelle. Une réputation dont elle ne se défait pas depuis. Aussi à partir des années 2000 pour certaines femmes, porter une jupe devient presque un acte militant pour défendre le droit à la féminité.

C'est notamment l'un des combats de l'association Ni Putes ni soumises. De même, en 2006 des jeunes filles d'un lycée de Rennes inventent la "Journée de la jupe et du respect". Comme l'expliquait encore Christine Bard à Libération:

En gros, la jupe est devenue un danger, un signe de disponibilité sexuelle, avec une équation jupe = pute. Comme si la féminité était une provocation sexuelle permanente.


 

Récemment un article de 20 minutes a fait scandale en associant l'augmentation des agressions sexuelles en période estivale à des comportements à risques, le port de la jupe compris. Comme quoi, la bêtise est aussi intemporelle qu'un joli vêtement.

Par Marie Moglia / le 10 juillet 2014

Commentaires