Quel disque de rap français déposer sous le sapin ?

Par Genono / le 18 décembre 2017
 Quel disque de rap français offrir sous le sapin ?
Vous n'avez pas bouclé vos cadeaux ? On vous aide à trouver le bon disque de rap de chez nous pour vos proches.

Plus que quelques jours avant Noël, ce moment chaleureux qui vous permettra de

1. constater que le petit cousin que vous martyrisez quand il avait 10 ans a bien grandi et bien poussé la fonte

2. vous plaindre de votre tonton raciste sur vos réseaux sociaux au lieu de lui dire de la fermer

3. vous répéter en boucle les paroles de Défaite de Famille en vous disant “bordel, Orelsan est tellement dans le vrai”.

Quelques jours plus tôt, il y aura eu ce moment de panique au moment de faire le point sur les cadeaux déjà achetés : quelque soit votre degré d’anticipation et votre capacité d’organisation, il manque toujours quelqu’un. Vous allez tourner et retourner le net et les boutiques les moins intéressantes de votre ville, jusqu’à tomber sur le cadeau le moins personnel possible -de la boite de thé aux bougies parfumées en passant par les produits de beauté ou le parfum. Mais, pour une raison ou pour une autre, personne, ô grand jamais, ne pense au disque de rap. Moins impersonnel que la boite de thé, et moins cher que le parfum, il peut pourtant représenter la solution parfaite à cette situation inconfortable. Pour bien choisir, voici donc un petit guide préparé spécialement pour l’occasion : quel disque  de rap français sous le sapin ?

 

Mère-Grand : Sch - Deo Favente

Votre grand-mère, vous l’aimez, malgré quelques défauts que vous pourriez considérer comme éliminatoires chez n’importe quelle autre personne de votre entourage : cette petite odeur de naphtaline, sa manière d’insister pour que vous repreniez quatre, six, dix fois une part de gâteau, et surtout, son désintérêt total et définitif pour le rap. C’est qu’elle a vu Joeystarr taper sur un petit singe enfermé dans une cage il y a une quinzaine d’années, et depuis, elle considère que le rap n’est qu’une musique de voyous écervelés. Vous avez bien essayé de lui faire écouter Orelsan, ce petit normand sympa qui chante avec sa mamie, mais elle n’a pas bien compris pourquoi il était si fier d’être un glandeur de 35 ans, alors que de son temps, les hommes de cet âge avaient déjà le dos brisé par la vie. Bref, le rap et mamie, ça fait deux (voire trois, si on considère que mamie est en deux parties : son corps d’un côté, ses dents de l’autre).

Pour la réconcilier avec le rap, il va donc falloir ruser. Elle veut un homme, un vrai, comme on n’en fait plus. Quelqu’un avec des valeurs, pas du genre à glorifier la malavità. Mais elle veut qu’il fasse de la musique, de la vraie. Il faut donc que ça ne rappe pas trop vite, pour qu’elle comprenne les paroles, mais qu’il y ait un minimum de rythme, pour ne pas qu’elle trouve ça trop monotone. Vous allez donc lui offrir le dernier album de Sch. Elle ne comprendra pas cet air si précieux à mi-chemin entre dandy et gangster, elle détestera sa façon de parler sans la moindre retenue de sommes monstrueuses et de femmes vénales, et elle ne piffera pas la moitié de ce qu’il raconte, mais au moins, elle regardera avec un peu moins de mépris votre non-coupe de cheveux, votre dégaine H&M, et vos difficultés à enchaîner 35 heures par semaine.

 

Le petit cousin qui rêve de devenir rappeur : la discographie complète d’Alkpote

Généralement, il ne se déclare pas publiquement, et préfère continuer à rapper dans l’intimité de sa chambre pouilleuse, mais l’information filtre parfois par le concours d’une petite soeur désirant se venger de mauvais traitements, ou d’un tonton tombé sur un freestyle de son neveu sur facebook. Quoi qu’il en soit, si vous souhaitez sortir l’adolescent de cette mauvaise passe, vous avez deux possibilités : le dissuader de continuer la musique, ce qui serait salutaire pour tout le monde ; ou l’encourager, et le pousser à devenir une légende du rap français.

Si vous optez pour la deuxième proposition, suivez alors les conseils de Vald : “Alkpote, c’est un donneur de leçons. Il te montre comment tu rappes, comment tu rimes. N’importe qui voulant rapper doit écouter Alkpote. Quand tu l’écoutes, tu sais comment rimer, comment placer tes multi” (interview Booska-P, août 2015). Vous souhaitez que votre petit cousin, avec son slim trop court et sa crête trop pointue, tape le disque d’or en moins d’une semaine et qu’on vienne l’accuser de tricher sur les streams ? Offrez-lui la discographie entière d’Alkpote, enfermez-le dans sa chambre, et laissez-le étudier les schémas de rimes, les flows, les gimmicks. Il reviendra plus fort, plus frais, plus puissant, prêt à saigner l’industrie du disque, et à vous dédicacer à la fin de ses freestyles.

 

Le tonton raciste : Orelsan et Maître Gims - Christophe (single)

Que vous en ayez réellement un dans votre famille ou que vous l’ayez inventé pour faire croire au monde que vous avez une famille de beauf et que vous êtes donc l’être supérieur de la lignée, le tonton raciste est un grand classique des réveillons de Noël. Il existe en plusieurs versions (pour plus de nuances de racisme) et reste globalement embarrassant pour tout le monde, mais soyez indulgent, car il est en réalité surtout très embarrassant pour lui-même.

A priori, vous ne souhaitez rien offrir à cet espèce d’homme des cavernes. Vous avez bien pensé à lui soumettre la vidéo de l’un des clips de Léo Roi, mais il risquerait de tout prendre au premier degré, et de réellement fantasmer sur l’idée d’un week-end à cheval avec Marion Maréchal. Tout aussi second degré, mais sans doute plus direct, le single Christophe Maé, issu du dernier album d’Orelsan, est à la fois un titre dansant aux sonorités très populaires, une immense blague, et un enchaînement de phases  antiracistes cinglantes au moins aussi efficaces qu’un texte de 64 mesures bourré de rimes riches en tous genres et récitant peu ou prou le contenu d’un fascicule SOS Racisme d’avril 1994. Les choses se font donc en deux temps, d’abord avec Orelsan et son “j'aurais pu sauver la vieille France, aider la patrie d'mon enfance, donner aux racistes de l'espoir, mais j'fais d'la musique de noir”, puis avec Gims, qui se considère comme “le noir le plus aimé du Central Massif” (c’est à dire : la France profonde) et qui ne “comprend toujours pas pourquoi autant d'blancs (le) kiffent”. Et puis avec un peu de chance, votre tonton s’appelle Christophe, et la boucle sera bouclée.

 

Votre maîtresse nymphomane : Rochdi - Hardcore

Vous livrer à l’adultère est une très mauvaise chose pour plusieurs raisons : vous trahissez la confiance de votre conjointe, vous risquez de propager des MST ou la vie si vous oubliez de vous protéger, vous avez des chances de tomber sur une détraquée qui ruinera votre vie, et, pire que tout, vous devrez trouver un moyen de la contenter à Noël sans que votre compagne officielle ne remarque rien. Un véritable jeu d’équilibristes, qui peut trouver une solution plutôt simple : glisser un album de rap dans le caddy entre deux paquets de pâtes et un pot de moutarde.

Reste à savoir quel disque choisir pour faire plaisir à la nymphe, mais ne vous emballez pas trop vite, vous pouvez faire d’une pierre deux coups : un cadeau, et un message subliminal pour lui faire comprendre que le temps est venu pour elle de tailler. Vous pourriez choisir des chansons de rupture comme il en existe tant dans le rap ou ailleurs, mais elle risquerait de comprendre le message à l’envers, et de vous coller encore plus qu’avant. Cette fois, il faut être radical, et le moyen le plus parfaitement sadique reste de lui faire croire que vous tenez encore à elle, mais qu’elle mérite bien mieux que vous. L’idée est donc clairement de passer pour le pire des psychopathes en lui faisant croire que vous êtes l’incarnation de la lie de l’humanité. Quoi de mieux, donc, qu’un album dans lequel le rappeur clame qu’il risque de refiler des MST à ses partenaires (“j’enlève le latex, je m’introduis dans le cul d’une tass”), qu’il est peu regardant sur l’âge de ses conquêtes (“dans ma cave j’dépucelle des petites de 17 piges comme Pierre Bélanger” ; “j’racolle des milf, des trentenaires, des cougars, des mineures”) ou même leur sexe (“chez nous ça sodomise même des vlo-tr”), et qu’il ne porte que très peu d’intérêt aux discussions avec ses maîtresses (“la seule chose intéressante qui est sortie de la bouche de cette conne, c’était ma bite”). Rupture assurée, elle n’osera plus vous approcher, mais attention à ne pas lui faire trop impression, elle risquerait de vous dénoncer aux autorités pour pratiques sexuelles contraires au bon entendement.

 

Le patron relou : Moïse the Dude - Germinal (single)

La plupart des gens ne font jamais de cadeau à leur chef de service, ce qui est bien normal puisque le prolétariat offre déjà sa santé, son moral, et son temps au patronat. Pourtant, un petit présent vaut parfois bien mieux qu’une grosse revendication syndicale. Oubliez les chocolats empoisonnés (vous finirez en prison, et votre boss sera remplacé par un clone), la cravate (sortez un peu de l’ambiance open space, bordel) la lingerie fine (que votre chef soit un homme ou une femme, ce sera mal interprété), les truffes (vu la gueule de votre prime de Noël, vous n’avez pas les moyens), ou encore le chèque-cadeau Fnac (c’est à votre patron de vous remplir des chèques, pas le contraire), et penchez-vous sur le seul objet qui puisse faire rêver votre direction : la chanson de rap.

Vous pourriez opter pour La Rumeur (“la meilleure des polices, c'est tes sourires forcés, c'est tes retenues sur salaire et le découvert avant la fin de la semaine”), Sch (“s’lever pour 1200 c’est insultant”), ou même Kaaris (“on a assez travaillé pendant l’esclavage, salope !”). Mais vous pouvez aussi profiter de l’occasion pour faire découvrir à l’élite de votre administration le rap d’en bas, celui du gouffre, celui des petites mains. Pour une somme extrêmement modeste (puisque le projet est disponible gratuitement en digital), Moïse the Dude se propose donc d’insulter votre patron -voire de le menacer : “C'est la guerre pétasse va chercher mon pompe, j'commencerai par mon boss, il l'a bien mérité c'gros con” ; “Entre le chef et toi, dis-toi qu’y a un salopard de trop” ; ou encore “Feu de joie dans les opens space, vandalise la salle de pause.”

 


Crédit photo : Getty Images

Par Genono / le 18 décembre 2017

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