Quand Snapchat libère la parole des victimes de viol

/ le 27 juillet 2016
Quand Snapchat libère la parole des victimes de viol
Garder l'anonymat grâce à Snapchat ? Un journaliste indien a interviewé des femmes de son pays victimes d’abus sexuels en utilisant les filtres de l’application.

« J'avais cinq ans quand c'est arrivé. » La jeune femme raconte son histoire, le visage couvert par un filtre de dragon rouge. En Inde, plus d’une femme sur deux a été victime de violences sexuelles, selon un rapport de 2014. Il est très rare qu'elles portent plainte : la pression, la honte, les en empêchent. Dans 98% des cas, la victime connait son agresseur (famille, proche…), il est donc difficile de parler par peur des représailles.

Yusuf Omar est journaliste pour le site du quotidien Hindustan Times. Après la tuerie d’Orlando, il a vu une interview de l'amant présumé du tireur, dans laquelle il porte un masque sur le visage. C'est comme ça qu'il a eu l'idée d'utiliser Snapchat pour interroger les victimes de viol. Munies d’un selfie-stick et du smartphone, elles ont le contrôle de leur image et leur propos."L'utilisation des filtres [leur] a permis de se sentir légitimes et en sécurité" explique le journaliste au site anglais Journalism.co.uk.

Publiés en juin, les témoignages ont été recueillis lors d’une manifestation à Mysore, en Inde. C’est l’ONG Climb Against Sexual Abuse (*Grimper contre les abus sexuels) qui a organisé le rassemblement : une marche vers la montagne de Chamundi Hills. La vidéo a été vue plus de 169 000 fois sur Facebook.

 

 

Un viol toutes les 22 minutes

En Inde, pays d’1,2 milliard d’habitants, les violences sexuelles font l’objet d’un débat national, notamment depuis les manifestations de 2012. La population indienne avait été boulversée par le décès d'une étudiante de 23 ans, victime d'un viol collectif. Suite à l'évènement, la legislation a été renforcée. Les photos, noms, et adresses des violeurs sont maintenant postés sur internet par l'administration fédérale. Mais les chiffres n'évoluent pas. En 2014, 60% des hommes ont reconnu avoir commis des violences sexuelles dans le pays.

Yusuf Omar 

Le journaliste indien se rendra en décembre 2016 au Climb Against Sexual Abuse au Kilimanjaro (Tanzanie), la plus haute montagne du continent africain. Il aura la même démarche : libérer la parole via Snapchat.

 


 

Marie de Brauer

Crédits photos : Hindustan Times, AFP 

/ le 27 juillet 2016

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