Quand les rappeurs se muent en tour-opérateurs

/ le 03 juin 2016
Quand les rappeurs se muent en tour-opérateurs
Après de longs et durs mois de labeur, une question est sur toutes lèvres : où partir en vacances ? Oubliez les agences de voyage classiques car les rappeurs prennent le relais.

Les jours s’enchaînent lentement au travail, au point que la branche semble vouloir se casser. Fragilisé par cette mécanique : métro, boulot, dodo... Les beaux jours arrivent et chassent la morosité de l’hiver. Les soucis sont relayés au second plan, car une course contre la montre s’enclenche. « Si tu sens le son j’te jure l’été sera chaud » (Antilop Sa feat. Jango Jack, L’été sera chaud).

La saison entraîne de grands projets en perspective… Il faut se remettre au sport, appeler la Clinique pour pallier à ses désirs de « Playa ». « Il fait chaud, de Viliers-Garges-Sarcelles, Paris Porte de la Chapelle, Lyon et Marseille… » (Passi, Il fait chaud). Partout, c’est la fournaise et l’herbe est bien plus verte ailleurs.

« Quand je serai grand, je veux habiter à la mer, avec mon père et ma mère, marcher dans le sable, plus prendre le R.E.R. » (Fabe, Quand j’serai grand)

 

Plus qu’une simple lubie infantile, ces envies d’exotisme sont biberonnées depuis l’époque des sacs de billes. Des lagunes, des atolls, une faune qui pousse à quitter un temps l’asphalte brûlant et ses tours immenses pour les Caraïbes...

« Là-bas il fait chaud, on boit l’eau du coco, sous les cocotiers, les filles sont dorées, les maillots mouillés et les bondas bombés... » (Doc Gynéco, Né ici)

Ou bien la Terre-Mère…

« Je suis à l’Ouest (bambara, malinké, soussous, diakhanké), à l’Ouest, à l’Ouest, Afrique de l’Ouest (Bambara, Soninké, Diola et Bété). » (Black M feat MHD, A l’ouest)

 

Marmara, Jet Tours, Nouvelles Frontières… Oubliez toutes ces agences, car ils vont bientôt mettre la clef sous la porte. Les rappeurs se transforment en voyagistes avec leurs clips qui sont des annexes aux offices du tourisme. Nul n’est sans savoir que l’industrie du rap est régie par un calendrier. À l’approche de l’été, les poètes du béton redoublent d’effort et d’ingéniosité pour nous pondre un tube estival avec tous les ingrédients... Des mélodies lancinantes, des textes parlant de fêtes avec en prime des panoramas magnifiques. Comment résister à ces irrésistibles cartes postales qui nous bercent les tympans ?

« Allez viens je t’emmène (allez viens je t’emmène), la Barbade, les Seychelles (la Barbade, les Seychelles), j’ai fait assez d’oseille (j’ai fait assez d’oseille)… » (Lacrim, Barbade)

 

On oublie souvent que le paradis a un prix et que les vacances restent un prisme qui n’est pas la portée de tous. Mais pour les beaux yeux d’une femme, certains hommes seraient prêts à tout : « je l’ai suivie jusqu’à Cuba (hmmm), j’ai couru comme Di Maria (hmmm), je nous voyais déjà mariés (hmmm), lune de miel à Rio (eh)… » (Lefa, Cuba) Quitte à déchanter bien plus tard : « Fiston, ne pleure pas, papa s’casse, l’amour j’te dis c’est pas palpable, j’ai fauté, j’ai payé cash par carte ! » (Nakk Mendosa, Miss Venezuela)

 

Ainsi va la vie avec sont lot d’histoires, mais il n’y a pas besoin de boire l’eau de monsieur De La Fontaine pour savoir que les fourmis continueront de travailler pendant que les cigales chanteront tout l’été. Rien n’est perdu, car ces samaritains auront réussi à faire voyager les moins chanceux par procuration.

 


 

Par Lansala Delcielo

Crédit photo : capture d'écran Youtube

/ le 03 juin 2016

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