Quand le rap célèbre les mères...

Par Yérim Sar / le 25 mai 2017
Quand le rap célèbre les mères...
Le 28 mai prochain, c'est la fête des mères, et contrairement à l’image un peu extrême qu’on peut avoir d’eux, les rappeurs, français comme américains, sont souvent des fils exemplaires. #MamaLova

Outre les grands classiques déjà évoqués l’année dernière avec les indétrônables Mama Lova de Oxmo Puccino, Dear Mama de Tupac ou encore les tubes de Pit Baccardi et La Sexion d'Assaut, la thématique de l’amour que les rappeurs portent à leurs génitrices n’aura probablement jamais fini d’engendrer des lyrics, quand ce ne sont pas des morceaux entiers.

 

C’est souvent lorsqu'ils expliquent leur sens des priorités dans la vie que l’on perçoit chez les artistes l’importance capitale accordée à la maman. Cela va des dépenses (on se souvient du mépris consterné d'Abis qui rappait "vieux lâche, tu roules en gamos mais ta reum squatte l'arrêt de bus") à tout le reste. Mis à part le touchant Toujours ton enfant, Rohff a par exemple souvent expliqué au détour d’une rime que les filles à petite vertu ne passeraient jamais en priorité devant sa mère (« tu passeras pas devant la daronne, on s'embrouille pas pour des minettes », entre autres). Dans son genre, Booba n’a jamais non plus écrit des couplets entiers à la Dear Mama, mais c’est ce qui rend ses quelques allusions plus surprenantes et plus percutantes, de par leur rareté. Ainsi, dans Pitbull, l’enchaînement "j'aime une femme, elle m'a donné le sein, m'a appris à me tenir, à différencier l'homme et le chien" fait toujours son petit effet. Vient ensuite la nouvelle génération.

 

Le sens des priorités

Non, on ne va pas vous reparler du storytelling perchéDamso interprète un personnage bourré qui découvre que la prostituée qu’il est en train de violer est en fait sa mère (qui l’a reconnu grâce au goût de son sexe, ça c’est le petit détail qui fait tout). Au contraire, même si le rappeur de Bruxelles n’a jamais vraiment consacré de morceau entier à l’amour qu’il lui porte, ça reste un thème assez présent dans son travail, que ce soit au refrain de Graine de sablier inspiré par les problèmes de santé de sa mère (« le temps j'aimerai spouvoir le manier, trouver les graines du sablier, m'emparer de l'avenir, du destin de ma mère à venir, lui dire qu'elle n'est plus obligée de s'en aller »), dans un passage de Mosaïque Solitaire où il met en avant sa réussite comme pour mieux la rassurerje serai rappeur plus tard maman faut pas t'en faire, je gagnerai des grosses thunes en disques et concerts, je crois que ça va te plaire, je ferai l'tour de la Terre, j'éclaterai barreaux de la vie pour qu'on se libère » ), même s’il ironise à sa façon dans Dieu ne ment jamais  "Personne t'aimera comme moi" m'a dit Maman... si ce n'est le joint que je vais rouler »).

De manière plus triviale, les insultes sur les mères sont toujours les pires en terme de réactions suscitées, comme nous le rappelle Kalash Criminel et son fameux "Parle de la maman, je te démarre même si t’as fait 25 ans de boxe ou de karaté".

 

La prise de conscience

Celui qui racontait déjà sur Fiers de nous « nos daronnes se demandent ce qu'elles vont faire de nous, mais malgré tout, wAllah qu'elles sont fières de nous » se dévoile un peu plus sur Mama t’avais raison, où on peut presque dire que Niro passe une bonne partie du morceau à s’excuser de ses erreurs de jeunesse auprès de sa maman, qui, elle, l’avait pourtant mis en garde dès le début. Parcours classique.

A sa façon, Jok'Air est dans la même lignée si ce n'est qu'il se concentre sur le futur et non le passé. Sur plusieurs de ses titres solos, l'ex-membre de la MZ s'adresse à sa mater pour mettre en avant le fait que c'est pour elle qu'il fait tout ça : "Maman dans un rêve je nous ai vus dans une villa, on jetait aux huissiers des grosses liasses dans leur visage, si j'y vais fort c'est pour nous, ouais je le fais c'est pour nous" (Si j’y vais fort), "quoi de neuf maman, tu sais que je le fais pour la famille" (Big Daddy Jok), etc.

 

Les souvenirs

La figure de la mère est quasi-essentielle dans la musique de Kanye West, il y a souvent fait référence, faisant comprendre à son public qu’elle était tout pour lui. Le point culminant est atteint dans Hey Mama, entièrement consacré à celle qui l’a fait naître. Donda West est décédée deux ans plus tard, mais non sans avoir fortement apprécié cette chanson.

 

A noter qu’une autre chanson malheureusement assez méconnue est consacrée au même thème, enfin presque. En effet dans Mama’s boyfriend, c’est un hommage bien moins solennel, et même assez amusé et plutôt léger auquel on a droit. Ici Kanye dépeint l’angoisse et la colère qui lui montait à la tête quand sa mère ramenait un petit ami à la maison.

 

Dans Don’t come down on a affaire au morceau hommage classique : sur une instru plutôt mélancolique, le rappeur Obie Trice, à l’époque protégé d’Eminem, se remémore toutes les difficultés auxquelles sa mère et lui ont dû faire face lors de son enfance et sa jeunesse en général. Il revient donc en long et en large sur leur quotidien très dur, et le courage dont a su faire preuve celle qui l’a élevée.

 

Le deuil

Dans le premier couplet de Lettres à mes fleurs, MC Jean Gab’1 fait littéralement une déclaration d’amour à sa mère assassinée. C’est un des textes les plus émouvants de la liste, où le rappeur se livre sans fioriture, évoquant tour à tour le manque, le deuil, les regrets, bref, du grand Gab’1.

 

L'exercice est un peu plus inhabituel pour Kamelancien qui, à l'occasion du morceau Quand ils vont partir, se projette dans une situation imaginaire où il aurait perdu ses parents, et essaie d’imaginer sa réaction. Même si tout ça part d’une très bonne intention, on aboutit à des passages assez dépressifs dont notamment « j’ai mal quand je te vois prendre des médicaments, j’espère que la mort viendra te prendre tendrement, tu me manques déjà horriblement, je veux partir avant toi pour pas connaître ca mais c’est pas moi qui décide". Voilà voilà.

Dans le cas de La Fouine, la figure maternelle a souvent été évoquée dans des textes où il évoque ses souvenirs, mais aussi ses regrets, dans la mesure où l’artiste, plus jeune, était assez inconscient et déclare ne pas avoir compris sur le moment toutes les difficultés traversées par celle qui l’a élevé. Etrangement, c’est au travers d’une reprise du tube de France Gall Si maman si que le MC s’est le plus livré. En effet, sa mère est décédée et dans ce morceau retravaillé par ses soins, il exprime à quel point celle-ci lui manque même s’il n’en parle pas forcément à ses proches.

 

Les surprises

Vu le style de musique qu’il pratique, Kekra n’est pas forcément celui auquel on pense en premier sur ce thème. Effectivement, le rappeur de Courbevoie n’est pas du tout du genre à dévoiler quoi que ce soit sur sa vie privée, et encore moins familiale. Pourtant, lors d’un entretien, il a improvisé cette réponse étonnante sur les raisons qui l’ont conduit à rapper sans jamais montrer son visage. Comme quoi.

Autre dédicace improbable dans le cas de Sofiane, c’est la phrase « j'ai traumatisé les cités de France, même la daronne m'appelle Fianso »  qui a intrigué certains auditeurs du rappeur du 93 : est-ce qu'il s'agissait juste d'une phrase egotrip, un peu ironique, ou au contraire très sérieuse ? Sofiane s’en est expliqué à plusieurs reprises en interview : « c’est réel, mais ce n’est même pas forcément à cause du rap, c’est juste que tous mes potes m’appellent comme ça, du coup elle a pris le pli elle aussi, par habitude. » Plus tard, il avouera en rigolant qu’elle le fait surtout « pour se foutre de [sa] gueule », ajoutant qu’il a toujours fait preuve d’encore plus de pudeur avec sa mère qu’avec son père, et venant de lui ça veut dire beaucoup, faites le calcul.

Mais on ne va pas se mentir la plus belle référence aux mamans et à tout l’amour qu’on leur porte dans le rap français n’est pas le fait d’un MC mais de René, un gosse des Mureaux guest surprise du clip Ma cité a craqué. Et oui.

 

Bonne fête à toutes.

 



Crédit photo :  Vince Bucci / Getty Images

Par Yérim Sar / le 25 mai 2017

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