Quand le cinéma décapite les femmes sur ses affiches

Par Augustin Arrivé / le 26 avril 2016
Quand le cinéma décapite les femmes sur ses affiches
Un Tumblr recense toutes les affiches de films sur lesquelles seul le corps des personnages féminins apparaît, laissant les têtes hors-champ comme si elles n'avaient pas d'importance. On peut y voir un exemple du sexisme ordinaire.

 

Il y a des films présentant des héros obsédés par le stupre, considérant la femme comme une proie sexuelle et rien d'autres. D'Austin Powers à American Pie et ses multiples ersatz (40 jours, 40 nuits, Hot School...), on ne peut pas vraiment dire que la gent féminine y soit valorisée pour ses traits d'esprit. Il y a là une cohérence à ne présenter sur les affiches de ces longs-métrages que des corps de femmes sans tête. Soit.

 

Affiches de "Austin Powers in Goldmember", "American Pie No Limit" et "40 jours, 40 nuits"

 

Le Tumblr The Headless Women of Hollywood, repéré par nos confrères (et consoeurs) de Slate.fr, va plus loin. Il recense toutes les affiches de films sur lesquelles les têtes de femmes sont maintenues hors-champ, coupées par le cadre ou dos au photographe. Toutes les affiches réduisant les personnages féminins à leurs bustes, leurs fesses, leurs jambes. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a du monde.

Un genre y est surreprésenté : le film d'horreur, prompt à propager le cliché de la bombe en péril payant ses vices de sa vie. Wes Craven s'en était amusé dans sa saga Scream. Son ironie n'a pas réussi à faire disparaître ce stéréotype usé. Particulièrement élimé lorsqu'il s'agit de série Z à deux balles :

 

Affiches de "Cabin Fever", "The Human Centipede 3" et "Hell Baby"

 

Elargissons le spectre. Rien ne semble justifier, dans leurs scénario, la mise en avant de fessiers chromosomés XX sur les poster de Kingsman : Services Secrets ou du dernier volet de la saga Terminator. Et pourtant. Sans parler des innocents Minions, presque cachés derrière les gambettes de leur machiavélique Scarlett Overkill.

 

Affiches de "Kingsman : services secrets", "Terminator Genisys" et "Les Minions"

 

Ainsi va l'industrie cinématographique au XXIe siècle. A l'instar de la publicité, régulièrement dénoncée pour sa tendance presque pathologique à déshabiller les femmes pour vendre des yaourts, bien des distributeurs de films appâtent le chaland en lui promettant de l'érotisme à peu de frais. Quitte à décevoir.

Cette habitude touche maintenant de plus en plus de visuels de séries télévisés (de True Blood à American Horror Story). Le sexisme a encore de beaux jours devant lui.

 

Retrouvez plus d'exemples sur le Tumblr The Headless Women of Hollywood.

 


Photo de couverture : affiche de Inherent Vice, de Paul Thomas Anderson © Warner Bros, 2014

 

Par Augustin Arrivé / le 26 avril 2016

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