Putsch raté en Turquie, que s'est-il passé ?

Par Augustin Arrivé / le 18 juillet 2016
Putsch raté en Turquie, que s'est-il passé ?
La Turquie vient de vivre un week-end effarant. 6.000 personnes en garde-à-vue. 290 morts. Le coup d'état militaire manqué de vendredi soir risque d'avoir des conséquences encore difficile à évaluer. Tentative d'explication.

Barack Obama "souligne le besoin vital pour toutes les parties en Turquie d'agir dans le respect de l'état de droit". La porte-parole de la diplomatie européenne appelle "au respect de la démocratie et des droits de l'homme". En France, le ministre des affaires étrangères s'inquiète du "danger d'un retour en arrière face à la démocratie". Les puissances occidentales flippent. Ce qui se passe actuellement à Istanbul et Ankara pourrait aller très, très loin.

Depuis qu'il a pris la parole à la télévision, en pleine nuit, via un smartphone branché sur Facetime, appelant ses partisans à descendre dans la rue, le pouvoir du président turc Recep Tayyip Erdogan ne semble faire que grandir.



Turquie: Erdogan en direct à la télé sur smartphone


"Nous allons éliminer le virus de toutes les institutions étatiques." La phrase du président, lors de la prière aux morts, dimanche, donne le tournis. Le "virus", ce sont les ambitions rebelles de renverser le pouvoir, celles qui animaient les putschistes de vendredi soir. 7.543 personnes arrestations étaient comptabilisées ce lundi midi, la plupart venant des rangs de l'armée ou de la justice (plus de 6.000 soldats arrêtés, dont une centaine de généraux et d'amiraux, notamment les commandants de deux des quatre corps d'armée du pays).

Fethullah Gülen, Cc FlickR Diyar Se

Trente gouverneurs et cinquante hauts fonctionnaires ont été renvoyés, comme 9.000 employés du ministère de l'Intérieur. Leur point commun à tous : être soupçonnés de conserver des liens avec un certain Fethullah Gülen. Cet imam n'est pas une tête nouvelle. Il est une figure politique majeure du pays depuis les années 1970, à l'époque où il a fondé le mouvement Hizmet. Il est en exil depuis les années 1990, installé dans un petit patelin de Pennsylvanie, aux Etats-Unis, mais conserve un réseau de plusieurs centaines d'écoles à travers le monde, la plupart en Turquie. Il prêche encore régulièrement via Internet.

Si le président Erdogan en a si peur, c'est que les deux hommes se haïssent. Anciens alliés, ils se combattent à distance depuis quelques années. Gülen prônait la séparation de la religion et de l'Etat, Erdogan multiplie les décisions en faveur d'un islam rigoureux : interdiction de l'avortement, de la consommation d'alcool après 22h... C'est ce qui avait déclenché le soulèvement de la jeunesse, à Istanbul, en 2013.

Dès ce week-end, le pouvoir turc a réclamé l'extradition de Fethullah Gülen. Demande pour l'instant rejetée. Est-il derrière la tentative de putsch de vendredi ? Lui assure que non. Il a d'ailleurs rapidement condamné ce coup d'état.

Pour quelqu'un qui a souffert de nombreux coups d'état au cours des cinq dernières décennies, c'est insultant d'être accusé d'avoir un lien quelconque avec une telle tentative.


 

Erdogan parle maintenant de rétablir la peine de mort pour punir les insurgés. "Notre gouvernement va en discuter avec l'opposition et une décision sera sans aucun doute prise." Le même président turc reprochait pourtant l'an dernier à "l'Occident" de ne "rien faire contre le maintien de la peine de mort en Egypte". La déclaration revenait sur la condamnation de l'ancien président égyptien destitué Mohammed Morsi. Un an à peine et ça semble déjà si loin.



Photo de couverture : Cc FlickR Presidencia de la Republica Mexicana



Par Augustin Arrivé / le 18 juillet 2016

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