Prof versus YouTubeurs : qui enseigne le mieux ?

/ le 22 novembre 2016
Prof versus YouTubeurs : qui enseigne le mieux ?
Serait-ce un conflit de générations ? Serait-ce un conflit numérique ? Serait l’aube d’un nouveau monde d’apprentissage ? Les Youtubeurs « éducation » fleurissent sur You Tube. Et leurs audiences vont crescendo. Comme quoi les jeunes aiment apprendre. Mais pourquoi cela fonctionne t’il ?

Qui n’est jamais ressorti d’un cours de math ou de français en se disant « relouuuuuuu » ?

A l’inverse combien de personnes se sont dit la même chose en regardant une vidéo de Miss Book ou Dans ton corps ? Et bien beaucoup moins. Et pourtant on ne peut pas dire que ces vidéos ne sont que pur divertissement. Bien au contraire, les informations distillées sont comprises ET retenues par les internautes. Est-ce que Madame Michaud, la prof d’SVT peut en dire autant ? Hein d’abord ?! (Nan pardon madame Michaud, je retire ma question, je veux pas être collée samedi!)

 

Pourquoi ça plait l'éducation by Youtube ?

Alors oui on le voit venir l’argument de « Les Youtubeurs choisissent leurs thématiques »,  et c’est quand même vachement plus intéressant d’apprendre à soigner avec du cannabis, et de comprendre pourquoi Albert Camus parle de sexe, que de se fader la « diffraction alternée de la sinusoïde ». Et pourtant quand Miss Book parle de Camus elle évoque quand même la colonisation de l’Algérie, l’écriture philosophique absurde, l’humanisme, la résistance française etc etc.

 

 

 

Alors peut-être que le choix des thématiques aide à lancer les vidéos, mais sincèrement, personne n’oblige personne à les regarder jusqu’au bout. Et c’est ce phénomène qui est intéressant. De voir qu’on regarde des programmes qui nous apprennent des choses AVEC PLAISIR.

 

Mais que fait la police ?

La notion de plaisir est quelque chose que l’Etat français l’a bien compris. Depuis plusieurs semaines maintenant, des vidéos griffées « gouvernement français » apparaissent sur le web. Et devinez qui apparaît dans ces vidéos ? Des Youtubeurs ! Des gens écoutés, admirés, compris, suivis, bref des personnes dont la parole a du poids. Et sur des thématiques comme « la première fois », thématique parfois difficilement abordée par les profs d’SVT, c’est plutôt hyper important que le message soit clair et bienveillant. Et encore plus important qu’il arrive jusqu’aux neurones des intéressés.  Et ça les Youtubeurs savent le faire.

 

 

Alors on en est pas encore à nominer Experiment Boy au ministère de l’éducation, mais quand on voit le succès de ses vidéos, et qu’une maison d’édition décide de publier ses « leçons » dans un livre expériences, on se dit que forcément, les profs ont du louper le coche. Comment un Youtubeur de 20 ans qui n’a pas de diplôme de sciences réussit-il à plus intéresser les jeunes qu’un prof agrégé et expérimenté ?  

 

 

Pour Baptiste, alias Experiment Boy, cela tient à deux choses : le fun et l’image.

C’est beaucoup plus parlant de comprendre un phénomène quand on peut vraiment voir à quoi ça ressemble. Souvent en classe on parle des expériences scientifiques de manière théorique ou d’après des photos dans un manuel. Cela ne permet pas de visualiser, ni de susciter l’intérêt

 

Il explique aussi que pour lui la réussite d’une leçon ne tient pas qu’au contenu du cours mais à la façon dont les choses sont proposées. Il faut garder une curiosité enfantine et ne pas imposer des savoirs « parce que c’est comme ça ». Il estime que la rigidité refroidie plutôt qu’elle n’excite l’envie de savoir.

 


Alors qui seront nos futurs profs ?

En 2016 le sujet questionne tellement que les salons de l’éducation commencent même à proposer des tables rondes sur l’idée. Par exemple, le salon Educatec à Paris, a proposé un atelier le vendredi 18 novembre intitulé « Les Youtubeurs bouleversent-ils l’enseignement ? ». Que ce soit le sujet d’un débat national pousse forcément à se poser des questions sur les méthodes scolaires.

 

Certains en ont même fait un business comme le mathématicien Salman Khan qui a lancé la « Khan Academy » une plate-forme vidéo qui propose des cours sur tous les sujets. Aujourd’hui le site regroupe plus de 4500 vidéos et attire plus de 6 millions d’internautes. Son truc en plus ? Les cours sont présentés façon stand-up. Le fun quoi.

 

Heureusement tous les profs ne sont pas encore dépassés par les Youtubeurs. Certains d’entre eux tirent même une belle épingle de leurs chapeaux. Monsieur le prof par exemple est prof d’anglais et c’est une star de Twitter. Sur son compte il raconte les « perles » de ses élèves, ses doutes, ses envies, ses crises de rire, ses projets éducatifs. Il rend l’anglais totalement fun. Alors certes il ne le fait pas sur Youtube. Monsieur le prof est anonyme, on ne connaît pas son visage. Mais en revanche il a déjà une belle longueur d’avance sur ses collègues en matière de popularité.

 

Alors finalement peut-être que c’est ça le secret : être un bon prof aujourd’hui, c’est être  connecté. Quelque soit le réseau.

/ le 22 novembre 2016

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