Pourquoi on n'écoute pas les morceaux jusqu'au bout ?

Par Marie Moglia / le 07 mai 2014
Pourquoi on n'écoute pas les morceaux jusqu'au bout ?
Aujourd'hui, notre rapport à la musique tiendrait en quatre lettres : "skip". Traduction : "sauter", "passer". Le "skip", c'est ce petit logo avec deux triangles et une barre qu'il y a sur chaque player. Un blogueur s'y est intéressé et il s'avère qu'on l'utilise beaucoup...

 

La musique fait partie de notre quotidien. Dans la rue, dans les transports en commun : tout le monde ou presque arbore une paire d'écouteurs pendue aux oreilles, s'échappant d'une écharpe, d'une poche, d'un sac à main. Chacun est maître de la playlist qui va rythmer sa journée ou sa soirée entre potes.  Que l'on soit un mélomane averti ou pas, une chose est sûre : nous sommes sélectifs.

"Tu peux changer la musique ?"

C'est là tout l'objet de cet article de Paul Lamere, auteur du blog Music Machinery. Passionné par l'univers de la musique en ligne, il s'est intéressé à une pratique très anodine : le "skip". C'est-à-dire notre manie de passer une chanson avant qu'elle ne se termine.

Il s'est plongé dans l'immense base de données de Spotify, à partir de laquelle il a traité plusieurs milliards de morceaux joués par des millions d'utilisateurs (listeners). La méthode est bluffante et le résultat assez instructif : en moyenne c'est une chanson sur deux qui est sautée avant la fin et une sur quatre, cinq secondes après qu'elle soit lancée.

Un utilisateur saute une chanson 14,65 fois par heure. En moyenne, c'est une chanson toutes les quatres minutes.

 

Tous des "skipers" ?

Serions-nous donc des "skipers" effrénés ? Oui, mais tout dépend du contexte. On skip moins au bureau (40,1%), que quand on se déplace (51,1%) : ça paraît logique ! Et évidemment, on écoute davantage de musique quand on a du temps libre, et surtout le week-end.

Enfin le skip est surtout l'apanage des ados dont toute la culture musicale est à faire, plutôt que des adultes.
Selon l'analyste Chris Tynan, il y a une résurgence chez les 40-50 ans, parce que leurs enfants adolescents utiliseraient les comptes des parents.

 

Pour Paul Lamere, c'est le skip lui-même qui a "changé notre façon d'écouter de la musique". Mais en supposant que le skip illimité serait "l'argument qui inciterait les gens à évoluer vers des comptes premium", il n'explique pas encore pourquoi on n'écoute pas les morceaux jusqu'à leur terme. 

Xavier Filliol, expert en radio et musique en ligne a son avis sur la question :

 

Deezer propose "encore plus de musique à découvrir", Spotify de "la musique pour tous" et on peut "écouter toute la musique gratuite qu'on aime" sur Pandora. La musique en ligne et la profusion de plateformes streaming a banalisé le skip.

Contrairement à ce que suggère Paul Lamere, ce serait plutôt les outils qui sont à notre disposition qui ont modifié notre rapport à la musique. Avec le streaming, est-ce que l'on est devenus plus sélectifs ? Est-ce que l'on skip parce que l'on se lasse plus vite ?

Une chose est sûre pour le journaliste Philippe Astor, les "streamers" ne sont pas nécessairement des skipers compulsifs.

 

"Plus on est investi dans notre musique, plus on skip", nous explique Paul Lamere.

On est d'accord au moins avec ce principe. La musique, c'est une histoire d'amour. Skip ou pas skip.


 

Crédit photo CC Flickr >

PaternitéPartage selon les Conditions Initiales Certains droits réservés par Kris Krug
Par Marie Moglia / le 07 mai 2014

Commentaires