Pour ou contre : un nouvel album du Suprême NTM ?

/ le 10 juillet 2017
Pour ou contre : un nouvel album du Suprême NTM ?
Juste avant le grand retour sur scène du duo qui va rendre fou les fans de la première heure, la question mérite d'être posée.

Le Suprême NTM fêtera officiellement ses trente ans l’année prochaine avec une série de trois concerts à Paris Bercy. Une longévité impressionnante, contrebalancée par un historique en dents de scie : une dizaine d’années de réelle activité, suivie d’une dizaine d’années de séparation, et enfin d’une dizaine d’années de retours plus ou moins réguliers sur scène. Alors que le duo possède toujours un appeal médiatique faramineux, et continue de remplir les plus grandes salles de France -voire même des stades entiers-, une question se pose tout de même : NTM restera-t-il à jamais un groupe retraité condamné à jouer éternellement ses vieux tubes sans jamais se risquer à reprendre le chemin des studios pour y enregistrer un nouvel album ?

Évidemment, on ne peut répondre à cette question sans soulever une vague de protestations, dans le camp du oui comme dans celui du non. Si les fans de la première heure, prêts à dépenser 80 euros pour un concert, pourraient donner leur vie pour revivre l’ivresse d’un nouvel album de Shen et Joey, on voit mal la nouvelle génération -celle qui a découvert la musique avec Niska, Jul et PNL- adhérer en masse à un groupe de cinquantenaires. Les raisons pour le retour du Suprême sur disque sont au moins aussi nombreuses que les raisons contre, et si les deux compères éludent régulièrement la question en interview, nulle doute qu’elle doit tout de même les faire réfléchir assez régulièrement.


Pour : permettre à NTM d’arrêter de jouer uniquement des morceaux des années 90 sur scène

C’est LE grand reproche qui est fait à Kool Shen et Joeystarr par leurs détracteurs depuis de nombreuses années : leurs concerts ressemblent de plus en plus à une opération flashback, avec une immense majorité de titres écrits et produits entre 1991 et 1998 -malgré quelques titres issus des projets solo de l’un ou de l’autre, ultérieurs à cette période. Rapper “le monde de demain, quoi qu’il advienne nous appartient” quand on a cinquante ans dont trente ans de carrière et que l’on fait figure de vétéran absolu du rap français, c’est cocasse, certes, mais il serait grand temps d’apporter un peu de neuf à ce jeu de scène vu et revu à l’infini. Si les doutes concernant la qualité d’un véritable album studio sont permis, personne ne doute que d’éventuels nouveaux titres seraient forcément efficaces en live -étant donné le métier des deux compères, leur capacité à se transcender sur scène, et l’état d’esprit de leur public, entièrement acquis à leur cause pendant les concerts.


Contre : le risque d’écorner l’image du groupe

C’est le grand problème des absences dans le monde de la musique : il suffit de délaisser le terrain un peu trop longtemps -quelques années en 1997, quelques heures en 2017- pour voir une ribambelle de nouveaux artistes venir squatter sans vergogne la place laissée vacante, et conquérir le coeur des fans. Techniquement, NTM se retrouve un peu dans la même situation que d’autres légendes trop longtemps inactives, comme Le Rat Luciano en France, ou Dr Dre aux Etats-Unis -bien que ce dernier ait plutôt bien négocié la question avec l’album Compton : a Soundtrack. Deux grandes problématiques se posent dans ces cas : premièrement, faut-il refaire un album dans la veine de ce que le groupe sait faire de mieux -et donc du son très orienté 90’s-, quitte à passer pour un groupe de vieux, pour vieux ; ou au contraire, faut-il chercher à marquer son époque -comme il y a vingt ans- quitte à passer pour des ringards en pleine crise de jeunisme ? L’équilibre est difficile à trouver, et risque uniquement de briser l’image cristallisée d’un groupe qui apparaît comme légendaire auprès de son public de toujours.

 

Pour : entendre Joeystarr sous autotune

L’énergie et les gimmicks de la trap, le style déstructuré de la grime … avec un peu de recul, on pourrait presque croire que Joeystarr est né à la mauvaise époque, et que le rap très codifié des années 90 correspondait beaucoup moins à son identité artistique que celui, beaucoup plus décomplexé et ouvert, de 2017. Un nouvel album de NTM serait donc l’occasion pour Joey de se tester et de se lâcher complètement sur des sonorités très actuelles, et notamment d’explorer de nouvelles pistes avec l’autotune, lui qui a toujours aimé jouer des variations de sa voix si atypique.

 

Contre : un intérêt artistique limité, et des codes nouveaux pas forcément maîtrisés

Hormis le premier album solo de Kool Shen, très bien accueilli par la critique, et quelques titres solo de Joeystarr, éparpillés sur ses différents projets, les deux membres du Suprême NTM ont au beaucoup de difficultés à convaincre réellement lorsqu’ils étaient séparés. Le dernier album de Kool Shen, en est d’ailleurs un exemple assez criant : peu convaincant, il démontre surtout le décalage entre les codes du rap actuel, et ceux qu’a connu le rappeur lors de ses meilleures années. Les beats trap, les bpm moins rapides qu’il y a vingt-cinq ans, l’autotune … autant de paramètres à prendre en compte à l’heure actuelle, mais qui ne semblent pas forcément être maîtrisés par le duo. Produire un nouvel album ne serait pertinent que s’il ne risque pas d'entacher une discographie vieillissante mais toujours efficace.

 

Pour : prendre un maximum d’oseille

Évidemment, l’argument est en totale contradiction avec l’authenticité toujours revendiquée par le groupe, mais la manne financière représentée par un potentiel nouvel album du Suprême NTM serait absolument faramineuse. L’enthousiasme populaire autour de Kool Shen et Joey, qui permet au duo de remplir salles et stades depuis des années, est une garantie quasi-absolue de réussite commerciale.

 

Contre : l’éternelle question de l’authenticité

C’est une problématique qui s’agite autour du Suprême NTM depuis ses premiers succès : peut-on réellement continuer à prôner l’authenticité quand on devient riche et célèbre ? Et plus le temps passe, plus les arguments en faveur du “non” s’accumulent : Joeystarr dîne à l’Elysée, Kool Shen accumule des sommes folles au poker, et NTM est désormais plus proche de Michel Denisot ou de Pascal Obispo que de la Seine-Saint-Denis -et logiquement, plus à leur aise sur un plateau de cinéma qu’au milieu d’une cité. Si des titres comme Qu’est-ce qu’on attend, Police, ou Le Monde de Demain avaient du sens à l’époque où ils ont été écrits, on peut légitimement se poser la question de la pertinence de deux superstars sur des thématiques sociales et sur ce fameux “constat d’urgence” qui a motivé la plupart des textes du duo dans les années 90.

 

Pour : par obligation contractuelle

Après la sortie de l’album éponyme Suprême NTM”en 1998, le groupe est encore engagé contractuellement avec sa maison de disques pour la sortie d’un cinquième album. Malgré quatre disques sortis depuis cette date -deux albums live, une compilation de remixs, et un best-of-, il est difficile d’affirmer qu’NTM a réellement honoré son contrat en présentant un véritable cinquième album studio.

 

Pour : un album de vieux avec de la bouteille

Le milieu du rap français a longtemps été très sévère envers ses petits vieux, coupables de vouloir continuer à rester dans le coup, la quarantaine passée. Mais de l’eau a coulé sous les ponts depuis l’époque où Booba traitait NTM et d’autres d’antiquités, et certains artistes ont prouvé -en France comme aux Etats-Unis- que l’on pouvait faire d’excellents albums de rap à quarante ou cinquante ans, avec beaucoup moins d’insouciance, évidemment, mais avec beaucoup plus d’expérience et de recul. A respectivement 49 et 51 ans, Shen et Joey arrivent à un moment de leur vie où il serait intéressant de faire la somme de tout le savoir accumulé au cours de leurs longues carrières -en groupe comme en solo.

 

Contre : une trop forte attente, et donc une déception inévitable

Vous avez à l’esprit le tapage médiatique à chaque reformation du Suprême NTM ? Multipliez-le par dix, et vous obtiendrez le tapage médiatique que l’on risque de subir en cas d’annonce d’un nouvel album, bientôt vingt ans après le dernier. Un emballement populaire et médiatique potentiellement sans précédent, et donc forcément, des attentes absolument faramineuses quand à la qualité du disque -l’équivalent français de l’attente pour Detox aux Etats-Unis pendant quinze ans. A ce petit jeu, il n’existe aucun moyen de ne pas décevoir le public, même en réalisant l’album le plus parfait de l’histoire du rap -on en attendra toujours plus. Le seul moyen de contenter tout le monde serait donc de trouver une parade, à l’image de Dr Dre avec Compton : a Soundtrack. La solution la plus évidente serait donc de produire un biopic du Suprême NTM, et d’en réaliser la BO -ce qui ne serait donc pas un véritable album, avec tout ce que ça comporte, mais qui permettrait tout de même d’avoir de nouveaux titres à jouer sur scène. A moins que Kool Shen, en bon joueur de poker, ne mette au point une meilleure entourloupe.

 


Crédit photo : Richard Bord / Getty Images

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