Polémique après le boycott de l’hymne américain par un joueur NFL

/ le 30 août 2016
Lors du match des 49ers de San Francisco contre les Green Bay Packers, le quaterback Colin Kaepernick a refusé de se lever et chanter pour l’hymne américain, pour protester contre l' "oppression" des Noirs. Un geste politique fort, en plein contexte de violences policières envers les afro-américains.

Tous ses coéquipiers étaient debout, lui est resté sur le banc. Pour beaucoup d’américains, Colin Kaepernick vient de bafouer un symbole. “La bannière étoilée”, c’est le nom de l’hymne américain, est sacrée aux États-Unis. Lors d’un événement sportif, joueurs, staff et spectateurs sont d’ailleurs tous censés se découvrir la tête et se lever pour l’entonner, le regard rivé sur le drapeau.
Tous sauf Colin Kaepernick, un quaterback métis de 28 ans. Une façon pour lui d’attirer l’attention sur ce que subit la communauté afro-américaine, car une telle prise de position est rare dans le monde du foot américain. “Je ne vais pas afficher de fierté pour le drapeau d’un pays qui opprime les Noirs” a-t-il expliqué, alors que les émeutes raciales liées aux violences policières se multiplient depuis l’an dernier, et que le mouvement Black Lives Matter s’est définitivement imposé dans le paysage social. 

Il y a des cadavres dans les rues et des meurtriers qui s’en tirent avec leurs congés payés


 

Accusé de mépris envers l’armée


Très vite, de nombreux américains se sont insurgés de son attitude. Si la liberté d’expression fondamentale aux USA permet à Kaepernick de prendre ses distances avec l’hymne américain, elle laisse aussi libre cours à ses détracteurs de le critiquer sur les réseaux sociaux. Des supporters des 49ers se sont même filmés en train de bruler leur maillot de Kaepernick.

 

Au-delà des remarques racistes ou xénophobes, certains s’agacent de ce qu’ils voient comme un manque de respect envers l’armée et demandent même son licenciement de la Ligue nationale de football. Mais la question divise la population, y compris parmi les vétérans de l’armée et au sein de la communauté noire.

"Je suis un homme Noir et un vétéran de l'armée. Je ne suis pas d'accord avec Kaepernick. Il a le droit de protester mais le drapeau et l'hymne doivent être respectés pour ceux qui sont morts (en leur nom)"

"Je suis fils de vétéran et neveu de 5 autres vétérans. Kaepernick n'a pas manqué de respect à ce pays, il a manifesté pacifiquement"

Son club des 49ers, qui a gagné le Super Bowl cinq fois, continue à le soutenir en respectant sa liberté de ne pas célébrer l’hymne national. Mais le débat s’est aussi invité dans la classe politique. Donald Trump a conseillé au joueur de “chercher un pays mieux adapté” et qualifié son comportement d’ “exécrable”. La Maison Blanche a également pris ses distances vis-à-vis de ses propos, mais respecte le choix du joueur.

 

Dans la lignée d’autres sportifs Noirs


Colin Kaepernick n’est pas le premier sportif afro-américain à dénoncer les violences policières envers les Noirs. Ce n’est pas la première fois que lui même relaie de nombreux messages de soutien aux victimes de violences policières ou des citations de Malcolm X sur son fil instagram.

C’est en revanche son premier coup d’éclat, d’autant que les sportifs qui s’engagent le font de façon moins polémique. Avant lui, plusieurs stars du basket se sont mobilisées, comme Dwyane Wade ou LeBron James, qui avait porté un t-shirt “I can’t breathe” (Je ne peux pas respirer) en référence à la mort d’Eric Garner, un Noir de 43 ans étouffé par un policier pendant son arrestation.

De la même façon, Mohamed Ali avait refusé de rejoindre l’armée pour la guerre du Vietnam, rappelant qu’ “aucun Vietcong ne l’a traité de nègre”, à l’heure où la ségrégation est encore en vigueur dans les faits aux Etats-Unis.

 


Crédits photos : Flickr / Mike Morbeck
Morgane Heuclin-Reffait

/ le 30 août 2016

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