Pitchfork Music Festival : la fourche défriche à Paris

/ le 03 novembre 2013
Pitchfork Music Festival : la fourche défriche à Paris
Le Pitchfork Music Festival déroule sa programmation cinq étoiles à Paris pendant trois jours . Électrique, noisy, pointu, le festival convoque la crème de la musique indé sous la grande halle de Villette. Et le Mouv' est aux premières loges.

 

"Pitchfork" : nom anglais traduisible par "fourche". Une fourche est un instrument agricole permettant de labourer, de soulever la terre, au besoin d'embrocher les importuns. Mais le mot renvoie aussi à Pitchfork.com incontournable site musical américain à la pointe des dernières tendances indés.

En 2006, le magazine inaugurait son propre festival à Chicago. Cinq ans plus tard, le petit frère frenchie voyait le jour à Paris. Cette 3 ème édition prend à nouveau ses quartiers dans la Grande Halle de la Villette. Deux scènes face à face et 33 concerts, talents confirmés ou prometteurs qui tiendront demain le haut de l'affiche.

Premiers mouvements de balancier d'une scène à l'autre © Sébastien Sabiron, Le Mouv'

 

Un jus d'orange sanguine pour les vitamines

Parmi les premiers à étrenner ce Pitchfork 2013, les britanniques de Blood Orange, combo incarné par son leader Devonté Hynes, 47 ans, musicien protéiforme passé du punk criard (Test Icicles), à la pop excentrique (son précédent pseudo Lightspeed Champion) et que l'on retrouve aujourd'hui dans un répertoire indie funk teinté d'électro.

Blood Orange sur la scène du Pitchfork © Sébastien Sabiron, Le Mouv'

Dreadlocks bien rangées et mocassins à boucles impeccablement cirées, Dev Hynes offre un préambule tout en sobriété aux festivaliers du Pitchfork. Débarrassé de ses outrances passées, le monsieur décline les compos très inspirées de son dernier album Coastal Groove, sorti en 2009. Au passage, il reprend Bad Girls de Solange, la soeur de Beyoncé, dont il a produit le premier EP True en 2012.

Blood Orange sur la scène du Pitchfork © Sébastien Sabiron, Le Mouv'

Des rythmiques chaloupées, des duos groovy et un falsetto qui évoque forcément celui de Curtis Mayfield, Blood Orange se révèle être une introduction parfaite à ce Pitchfork 2013. Un grand verre de vitamines avant de passer aux choses sérieuses.

No Age : punk jusqu'au-boutiste

Et les choses sérieuses commencent avec No Age, le moment d'une soirée où il vaut mieux ne pas avoir oublié ses bouchons d'oreilles. Le duo californien plébiscité par Pitchfork.com débarque avec son punk tranchant, sans autre préoccupation que de faire un max de bruit.

No Age, de bruit et de fureur © Sébastien Sabiron, Le Mouv'

Une guitare, une batterie, et des titres qui dépassent rarement les deux minutes, No Age parvient pourtant à installer une ambiance à coup de riffs bruitistes et de mélodies abrasives. Le jeu de scène est minimaliste, les light shows aussi, le batteur chanteur (déjà un exploit en soi) Dean Allen Spunt s'égosille sans reprendre son souffle et la mayonaise prend.

No Age, Pitchfork Festival © Sébastien Sabiron, Le Mouv'

Aux États Unis, le combo avait protesté contre les conditons de travail dans les usines Converse, lors d'un concert sponsorisé par la marque. Converse est aussi l'un des sponsors du Pitchfork. Pas de tribune militante cette fois-ci, mais un flot de décibels rageurs qui témoignent de leur engagement radical envers la musique.

L'équipée Savages

Formé à Londres en 2011, Savages est un combo post-punk au féminin. Mais c'est aussi le side-project de la française Camille Berthomier, alias Jehnny Beth, la Jehn de John et Jehn. Brune longiligne, look androgyne, la silhouette de Jehnny Beth rappelle celle d'un Bowie période "thin white duke". Mais la comparaison s'arrête là, tant le rock de Savages sonne furieusement actuel. On vous en offre un extrait ci-dessous :

Savages au Pitchfork, cliquez sur le player pour écouter © Sébastien Sabiron, Le Mouv'

Soutenue par une section rythmique infaillible (mention spéciale à la batteuse qui maltraite ses futs comme si sa vie en dépendait), Savages est une machine de guerre, un concentré d'énergie brute qui emmène tout sur son passage. La voix chaude et grave de Jehnny Beth évoque un mélange de Patti Smith et de PJ Harvey. La première véritable claque de ce festival.

 

Seul groupe féminin nominé dans la shortlist du prestigieux Mercury Prize pour son album Silence Yourself, Savages s'est fait ravir le prix par James Blake. Visiblement, les punkettes ne sont pas rancunières.

The Knife, ou la danse des lutins magiques

Perdus de vue depuis sept ans, les deux frères et soeurs suédois (Karin et Olof Dreijer) signent leur retour en fanfare sur la scène du Pitchfork. The Knife, c'est un drôle de mélange électro-pop, une bande son pour la transe et une expérience scénique hallucinante.

The Knife au Pitchfork Festival © Sébastien Sabiron, Le Mouv'

Comme échappés d'une forêt scandinave magique, une dizaine de danseurs encapuchonnés envahissent la scène et se déchainent sur des instruments improbables (une harpe lumineuse, un immense xylophone new age, des percussions en forme de champignons...)

La suite est à l'avenant : un beat ravageur, quelque part entre Björk et des rythmes africains, des chorégraphies déjantées qui font se dandiner un public parisien jusqu'à présent plutôt statique. On pense à feu Billy Ze Kick pour le décorum hallucinogène, les BPM en plus.

Warpaint : L.A Women

A l'image de leur arrivée discrète sur la scène rose du Pitchfork, les quatre californiennes pratiquent une folk sombre, qui prend le temps d'installer l'ambiance, idéal pour marquer une pause au sein de la programmation volontier noisy du festival.

Warpaint au Pitchfork Music Festival © Sébastien Sabiron, Le Mouv'

Coproduit par John Frusciante (ex Red Hot Chili Peppers), leur premier maxi avait marqué les esprits en 2009. Sous la grande halle de la Villette, elles présentent quelques uns de leur nouveaux morceaux, encouragées par un public parisien conquis d'avance.

Sur scène les quatre jeunes femmes affichent une complicité évidente, musicalement et vocalement. Leurs morceaux s'étirent en plusieurs actes. Un folk rock aux accents new age, jamais boursouflé, jamais lénifiant.

Junip, la parenthèse enchantée

Au Mouv', on a un petit faible pour Junip. On les avait applaudi cet été à la Route du Rock dans la cité corsaire et les pirates du songwriting nous avaient accordé une interview. Sympas les gars.

Junip à la Route du Rock 2013 © Augustin Arrivé, Le Mouv'

Junip en live, c'est du miel pour les tympans, des mélodies hors du temps, des folk songs ciselées par les doigts d'orfèvre de l’Argentino-suédois José González. Si cela ne vous parle pas, ruez vous sur le deuxième album éponyme, sorti cette année. Testé et approuvé par le Mouv'.

Junip au Pitchfork Music Festival © Sébastien Sabiron, Le Mouv'

Jagwar Ma sort les griffes

C'est sympa la folk, mais arrive toujours un moment dans une soirée où l'on a très envie de bouger son popotin. Dans le rôle des ambianceurs du vendredi, Jagwar Ma fait parfaitement le job.

Portés par Howlin, premier album électro-pop encensé par la critique, les australiens débarquent à Paris avec leur son étiqueté "Madchester" (Happy Mondays, Stone Roses, références un brin écrasantes tout de même.)

Jagwar Ma au Pitchfork Music Festival © Sébastien Sabiron, Le Mouv'

Signe des temps, le chanteur Gabriel Winterfield donne autant de la guitare que du sampler. Bonnets vissé sur la tête, les trois australiens font monter la pression au fil d'un set compact et frénétique.

Marie-Alix Autet a tenu fermement son micro au milieu de la foule en délire. Son live report est à écouter ci dessous.

Jagwar Ma au Pitchfork Music Festival © Sébastien Sabiron, Le Mouv'

Beats électronique et riffs organiques, la musique de Jagwar Ma produit l'effet escompté : la Grande Halle a la tête à l'envers.

La révélation Disclosure

"Bonsoir Paris, we are Disclosure from the UK." On frétillait d'impatience à l'idée d'entendre en live ceux qui ont réussi l'exploit de virer Daft Punk du haut des charts anglais cet été. Programmés l'année dernière au Pitchfork dans la case découverte, Disclosure revient en tête d'affiche. C'est dire si l'ascension est fulgurante.

Disclosure au Pitchfork Music Festival © Sébastien Sabiron, Le Mouv'

Au rayon frangins musiciens, l'Angleterre nous avait donné les Gallagher. Elle nous offre aujourd'hui les frères Lawrence, à peine 40 ans à eux deux, visages poupins et air concentré. Ces deux là auraient pu se lancer dans la brit pop, il ont choisi de dépoussiérer la house à grand renfort de mélodies accrocheuses.

Guy Lawrence concentré comme jamais © Sébastien Sabiron, Le Mouv' 

Sur scène, les nouveaux rois de la dance britannique incorporent des instruments live, l'un à la batterie, l'autre à la basse et au chant. Chacun des morceaux de leur album Settle fait mouche auprès du public parisien, peut-être grâce à leur structure pop : couplet et refrain, sur un beat taillé pour les clubs.

Howard Lawrence, une inclinaison pour la house © Sébastien Sabiron, Le Mouv'

En français, Disclosure se traduit par "révélation". Ces deux là n'ont plus besoins d'être révélés. Le plancher martyrisé de la grande halle de la Villette peut en témoigner.

Disclosure au Pitchfork Music Festival © Sébastien Sabiron, Le Mouv' 

 

Suivez Sébastien Sabiron sur Twitter : (@sebsabiron)


/ le 03 novembre 2013

Commentaires