"Petit", le grand renouveau de la fantasy gothique

Par Augustin Arrivé / le 16 février 2015
"Petit", le grand renouveau de la fantasy gothique
En un seul album, les auteurs Hubert et Gatignol inventent tout un univers, d'une richesse inouïe, et tissent une fable gothique sur le déterminisme familial, trash et parfois désespérante.

 

 

On aurait aimé voir Hubert, le scénariste, participer à Top Chef. Demandez-lui une recette, et le voilà qui récite par coeur son manuel du parfait cannibale : "Pour un écrasé de jeunes vierges sur lit de menthe, mettez les filles dans un pressoir, récupérez le jus et mêlez-le avec un peu de vin, pas trop tannique pour éviter de mélanger les arômes. C'est parfait pour l'été." Le plat favori du roi géant. Il n'y a pas que les Lannister qui aient l'appétît sanglant.

 

Extrait de "Petit", d'Hubert et Bertrand Gatignol © Soleil, collection Métamorphose, 2014

 

Perché sur sa montagne, dans un chateau lugubre où il règne en tyran, Gabaal rappelle, davantage que Game of Thrones, le souverain inventé par Jacques Prévert dans Le roi et l'oiseau. Dans le long-métrage, c'est un ramoneur et une bergère qui bousculeront son autorité. Ici, Hubert et son dessinateur Bertrand Gatignol imaginent la révolte d'un fils amoureux d'une servante.

On avait l'envie de faire un récit gothique dans la tradition des grands livres du XVIIIe siècle, tout en y ajoutant une part autobiographique sur la répétition des déterminismes familiaux.


 

C'est que, dans le monde de Petit, la famille est sacrée. Les géants se reproduisent entre eux pour devenir sans cesse plus grands, et ils se nourrissent exclusivement en dévorant leurs sujets rikikis. Seule Desdée, la vieille tante du roi, s'y refuse. C'est elle qui élèvera son neveu en cachette, le jeune Petit, étrangement minuscule par rapport à ses frères et soeurs. Le garçon devra ensuite choisir entre l'éducation qu'il a reçu (humanisme et passion amoureuse) et les traditions familiales (anthropophagie et endogamie).

 

Extrait de "Petit", d'Hubert et Bertrand Gatignol © Soleil, collection Métamorphose, 2014

 

Petit est un album-monstre, un très grand format noir et blanc courant sur 200 pages, interrompu ça et là de généalogies de la lignée royale. Dans ces intermèdes, les auteurs quittent la bande dessinée pour s'essayer au conte en prose, illustré de tableaux façon Grimm. "On essaie de prendre le lecteur par la main en utilisant des codes graphiques connus", explique Bertrand Gatignol, "pour qu'il ne soit pas perdu ou rebuté et qu'il prenne le temps de lire ces textes." Le résultat enrichit considérablement cet univers.

En refermant l'ouvrage, on a l'impression tenace d'avoir visité un monde en profondeur, d'en connaître les rouages et le passé, siècle après siècle. Les auteurs comptent bien réutiliser cette immensité qu'ils ont créée pour écrire d'autres histoires, sur d'autres héros et d'autres milieux. "On va descendre un peu de ce château." Volontiers, messieurs.

 

Tableaux extraits des généalogies de "Petit", d'Hubert et B. Gatignol © Soleil, collection Métamorphose, 2014

 

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Image de couverture : Petit, par Hubert et Bertrand Gatignol © Soleil, collection Métamorphose, 2014

 

Par Augustin Arrivé / le 16 février 2015

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