Paye toi Leo DiCaprio pour 50 $

Par Sébastien Sabiron / le 11 juillet 2014
Paye toi Leonardo DiCaprio pour 50 $
Magie des arcanes boursières, les cours d'une mystérieuse société ont bondi de plus de 24.000 % en quelques jours. Problème : Introbiz.com est un réseau social payant sans abonné, sans actif et sans salarié. Un réseau social qui propose d'acheter l'amitié des stars.

On connaissait la salade de patates financée à hauteur de 35.000 $ sur Kickstarter. Voici venir le réseau social désert, valorisé en bourse à hauteur de 4 milliards de dollars (à l'heure où nous écrivons ces lignes). Il y a quelques jours, le blog financier Zero Hedge attire l'attention sur la flambée boursière supersonique d'une obscure société: CYNK Technology Corp.

 

Google Finance

Le 17 juin, l'action vaut 0,1 dollar. Le 9 juillet, elle atteint 14,71 dollars à la clôture, soit une augmentation de plus de 24.000 %. Business Insider, s'amuse de la comparaison avec Apple, qui a signé une performance de 18.000 % depuis son introduction en bourse... en 1980.

Société fantôme

Vu son succès boursier, on imagine que Cynk Tech a inventé un truc au moins aussi révolutionnaire que la roue. Même pas. A vrai dire, personne ne sait ce qui pourrait lui donner une quelconque valeur. L'entreprise possède un réseau social: introbiz.com. Un clone de Facebook, avec des célébrités en guise d'amis virtuels... Moyennant finances.

Bannière du site / introbiz.com


Sous les photos de Scarlett Johansson, Jonah Hill et Leo DiCaprio, le site nous explique que "ce marché permet d'acheter et de vendre la possibilité d'entrer en contact avec des célébrités, des hommes d'affaires et de talentueux professionnels de l'informatique."

Deviens pote avec Tyrion Lannister pour 50 $ / introbiz.com


Ça sent déjà un peu l'arnaque, mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Une recherche sur Cynk Tech, nous apprend que la société n'a réalisé aucun chiffre d'affaire en 2012 et 2013. Pire, elle a même perdu 1,5 million de dollars l'année dernière.

Cynk Tech est domiciliée dans le Nevada, mais son adresse de contact est au Belize en Amérique du Sud, le petit nouveau des paradis fiscaux. Elle compte un unique employé, qui est à la fois PDG, directeur financier, secrétaire, chef comptable et trésorier...

Où est l'embrouille ?

On se demande bien quels pigeons auraient pu miser un kopeck sur ce montage bancal. Et pourtant ils sont nombreux, vue la hausse démentielle des cours. Alors où se situe l'arnaque ?

Value Walk avance une hypothèse : le "pump and dump" (gonflage et largage). Cette fraude boursière  consiste à gonfler artificiellement les cours d'une action en la vendant à des investisseurs crédules. Le trader fait miroiter une croissance rapide et un futur succès phénoménal de l'entreprise cotée. Un mécanisme illustré dans le récent Wolf of Wall Street.

(Faites pas gaffe aux sous-titres)

La plupart du temps, cette arnaque concerne des "penny stocks", des actions qui s'échangent à prix très bas, en dehors des places boursières règlementées. C'est le cas de l'action CYNK, qui n'est pas soumise aux règles en vigueur sur le Nasdaq ou le New York Stock Exchange.

L'avenir dira combien de boursicoteurs naïfs ont été plumés en voulant croire au succès d'un pseudo réseau social de stars. Preuve que malgré le krach de 2001, la bulle Internet en a encore sous la pédale.


 

Par Sébastien Sabiron / le 11 juillet 2014

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