Oublie moi, Google !

Par Sébastien Sabiron / le 30 mai 2014
Oublie moi, Google !
Google ouvre enfin la porte au droit à l'oubli numérique, contraint et forcé par une décision de la Cour de justice européenne. Pour que des pages associées à votre nom disparaissent des résultats de recherche, signalez le via un formulaire Google. Hallelujah !

Se faire un peu oublier de Google, mission impossible ? Eléments de réponse avec Sébastien Sabiron :

  
Avouez que vous avez déjà essayé de googliser votre nom. Une fois par curiosité, plusieurs fois par pur égocentrisme. Si vous ne l'avez pas déjà fait, soyez sûrs que votre prochain employeur ou la personne que vous convoitez le fera pour vous.

Entre vos différents profils sur les réseaux sociaux, les photos que vos "amis" partagent pour vous et le fruits de vos échanges numériques, il y a de fortes chances pour que les résultats ne soient pas tous à votre avantage.

Ici, Tom Hanks, joue le jeu de la "passed out photo" avec un fan © Imgur


Malheureusement, Google a une mémoire d'éléphant et ses obscurs algorithmes de référencement peuvent faire remonter à la surface de vieux dossiers que l'on préfèrerait enterrer. Mais bientôt, tout va changer.

Comment se faire oublier ?

Première étape, si vous souhaitez que Google vous lâche un peu la grappe : dégoter le fameux formulaire ad hoc sur le portail Google. On vous prévient : c'est le parcours du combattant.

Il vous faudra naviguer dans les arcanes du site : Règles de confidentialité, conditions d'utilisation, centre d'aide légal... Vue l'épaisseur du mille-feuilles, on se dit que Google n'est pas toujours des plus efficaces en tant que moteur de recherche. Comme on est sympa, on vous file le lien du formulaire.


Ensuite, il vous faudra indiquer un ou plusieurs liens qui vous concernent et vous dérangent. Il faut que la demande soit motivée, que vous exprimiez en quoi selon vous, ces résultats de recherche sont inappropriés, excessifs ou périmés. Enfin, il faudra joindre une copie de votre carte d'identité et signer électroniquement.

Le géant californien prévient (capture ci-dessus), la procédure de retrait pourra être longue. Chaque demande sera traîtée au cas par cas. Des arbitrages difficiles à en croire Google, qui devra faire le tri entre "le droit à l'oubli d'un particulier et le droit à l'information du public".

  
Si la firme de Moutain View affirme vouloir "collaborer étroitement avec les autorités de protection des données et d'autres organismes compétents en la matière", elle considère la décision de la Cour de justice de l'Union européenne "décevante pour les moteurs de recherche et pour les éditeurs en ligne".

Super Mario VS Google

A l'origine, il y a une plainte de Mario Costeja Gonzalez. En 1998, le justiciable espagnol traverse une mauvaise passe : dettes, faillite, saisies d'huissiers. Le journal barcelonais La Vanguardia annonce dans ses éditions papier et numérique la vente aux enchères de ses biens. Dix ans plus tard, Mario Costeja Gonzalez a remonté la pente mais son passé de mauvais payeur reste associé à son nom dans les résultats Google.

Mario, l'homme qui a fait plier Google © Televisio de Catalunya

   
L'homme saisit l'Agence espagnole de protection des données. Son dossier est porté jusqu'à la plus haute instance judiciaire européenne, qui lui donne raison. Dans son arrêt rendu le 13 mai, la Cour estime "qu'un moteur de recherche est responsable du traitement des données personnelles qu'il collecte". Au grand désespoir de Google.

Oubli ou censure ?

Cette décision s'applique aujourd'hui a tous les internautes de l'UE. Google constituera un comité consultatif chargé de fixer l'équilibre entre droit à l'oubli et droit à l'information. Son PDG Eric Schmidt y siègera, ainsi que le fondateur de Wikipedia, des chercheurs et le rapporteur spécial de l'ONU sur la liberté d'expression.

Quoi que contrainte et forcée, l'initiative est bien acceuillie, mais certains émettent des doutes. C'est le cas de Réputation VIP, une agence française d'e-réputation :

Google cite comme critère de décision l'obsolescence, la pertinence ou encore l'excès. Ces termes ne sont-ils pas de parfaits exemples de notions subjectives ? Comment Google peut-il juger de cela ? N'est-ce pas aussi une dangereuse façon de renforcer davantage la toute-puissance du géant américain ?



De son côté, l'ASIC, qui regroupe plusieurs acteurs du web français redoute que le droit à l'oubli se transforme en machine à censurer. On imagine par exemple que des politiques trainant des casseroles où des condamnations feront tout leur possible pour les faire disparaîte de Google et donc du web, par extension. Une problématique cruciale pour tout un chacun, à commencer par les journalistes. 

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Par Sébastien Sabiron / le 30 mai 2014

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